Nature et animaux · Insectes
Le bourdon
Le bourdon est une grosse abeille sauvage velue du genre Bombus, qui vit en colonies de quelques dizaines à quelques centaines d’individus. Actif même par temps frais, c’est un pollinisateur essentiel des fleurs sauvages et des cultures.
Mis à jour le 4 min de lecture
Le bourdon n’est pas le mâle de l’abeille (celui-ci s’appelle faux bourdon) : c’est une abeille à part entière, de la même famille que l’abeille domestique, les Apidés. On compte environ 250 espèces de bourdons dans le monde, surtout dans les régions tempérées et froides de l’hémisphère Nord, et une cinquantaine en France. Leur fourrure épaisse et leur capacité à produire de la chaleur leur permettent de butiner là où les autres abeilles restent inactives.
Fiche d’identité : le bourdon terrestre
| Caractéristique | Donnée |
|---|---|
| Nom scientifique | Bombus terrestris |
| Famille | Apidés |
| Taille | reine 20 à 27 mm ; ouvrière 11 à 22 mm |
| Colonie | 100 à 400 individus en moyenne |
| Durée de vie | reine : environ un an ; ouvrière : quelques semaines |
| Régime | Nectar et pollen |
| Reconnaissance | Noir, une bande jaune sur le thorax et une sur l’abdomen, extrémité blanche (« cul blanc ») |
Le cycle de la colonie
Comme chez les guêpes, la colonie de bourdons est annuelle :
- Fin d’hiver : la reine fécondée sort d’hibernation, souvent dès février ou mars. Elle butine les premières fleurs (saules, pissenlits, lamiers) pour se nourrir.
- Elle cherche un site de nid : ancien terrier de rongeur, touffe d’herbe, nichoir, tas de compost.
- Elle façonne un pot de cire pour stocker le nectar et une cellule où elle pond ses premiers œufs, qu’elle couve en se plaquant sur eux, comme un oiseau.
- Les premières ouvrières prennent le relais du butinage ; la reine ne quitte plus le nid.
- En été naissent les mâles et les futures reines, qui s’accouplent hors du nid.
- À l’automne, la colonie meurt. Seules les jeunes reines hibernent, enfouies dans le sol.
Chez certaines espèces, dites bourdons coucous (sous-genre Psithyrus), les femelles ne fondent pas de colonie : elles pénètrent dans le nid d’une autre espèce, éliminent ou soumettent sa reine et font élever leurs petits par les ouvrières de l’hôte.
Un insecte qui se chauffe
Le bourdon peut produire de la chaleur en faisant vibrer ses muscles de vol sans bouger les ailes, à la manière d’un frisson. Il élève ainsi la température de son thorax à plus de 30 °C, même lorsque l’air est proche de 5 à 10 °C. Avec sa fourrure isolante, c’est ce qui lui permet de voler tôt le matin, par temps couvert ou en montagne, et d’être l’un des principaux pollinisateurs des régions froides.
La pollinisation vibratile
Certaines fleurs, comme celles de la tomate, de l’aubergine, de la pomme de terre ou de la myrtille, gardent leur pollen enfermé dans des anthères percées de petits pores. Le bourdon s’y accroche et fait vibrer ses muscles à haute fréquence : le pollen jaillit comme d’une salière. Cette pollinisation vibratile (buzz pollination), que l’abeille domestique ne pratique pas, explique pourquoi les producteurs de tomates sous serre utilisent des colonies de bourdons d’élevage depuis la fin des années 1980.
La longueur de la langue varie selon les espèces : les bourdons à langue longue, comme le bourdon des jardins, visitent les fleurs profondes (trèfle violet, aconit, digitale) inaccessibles à d’autres insectes.
Le mythe du bourdon qui ne devrait pas voler
Une anecdote répandue affirme que, selon les lois de l’aérodynamique, le bourdon « ne devrait pas pouvoir voler ». Elle repose sur un calcul ancien qui appliquait au bourdon les équations d’une aile d’avion fixe. Les ailes d’insectes battent en réalité très vite (environ 130 à 240 battements par seconde chez le bourdon) en créant des tourbillons qui produisent beaucoup plus de portance. Il n’y a aucun mystère.
Un déclin préoccupant
En Europe, environ un quart des espèces de bourdons sont menacées, selon la Liste rouge européenne des abeilles publiée en 2014. Les causes :
- disparition des fleurs sauvages : prairies retournées, haies arrachées, fauches précoces (voir prairie) ;
- pesticides, notamment les néonicotinoïdes, qui affectent l’orientation et la reproduction des colonies ;
- réchauffement climatique : beaucoup de bourdons, adaptés au froid, voient leur aire remonter en latitude et en altitude, et certains disparaissent du sud de leur répartition ;
- maladies et parasites transmis par les colonies d’élevage.
Aider les bourdons au jardin
- Semer des fleurs mellifères étalées sur toute la saison, en particulier précoces (saules, crocus, pulmonaire, lamier) et tardives (lierre, asters).
- Laisser des zones non tondues et des talus pour la nidification.
- Bannir les pesticides.
- Un bourdon épuisé posé au sol au printemps peut être aidé avec quelques gouttes d’eau sucrée ; inutile de le déplacer loin.
Voir jardin et biodiversité.
Questions fréquentes
Le bourdon pique-t-il ?
Les femelles (reines et ouvrières) possèdent un dard et peuvent piquer, mais très rarement : il faut presque toujours les écraser ou les saisir. Leur dard n’est pas barbelé et reste en place. Les mâles n’ont pas de dard. En cas de réaction allergique, voir piqûre d’insecte.
Le bourdon fait-il du miel ?
Il stocke un peu de nectar concentré dans des pots de cire, en quantité très faible (quelques grammes), suffisante pour nourrir la colonie quelques jours. Il ne produit pas de réserve de miel comme l’abeille domestique.
Pourquoi voit-on de gros bourdons en février ?
Ce sont des reines sorties d’hibernation, qui cherchent des fleurs pour se nourrir et un site pour fonder leur colonie.