Nature et animaux · Insectes
La libellule
Les libellules sont des insectes de l’ordre des Odonates, prédateurs redoutables au vol exceptionnel. Leur larve vit plusieurs mois à plusieurs années dans l’eau. On en compte environ 6 000 espèces dans le monde, une centaine en France.
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Apparus il y a plus de 300 millions d’années, les odonates comptent parmi les plus anciens insectes volants. Au Carbonifère, leurs cousins géants, les méganeures, atteignaient environ 70 cm d’envergure. Les libellules actuelles sont plus petites, mais restent des chasseurs aériens d’une efficacité rare et d’excellents indicateurs de la santé des milieux aquatiques.
Fiche d’identité
| Caractéristique | Donnée |
|---|---|
| Ordre | Odonates : anisoptères (libellules) et zygoptères (demoiselles) |
| Nombre d’espèces | environ 6 000 dans le monde, une centaine en France métropolitaine |
| Taille | de 2 à 3 cm (petites demoiselles) à plus de 8 cm (anax empereur) |
| Envergure | jusqu’à 10–11 cm chez les grandes espèces européennes |
| Régime | Carnivore à tous les stades |
| Durée de vie | larve : quelques mois à 5 ans ; adulte : quelques semaines en général |
Libellule ou demoiselle ?
| Critère | Anisoptères (libellules au sens strict) | Zygoptères (demoiselles) |
|---|---|---|
| Ailes au repos | Étalées à plat, perpendiculaires au corps | Repliées le long du corps (sauf les lestes) |
| Ailes | Postérieures plus larges que les antérieures | Les quatre de même forme |
| Yeux | Très gros, souvent jointifs sur le dessus de la tête | Bien séparés, tête en marteau |
| Corps | Robuste | Grêle, en forme d’aiguille |
| Vol | Puissant et rapide | Plus lent, voletant |
| Exemples | Anax empereur, aeschnes, libellule déprimée, sympétrums | Agrions, caloptéryx, lestes |
Un vol exceptionnel
La libellule actionne ses quatre ailes indépendamment, grâce à des muscles directement attachés à leur base. Elle peut ainsi faire du surplace, voler en arrière, virer à angle droit et accélérer brutalement. Les grandes espèces dépassent 30 à 40 km/h en pointe.
Sa chasse est d’une efficacité remarquable : des études en laboratoire ont mesuré des taux de capture supérieurs à 90 % chez certaines espèces. Elle anticipe la trajectoire de sa proie et l’intercepte, saisissant mouches, moustiques, papillons ou autres libellules dans le « panier » formé par ses pattes épineuses.
Ses yeux composés comptent jusqu’à environ 30 000 ommatidies chez les grandes espèces et couvrent presque tout le champ visuel. Les libellules perçoivent les ultraviolets et la lumière polarisée, qui les aide à repérer les surfaces d’eau.
Le cycle de vie
- Ponte : la femelle pond dans l’eau, sur ou dans les plantes aquatiques, parfois en tandem avec le mâle qui la tient par la nuque.
- Larve aquatique : elle respire par des branchies (internes chez les libellules, en lamelles au bout de l’abdomen chez les demoiselles). Elle chasse grâce à un masque, lèvre inférieure articulée qu’elle projette en une fraction de seconde pour harponner larves d’insectes, têtards ou petits poissons. Elle mue une dizaine de fois.
- Émergence : la larve grimpe sur une tige hors de l’eau, sa peau se fend et l’adulte s’en extrait. Il déplie ses ailes en quelques heures. La dépouille vide, l'exuvie, reste accrochée à la tige.
- Adulte : il vit en général quelques semaines, consacrées à la chasse et à la reproduction.
C’est une métamorphose incomplète : il n’y a pas de stade de nymphe immobile (voir insectes).
L’accouplement en « cœur »
Le mâle saisit la femelle derrière la tête avec les appendices au bout de son abdomen. La femelle recourbe son abdomen pour atteindre l’organe copulateur du mâle, situé sous la base de son abdomen : le couple forme alors une figure en cœur ou en roue, caractéristique des odonates.
Quelques espèces de France
- Anax empereur (Anax imperator) : l’une des plus grandes, thorax vert et abdomen bleu chez le mâle, fréquente les mares et étangs.
- Libellule déprimée (Libellula depressa) : abdomen large et aplati, bleu pâle chez le mâle, l’une des premières à coloniser les mares nouvelles.
- Sympétrum sanguin : petite libellule rouge de la fin de l’été.
- Caloptéryx éclatant et caloptéryx vierge : demoiselles aux ailes bleu métallique des cours d’eau.
- Agrion jouvencelle : demoiselle bleu et noir des mares.
- Cordulégastre annelé : grande libellule noire et jaune des ruisseaux.
Plusieurs espèces sont menacées, notamment celles des tourbières et des cours d’eau de bonne qualité, comme la leucorrhine à gros thorax ou la cordulie à corps fin, protégées en France.
Menaces
Les libellules dépendent entièrement des milieux aquatiques pour leur reproduction. Elles souffrent de la disparition des mares et des zones humides, de la pollution de l’eau, des pesticides, de l’artificialisation des berges et de l’introduction de poissons. Leur présence et leur diversité sont des indicateurs utilisés pour évaluer l’état d’un lac ou d’un étang.
Questions fréquentes
La libellule pique-t-elle ?
Non. Elle n’a ni dard ni venin. Une grosse libellule tenue dans la main peut pincer légèrement avec ses mandibules, sans danger. C’est au contraire une grande mangeuse de moustiques.
Combien de temps vit une libellule ?
L’essentiel de sa vie se passe sous forme de larve aquatique, de quelques mois à plusieurs années selon l’espèce. L’adulte ne vit en général que quelques semaines.
Pourquoi trouve-t-on des libellules loin de l’eau ?
Les jeunes adultes s’éloignent souvent de l’eau pour se nourrir et mûrir pendant quelques jours avant de revenir se reproduire. Certaines espèces sont migratrices : Pantala flavescens traverse même l’océan Indien.