Nature et animaux · Milieux naturels
Jardin et biodiversité
Un jardin peut accueillir des centaines d’espèces d’insectes, d’oiseaux, d’amphibiens et de petits mammifères. Les clés : des plantes locales variées, de l’eau, des abris, aucun pesticide et un peu de désordre.
Mis à jour le 5 min de lecture
Les jardins privés couvrent en France une surface considérable, de l’ordre d’un million d’hectares selon les estimations courantes, davantage que l’ensemble des réserves naturelles. Bien gérés, ils forment un réseau de refuges et de corridors pour la faune, en ville comme à la campagne. Accueillir la biodiversité ne demande pas de grands travaux, mais plutôt de changer quelques habitudes et d’accepter un jardin moins « net ».
Les principes de base
| Principe | Pourquoi |
|---|---|
| Diversité de plantes et de milieux | Chaque espèce animale a besoin de plantes, d’abris et de proies spécifiques |
| Plantes locales (indigènes) | Les insectes locaux, et donc les oiseaux, sont adaptés à ces plantes ; une chenille ne se nourrit souvent que de quelques espèces |
| Zéro pesticide | Les pesticides tuent aussi les pollinisateurs et les auxiliaires, et contaminent sols et eaux |
| De l’eau | Point d’eau pour boire, se baigner, se reproduire |
| Des abris | Pour nicher, hiverner, se cacher |
| Du temps | Laisser des zones en libre évolution, ne pas tout tailler ni tout ramasser |
La haie champêtre
Une haie diversifiée d’essences locales vaut bien mieux qu’une haie de thuyas ou de lauriers-cerises, qui n’offre ni fleurs, ni fruits, ni nourriture pour les insectes.
- Arbustes à fleurs et à fruits : aubépine, prunellier, cornouiller sanguin, sureau noir, noisetier, églantier, viorne obier, troène commun, fusain, houx.
- Mélanger au moins 5 à 6 essences, caduques et persistantes, de hauteurs différentes.
- La haie offre nectar au printemps, fruits à l’automne et en hiver, sites de nidification et corridors pour les hérissons.
- Ne pas tailler entre le printemps et la fin de l’été : la période de nidification des oiseaux s’étend environ de mi-mars à fin juillet. La taille est préférable en fin d’automne ou en hiver.
Une pelouse moins tondue
Une prairie fleurie se sème avec des mélanges de graines d’espèces sauvages locales, de préférence labellisés d’origine locale (label « Végétal local »), plutôt qu’avec des mélanges horticoles exotiques et annuels.
Plantes pour les pollinisateurs
L’idéal est d’offrir des fleurs tout au long de l’année :
| Période | Exemples |
|---|---|
| Fin d’hiver | Saules, noisetier, crocus, hellébores, pulmonaire, perce-neige |
| Printemps | Arbres fruitiers, aubépine, pissenlit, bourrache, lamier, consoude |
| Été | Lavande, sauge, thym, origan, centaurée, vipérine, phacélie, ronce, trèfle |
| Automne | Lierre, asters, sedums, bruyère callune |
Les fleurs simples (non doubles) sont préférables : les fleurs doubles des variétés horticoles produisent souvent peu ou pas de nectar et de pollen. Voir abeille, bourdon et lavande.
Une mare
Une mare sans poissons, même petite, est l’aménagement qui attire le plus d’espèces nouvelles : libellules, tritons, grenouilles, crapauds, oiseaux qui viennent boire et se baigner. Il faut prévoir des berges en pente douce, une profondeur d’au moins 60 à 80 cm en un point, des plantes aquatiques locales, et ne jamais y introduire de poissons ni d’animaux prélevés ailleurs. Voir triton, crapaud et libellule.
Des abris
- Tas de bois et de branches, souches laissées sur place : insectes du bois mort, carabes, hérissons, orvets.
- Tas de pierres ou muret de pierres sèches au soleil : lézards, abeilles solitaires, araignées.
- Tas de feuilles à l’automne, au pied des haies : hérissons et insectes y hivernent.
- Nichoirs pour mésanges, rouges-queues, moineaux, martinets, chauves-souris, posés à l’abri du soleil de midi et des chats.
- Compost, qui nourrit lombrics et larves de cétoines (voir scarabée).
- Passages pour hérissons : une ouverture d’environ 13 × 13 cm au bas des clôtures permet aux hérissons de circuler entre les jardins, qui forment leur territoire de chasse nocturne.
Zéro pesticide
En France, la loi Labbé interdit depuis le 1er janvier 2019 la vente et l’utilisation des pesticides chimiques de synthèse par les jardiniers amateurs ; les collectivités y sont soumises depuis 2017 pour la plupart des espaces publics. Restent autorisés les produits de biocontrôle, les produits utilisables en agriculture biologique et les produits à faible risque.
Pour se passer de traitements :
- favoriser les auxiliaires : coccinelles, syrphes, chrysopes, carabes, mésanges, hérissons, crapauds ;
- tolérer quelques pucerons et quelques limaces, qui nourrissent ces auxiliaires ;
- choisir des variétés résistantes et des plantes adaptées au sol et au climat ;
- pailler le sol, associer les cultures, pratiquer la rotation au potager ;
- éviter les granulés anti-limaces, toxiques pour hérissons, oiseaux et animaux domestiques.
Les erreurs à éviter
- Planter des espèces exotiques envahissantes : renouées asiatiques, herbe de la pampa, ailante, jussies, griffes de sorcière, et l’arbre à papillons (buddleia) dans les régions où il est jugé envahissant.
- Éclairer le jardin toute la nuit : la pollution lumineuse désoriente les insectes nocturnes, les chauves-souris et les vers luisants. Préférer l’absence d’éclairage, ou des lumières orientées vers le sol, à détecteur.
- Tout ramasser : feuilles mortes, tiges sèches et fleurs fanées abritent des insectes en hiver et nourrissent les oiseaux de leurs graines.
- Nourrir les oiseaux toute l’année sans hygiène : le nourrissage, à réserver aux périodes de froid, impose de nettoyer régulièrement mangeoires et abreuvoirs pour éviter les maladies.
- Laisser les chats en liberté la nuit et au printemps : ils sont l’une des principales causes de mortalité des petits oiseaux et des lézards en milieu habité.
- Utiliser des robots tondeuses la nuit, qui blessent ou tuent de nombreux hérissons.
Questions fréquentes
Comment faire venir les oiseaux dans son jardin ?
En plantant une haie d’arbustes locaux à fruits, en installant des nichoirs adaptés, en proposant un point d’eau peu profond et propre, en renonçant aux pesticides (les insectes sont la nourriture des oisillons) et en laissant quelques zones sauvages.
Un petit jardin ou un balcon peut-il être utile ?
Oui. Quelques pots de plantes mellifères (lavande, thym, sauge, origan), un petit point d’eau et un nichoir peuvent déjà accueillir abeilles sauvages, papillons et oiseaux, surtout s’ils relient d’autres espaces verts du quartier.
Existe-t-il des labels pour les jardins favorables à la biodiversité ?
Plusieurs programmes associatifs existent, comme les « Refuges LPO » de la Ligue pour la protection des oiseaux, qui accompagnent les particuliers avec une charte et des conseils.