Économie · Grands économistes
John Maynard Keynes
John Maynard Keynes (1883-1946) est un économiste britannique. Sa Théorie générale de l’emploi, de l’intérêt et de la monnaie (1936) a fondé la macroéconomie moderne et justifié l’intervention de l’État contre le chômage.
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John Maynard Keynes est sans doute l’économiste le plus influent du XXe siècle. Témoin de la Première Guerre mondiale, du traité de Versailles et de la Grande Dépression, il rompt avec l’idée que l’économie de marché revient spontanément au plein emploi. Ses idées ont inspiré les politiques économiques des pays occidentaux pendant les Trente Glorieuses, et elles reviennent au premier plan à chaque grande crise. Le courant qu’il a inspiré est présenté dans la fiche keynésianisme.
Biographie
| Date | Événement |
|---|---|
| 1883 | Naissance à Cambridge ; son père, John Neville Keynes, est économiste et logicien |
| 1902-1906 | Études de mathématiques au King’s College de Cambridge ; élève d’Alfred Marshall |
| 1906-1908 | Fonctionnaire à l’India Office |
| 1908 | Enseigne l’économie à Cambridge |
| 1915-1919 | Haut fonctionnaire au Trésor britannique ; délégué à la conférence de la paix de Paris |
| 1919 | Démissionne et publie Les Conséquences économiques de la paix |
| 1925 | Épouse la danseuse russe Lydia Lopokova |
| 1936 | Théorie générale de l’emploi, de l’intérêt et de la monnaie |
| 1942 | Fait pair du royaume (baron Keynes de Tilton) |
| 1944 | Chef de la délégation britannique à la conférence de Bretton Woods |
| 1946 | Meurt d’une crise cardiaque, peu après avoir négocié un prêt américain au Royaume-Uni |
Keynes était aussi un membre du groupe de Bloomsbury (avec Virginia Woolf et Lytton Strachey), un investisseur, un collectionneur d’art et le fondateur de l’Arts Theatre de Cambridge.
Les Conséquences économiques de la paix (1919)
Keynes y dénonce les réparations imposées à l’Allemagne par le traité de Versailles : trop lourdes pour être payées, elles risquent selon lui de ruiner l’économie allemande et de déstabiliser l’Europe. Le livre connaît un immense succès et le rend célèbre.
La Théorie générale (1936)
Écrite après la crise de 1929, elle rompt avec l’économie classique sur plusieurs points.
Le rôle de la demande effective
Pour les classiques, l’offre crée sa propre demande (loi de Say) : il ne peut pas y avoir de surproduction générale durable. Keynes montre que le niveau de production et d’emploi dépend de la demande effective, c’est-à-dire des dépenses anticipées par les entreprises (consommation et investissement). Si elle est insuffisante, l’économie peut rester durablement en équilibre de sous-emploi : un chômage de masse involontaire.
La propension à consommer
Quand le revenu augmente, la consommation augmente, mais moins que le revenu : une partie est épargnée. L’épargne excessive peut donc freiner la demande. C’est le paradoxe de l’épargne : si tout le monde épargne plus en même temps, la demande baisse, les revenus aussi, et l’épargne totale peut finalement ne pas augmenter.
L’investissement et les « esprits animaux »
L’investissement dépend des anticipations de profit des entrepreneurs, très incertaines, et de leurs « esprits animaux » (animal spirits), c’est-à-dire de leur confiance spontanée. Il est donc instable, ce qui explique les fluctuations économiques.
La préférence pour la liquidité
Le taux d’intérêt n’est pas le prix qui équilibre épargne et investissement, comme le pensaient les classiques : il est la récompense du renoncement à la liquidité. En période de crise, les agents préfèrent garder de la monnaie ; même une baisse des taux peut ne pas relancer l’investissement. C’est l’idée de trappe à liquidité.
Le multiplicateur
Reprenant les travaux de Richard Kahn (1931), Keynes montre qu’une dépense supplémentaire (publique ou privée) augmente le revenu national d’un multiple de son montant, car elle se diffuse de revenu en dépense. D’où la justification d’une politique budgétaire active en récession.
Le rôle de l’État
Keynes ne propose pas d’abolir le marché, mais de le compléter : l’État doit soutenir la demande quand elle est insuffisante (dépenses publiques, baisse des taux) pour atteindre le plein emploi. Il parle d’une « socialisation assez large de l’investissement », tout en défendant l’initiative privée.
Bretton Woods
En 1944, Keynes propose un système monétaire international fondé sur une monnaie supranationale, le bancor, et sur une chambre de compensation qui pénaliserait aussi les pays en excédent. Le plan américain de Harry Dexter White l’emporte, mais Keynes contribue à la création du FMI et de la Banque mondiale.
Formules célèbres
- « À long terme, nous serons tous morts » (Essai sur la réforme monétaire, 1923). Keynes critique ainsi les économistes qui se contentent de dire qu’après la tempête, l’océan redeviendra calme.
- « Les idées des économistes et des philosophes politiques, qu’elles soient justes ou fausses, sont plus puissantes qu’on ne le pense généralement » (dernier chapitre de la Théorie générale).
Questions fréquentes
Keynes était-il socialiste ?
Non. Il se définissait comme un libéral au sens britannique, attaché à la liberté individuelle et à l’économie de marché, mais convaincu que celle-ci devait être régulée pour survivre. Il rejetait le marxisme.
Keynes était-il favorable aux déficits permanents ?
Non. Il recommandait de soutenir la demande en période de crise, et de dégager des excédents en période de prospérité.
Quelle est la différence entre Keynes et Friedman ?
Keynes met l’accent sur l’instabilité de la demande et le rôle de l’État ; Milton Friedman sur la stabilité de l’économie de marché et le rôle de la monnaie dans l’inflation.