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Économie · Monnaie et finance

Monnaie

La monnaie est tout instrument accepté par tous en paiement. Elle remplit trois fonctions : unité de compte, intermédiaire des échanges et réserve de valeur.

Mis à jour le 5 min de lecture

La monnaie est au cœur de toute économie moderne : elle sert à fixer les prix, à payer et à conserver du pouvoir d’achat. Aujourd’hui, l’essentiel de la monnaie n’est pas fait de pièces et de billets, mais d’écritures sur des comptes bancaires. Et contrairement à une idée répandue, ce sont surtout les banques commerciales qui la créent, lorsqu’elles accordent des crédits, sous la surveillance de la banque centrale.

Les trois fonctions de la monnaie

Cette classification remonte à Aristote (Éthique à Nicomaque, Politique) et reste la référence.

FonctionRôleExemple
Unité de compteExprimer la valeur de tous les biens dans une même mesureUne baguette vaut 1,20 € ; on compare facilement les prix
Intermédiaire des échangesÉviter le troc et sa « double coïncidence des besoins »Le boulanger n’a pas à trouver un cordonnier qui veut du pain
Réserve de valeurConserver du pouvoir d’achat pour l’avenirGarder de l’argent sur un compte pour une dépense future

La troisième fonction est fragile : l'inflation érode la valeur de la monnaie conservée.

Les formes de la monnaie

La monnaie marchandise

Les premières monnaies sont des biens ayant une valeur propre : bétail, sel, coquillages (cauris), métaux. Le premier monnayage en métal frappé connu apparaît en Lydie (actuelle Turquie) vers le VIIe siècle av. J.-C.

La monnaie fiduciaire

Du latin fiducia, « confiance » : sa valeur ne tient pas à la matière mais à la confiance. Il s’agit des billets et des pièces. Le papier-monnaie apparaît en Chine sous la dynastie Song (XIe siècle). En Europe, les billets se diffusent à partir du XVIIe siècle ; en France, l’expérience du système de Law (1716-1720) se termine par une faillite retentissante. Dans la zone euro, les billets sont émis par l’Eurosystème ; au Canada, par la Banque du Canada.

La monnaie scripturale

C’est la monnaie inscrite sur les comptes bancaires (dépôts à vue), mobilisée par carte, virement, prélèvement ou chèque. Elle représente aujourd’hui l'essentiel de la masse monétaire : en zone euro, les billets et pièces ne forment qu’une petite partie de la monnaie au sens large (M3).

La monnaie électronique et les cryptoactifs

La monnaie électronique (portefeuilles prépayés) est une forme de monnaie émise contre un dépôt de fonds. Les cryptoactifs comme le bitcoin, eux, ne sont pas des monnaies au sens juridique : ils n’ont pas cours légal dans la zone euro ni au Canada, et leur forte volatilité les rend peu aptes à servir d’unité de compte. Plusieurs banques centrales étudient une monnaie numérique de banque centrale ; l’Eurosystème prépare un euro numérique.

Qui crée la monnaie ?

Les crédits font les dépôts

Quand une banque accorde un prêt de 10 000 € à une entreprise, elle ne prête pas l’argent d’autres clients : elle crée un dépôt de 10 000 € sur le compte de l’emprunteur. La masse monétaire augmente. Quand le crédit est remboursé, cette monnaie est détruite. La Banque d’Angleterre a résumé ce mécanisme en 2014 par la formule « les prêts créent les dépôts ».

Les limites de la création monétaire

Les banques ne peuvent pas créer de monnaie sans limite :

  • elles doivent disposer de monnaie centrale (réserves) pour régler les paiements entre elles et répondre aux retraits ;
  • elles sont soumises à des règles prudentielles (fonds propres, liquidité, issues des accords de Bâle) ;
  • leurs crédits dépendent de la demande des emprunteurs et du risque ;
  • la banque centrale influence le coût du crédit par ses taux directeurs, c’est-à-dire par la politique monétaire.

La banque centrale crée elle-même la monnaie centrale : billets et réserves des banques. Elle peut l’augmenter massivement par des achats de titres (assouplissement quantitatif), comme la BCE l’a fait à partir de 2015.

Les agrégats monétaires

La masse monétaire est mesurée par des agrégats emboîtés, du plus liquide au moins liquide (définitions de la BCE) :

AgrégatContenu
M1Billets et pièces en circulation + dépôts à vue
M2M1 + dépôts à terme jusqu’à deux ans + dépôts remboursables avec préavis jusqu’à trois mois (livrets d’épargne)
M3M2 + instruments négociables à court terme (titres d’OPC monétaires, pensions, titres de créance jusqu’à deux ans)

Monnaie et souveraineté

Battre monnaie est historiquement un attribut de la souveraineté (droit régalien). En adoptant l'euro, les pays de la zone euro ont transféré cette compétence à l’Eurosystème. Une monnaie peut aussi dépasser ses frontières : le dollar américain sert de monnaie de réserve et de facturation dans le monde entier.

Les régimes de change

  • Change fixe : la valeur de la monnaie est arrimée à une autre ou à l’or (étalon-or au XIXe siècle, système de Bretton Woods de 1944 à 1971).
  • Change flottant : la valeur résulte de l’offre et de la demande sur le marché des changes ; c’est le cas de l’euro, du dollar américain et du dollar canadien.

Questions fréquentes

Pourquoi ne pas imprimer plus de monnaie pour enrichir tout le monde ?

Parce que la richesse dépend de la production de biens et de services, pas de la quantité de monnaie. Créer de la monnaie bien plus vite que la production fait monter les prix : c’est l’inflation, voire l’hyperinflation.

L’obligation d’accepter une monnaie en paiement. Dans la zone euro, les billets et pièces en euros ont cours légal ; en France, refuser des espèces est en principe sanctionné, sauf exceptions prévues par la loi.

La monnaie est-elle encore garantie par l’or ?

Non. Depuis la fin de la convertibilité du dollar en or en 1971, les grandes monnaies sont des monnaies fiduciaires : leur valeur repose sur la confiance dans l’institution émettrice et dans l’économie qui la porte.

Qu’est-ce que la vitesse de circulation de la monnaie ?

Le nombre moyen de fois qu’une unité monétaire sert à des transactions sur une période. Elle intervient dans l’équation quantitative de la monnaie (MV = PY), base de la théorie monétariste.

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