Économie · Grands économistes
Milton Friedman
Milton Friedman (1912-2006) est un économiste américain, prix Nobel 1976. Chef de file du monétarisme et de l’école de Chicago, il a combattu le keynésianisme et défendu le marché et la stabilité monétaire.
Mis à jour le 4 min de lecture
Milton Friedman a été l’un des économistes les plus influents de la seconde moitié du XXe siècle, à la fois comme chercheur et comme intellectuel public. Ses travaux sur la consommation, la monnaie et l'inflation ont transformé la macroéconomie ; ses prises de position en faveur du marché ont inspiré les politiques libérales des années 1980.
Biographie
| Date | Événement |
|---|---|
| 1912 | Naissance à Brooklyn dans une famille d’immigrés juifs originaires de Ruthénie subcarpatique (alors en Hongrie) |
| 1932-1933 | Études à Rutgers, puis à l’université de Chicago |
| 1935-1945 | Travaille pour l’administration fédérale (budgets des ménages, fiscalité, statistiques de guerre) |
| 1946 | Doctorat (université Columbia) et poste de professeur à l’université de Chicago, où il enseigne jusqu’en 1977 |
| 1962 | Capitalisme et liberté |
| 1963 | A Monetary History of the United States, avec Anna Schwartz |
| 1967 | Discours présidentiel à l’American Economic Association sur le rôle de la politique monétaire |
| 1976 | Prix Nobel d’économie |
| 1977 | Chercheur à la Hoover Institution (université Stanford) |
| 1980 | Série télévisée et livre La Liberté du choix |
| 2006 | Mort à San Francisco à 94 ans |
Les apports théoriques
Le revenu permanent (1957)
Friedman montre que les ménages ne règlent pas leur consommation sur leur revenu de l’année, comme le suggérait Keynes, mais sur leur revenu permanent, c’est-à-dire le revenu qu’ils anticipent sur une longue période. Une baisse d’impôt temporaire a donc peu d’effet sur la consommation. Cette théorie est un argument contre les relances budgétaires ponctuelles (voir keynésianisme).
Le rôle de la monnaie et la Grande Dépression
Avec Anna Schwartz, il retrace l’histoire monétaire des États-Unis sur près d’un siècle. Leur thèse la plus célèbre : la crise de 1929 s’est transformée en Grande Dépression parce que la Réserve fédérale a laissé la masse monétaire se contracter d’environ un tiers entre 1929 et 1933, en laissant faire les faillites bancaires. En 2002, Ben Bernanke, alors gouverneur de la Fed, a publiquement reconnu cette responsabilité lors d’un hommage à Friedman.
Le monétarisme
Friedman réhabilite la théorie quantitative de la monnaie : à long terme, la croissance de la masse monétaire détermine l’inflation. Sa formule est restée célèbre : « L’inflation est toujours et partout un phénomène monétaire » (1963). Il propose une règle simple : faire croître la masse monétaire à un taux constant, proche de la croissance de long terme de l’économie, plutôt que de laisser la banque centrale agir de manière discrétionnaire.
Le taux de chômage naturel
En 1967-1968, Friedman (et, indépendamment, Edmund Phelps) critique la courbe de Phillips : il n’existe pas d’arbitrage durable entre inflation et chômage. Une politique expansionniste ne réduit le chômage que temporairement, tant que les salariés n’ont pas intégré la hausse des prix dans leurs anticipations. À long terme, le chômage revient à son taux naturel et seule l’inflation a augmenté. La stagflation des années 1970 a semblé lui donner raison.
Les idées politiques et économiques
Dans Capitalisme et liberté (1962), Friedman soutient que la liberté économique est une condition de la liberté politique. Il défend notamment :
- les changes flottants, à une époque où Bretton Woods imposait des changes fixes ;
- le chèque éducation (school voucher), qui laisserait aux familles le choix de l’école ;
- l'impôt négatif sur le revenu, qui remplacerait de nombreuses aides sociales par un versement aux revenus les plus faibles ;
- la fin de la conscription aux États-Unis (obtenue en 1973) ;
- la critique des licences professionnelles et de nombreuses réglementations.
En 1970, dans un article du New York Times Magazine, il affirme que la responsabilité sociale de l’entreprise est d'accroître ses profits, dans le respect des règles du jeu, thèse encore discutée dans les débats sur la RSE.
L’influence et les controverses
- Ses idées ont inspiré la lutte contre l’inflation menée par la Fed sous Paul Volcker (1979-1987) et les politiques de Margaret Thatcher et Ronald Reagan. En pratique, le ciblage strict de la masse monétaire a été abandonné dans les années 1980, la relation entre monnaie et inflation s’étant révélée instable à court terme.
- Les « Chicago Boys », économistes chiliens formés à Chicago, ont conseillé la dictature d’Augusto Pinochet. La rencontre de Friedman avec Pinochet en 1975 lui a été durablement reprochée, même s’il n’occupait aucune fonction officielle et se disait opposé au régime politique.
- Les banques centrales actuelles ciblent directement l’inflation plutôt que la masse monétaire, mais elles ont retenu de Friedman l’importance des anticipations et de la crédibilité.
Questions fréquentes
Qu’est-ce que l’école de Chicago ?
Le groupe d’économistes de l’université de Chicago (Friedman, George Stigler, Gary Becker, Robert Lucas…) attachés à l’efficacité des marchés et méfiants envers l’intervention publique.
Friedman était-il opposé à toute intervention de l’État ?
Non. Il admettait un rôle de l’État pour la justice, la défense, une monnaie stable et la lutte contre la pauvreté (par l’impôt négatif), mais voulait limiter son intervention.
Quelle est la différence entre Friedman et Keynes ?
Keynes voyait l’économie de marché comme instable et appelait l’État à stabiliser la demande ; Friedman la jugeait fondamentalement stable et attribuait les grandes crises surtout à de mauvaises politiques monétaires.