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Économie · Notions fondamentales

Déflation

La déflation est une baisse générale et durable du niveau des prix. Contrairement aux apparences, elle est redoutée par les économistes, car elle peut entraîner l’économie dans une spirale de baisse de la demande.

Mis à jour le 4 min de lecture

Des prix qui baissent, n’est-ce pas une bonne nouvelle ? Pour le pouvoir d’achat d’un jour, oui. Mais quand la baisse est générale et s’installe, elle modifie les comportements : on reporte ses achats, les entreprises vendent moins, réduisent les salaires et l’emploi, et le poids des dettes augmente. C’est pourquoi les banques centrales cherchent à éviter la déflation autant qu’une inflation trop forte.

Déflation, désinflation, baisse d’un prix

SituationInflationExemple
InflationPositive et stable ou en hausse+3 % par an
DésinflationPositive mais en baisseDe +6 % à +2 %
DéflationNégative et durable−1 % par an pendant plusieurs années
Baisse de prix relativeUn seul produit baisseLe prix des téléviseurs baisse grâce au progrès technique

La baisse continue du prix des produits électroniques ne fait pas de déflation : elle est compensée par la hausse d’autres prix. Un mois ou deux d’inflation négative ne suffisent pas non plus.

Pourquoi la déflation est-elle dangereuse ?

Le report des achats

Si les prix doivent baisser, les ménages et les entreprises ont intérêt à attendre pour acheter ou investir. La demande diminue, ce qui pousse encore les prix à la baisse.

La hausse du poids réel des dettes

Les dettes sont fixées en euros. Quand les prix et les revenus baissent, le montant à rembourser ne change pas : il pèse donc davantage. L’économiste américain Irving Fisher a décrit en 1933 ce mécanisme de déflation par la dette : les débiteurs vendent leurs actifs pour rembourser, ce qui fait baisser les prix et alourdit encore les dettes.

Le piège des taux d’intérêt

Le taux d’intérêt réel est le taux nominal moins l’inflation. Avec une inflation de −2 % et un taux nominal de 0 %, le taux réel est de +2 % : emprunter coûte cher en termes réels, alors que la banque centrale ne peut pas facilement descendre sous zéro. Keynes a décrit une situation proche, la trappe à liquidité, où la politique monétaire perd son efficacité.

La spirale déflationniste

Ces mécanismes se renforcent : baisse de la demande → baisse des prix → baisse des profits et des salaires → hausse du chômage → nouvelle baisse de la demande.

Les causes de la déflation

  • Effondrement de la demande après une crise financière ou l’éclatement d’une bulle.
  • Désendettement massif des ménages et des entreprises (ils remboursent au lieu de dépenser).
  • Contraction de la masse monétaire et du crédit.
  • Chocs d’offre positifs durables (progrès technique, baisse des prix de l’énergie), qui peuvent produire une déflation plutôt bénigne ; on parle alors parfois de « bonne déflation », notion discutée.

Deux exemples historiques

La Grande Dépression (1929-1933)

Aux États-Unis, après le krach de 1929, les prix à la consommation ont reculé d’environ un quart entre 1929 et 1933, tandis que la production et l’emploi s’effondraient. Milton Friedman et Anna Schwartz ont attribué la gravité de la crise à la contraction de la masse monétaire, que la Réserve fédérale n’a pas empêchée.

Le Japon des « décennies perdues »

Après l’éclatement d’une bulle boursière et immobilière au début des années 1990, le Japon a connu de longues périodes de prix stables ou en légère baisse, à partir de la fin des années 1990, avec une croissance faible. Malgré des taux nuls puis négatifs et des achats massifs de titres par la Banque du Japon, l’inflation est restée durablement sous l’objectif jusqu’au début des années 2020.

La zone euro au milieu des années 2010

En 2014-2016, l’inflation de la zone euro a été proche de zéro, voire brièvement négative. Craignant une déflation, la BCE a abaissé son taux de dépôt sous zéro (juin 2014) et lancé en 2015 un programme d’achats de titres (assouplissement quantitatif).

Comment lutter contre la déflation ?

  • Politique monétaire très accommodante : taux bas ou négatifs, achats de titres, communication sur le maintien durable de taux bas (forward guidance).
  • Politique budgétaire de relance : investissement public, baisse d’impôts.
  • Ancrage des anticipations : une cible d’inflation crédible (2 %) donne une marge de sécurité contre la déflation.

Questions fréquentes

La déflation est-elle bonne pour les épargnants ?

À court terme, l’argent garde ou gagne du pouvoir d’achat. Mais si la déflation entraîne une récession, les revenus, l’emploi et la valeur des actifs (actions, immobilier) peuvent baisser fortement.

La France a-t-elle connu la déflation ?

Pas de déflation durable depuis l’après-guerre. Quelques mois d’inflation légèrement négative ont été observés, notamment en 2009, 2015 et 2016.

Qu’est-ce que la déflation salariale ?

La baisse ou la stagnation des salaires nominaux, parfois recherchée pour regagner de la compétitivité (dévaluation interne), comme en Grèce après 2010.

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