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Sciences · Biologie

La biodiversité

La biodiversité est la diversité du vivant à trois niveaux : la diversité des gènes, des espèces et des écosystèmes. Elle décline aujourd’hui à un rythme sans précédent dans l’histoire humaine.

Mis à jour le 5 min de lecture

Le mot biodiversity, contraction de biological diversity, est apparu en 1985 sous la plume du biologiste Walter G. Rosen et a été popularisé en 1988 par l’entomologiste Edward O. Wilson. Il est entré dans le droit international avec la Convention sur la diversité biologique, signée au Sommet de la Terre de Rio en juin 1992. La biodiversité ne se résume pas à une liste d’espèces : elle englobe aussi les interactions entre êtres vivants et avec leur milieu.

Les trois niveaux de la biodiversité

NiveauCe qu’il désigneExemple
Diversité génétiqueVariations entre individus d’une même espèceLes milliers de variétés de pommes ou de riz
Diversité spécifiqueNombre et abondance des espècesUne forêt tropicale peut compter plus de 200 espèces d’arbres par hectare
Diversité écosystémiqueVariété des milieuxForêts, prairies, zones humides, récifs, déserts

La diversité génétique est souvent oubliée, mais elle est essentielle : c’est elle qui permet à une espèce de s’adapter à une maladie ou à un changement de climat. Une population trop homogène est vulnérable, comme l’a montré la famine irlandaise de 1845-1849, provoquée par un parasite qui a ravagé des cultures de pommes de terre génétiquement très uniformes.

Combien d’espèces sur Terre ?

DonnéeValeur approximative
Espèces décritesenviron 2 millions
Espèces eucaryotes estiméesenviron 8 millions (8,7 millions selon une étude de 2011)
Groupe le plus richeles insectes, environ 1 million d’espèces décrites
Points chauds de biodiversité36 régions, couvrant environ 2,5 % des terres émergées

La biodiversité n’est pas répartie uniformément : elle est maximale sous les tropiques, notamment dans les forêts humides et les récifs coralliens. Les points chauds (hotspots), notion proposée par Norman Myers en 1988, sont des régions très riches en espèces endémiques et fortement menacées, comme Madagascar, le bassin méditerranéen ou les Andes tropicales. Grâce à ses territoires d’outre-mer, la France est présente dans plusieurs d’entre eux.

Un déclin massif et documenté

Le rapport de l’IPBES (2019)

L’IPBES, plateforme intergouvernementale créée en 2012 et souvent présentée comme le « GIEC de la biodiversité », a publié en mai 2019 la première évaluation mondiale de l’état de la nature. Ses principales conclusions :

  • environ 1 million d’espèces animales et végétales sont menacées d’extinction, dont beaucoup dans les prochaines décennies ;
  • les trois quarts de l’environnement terrestre et environ 66 % du milieu marin ont été sévèrement altérés par les activités humaines ;
  • plus de 85 % de la surface des zones humides présentes en 1700 avaient disparu en 2000 ;
  • le taux d’extinction actuel est des dizaines à des centaines de fois supérieur à la moyenne des 10 derniers millions d’années.

Autres indicateurs

  • Liste rouge de l’UICN : plus de 45 000 espèces y sont classées menacées, dont environ 41 % des amphibiens et plus d’un quart des mammifères évalués.
  • Indice Planète vivante (WWF, 2024) : les populations de vertébrés sauvages suivies ont diminué en moyenne de 73 % entre 1970 et 2020. Ce chiffre mesure la baisse moyenne des effectifs des populations suivies, pas une disparition de 73 % des animaux.
  • Insectes : de nombreuses études locales montrent un déclin important, comme la baisse de plus de 75 % de la biomasse d’insectes volants mesurée entre 1989 et 2016 dans des réserves naturelles allemandes.

Les cinq grandes causes du déclin

L’IPBES classe les facteurs directs par ordre d’importance au niveau mondial :

  1. Changement d’usage des terres et de la mer : déforestation, agriculture intensive, urbanisation, artificialisation des côtes. C’est la première cause sur terre.
  2. Exploitation directe des organismes : surpêche, chasse, braconnage, commerce d’espèces sauvages. C’est la première cause en mer.
  3. Changement climatique : déplacement des aires de répartition, blanchissement des coraux, décalage entre floraison et pollinisateurs (voir réchauffement climatique).
  4. Pollutions : pesticides, engrais, plastiques, lumière artificielle.
  5. Espèces exotiques envahissantes : frelon asiatique, rat sur les îles, jacinthe d’eau, écrevisse américaine.

Ces facteurs se combinent : une population déjà fragmentée par une route résiste moins bien à une sécheresse ou à une maladie.

Une sixième extinction de masse ?

L’histoire de la vie a connu cinq extinctions de masse, au cours desquelles au moins les trois quarts des espèces ont disparu en un temps géologiquement court ; la dernière, il y a 66 millions d’années, a éliminé les dinosaures non aviens (voir échelle des temps géologiques). De nombreux scientifiques estiment que le rythme actuel des extinctions pourrait mener à une sixième extinction de masse si les tendances se poursuivent. Le nombre d’extinctions documentées reste à ce jour bien inférieur à ce seuil, mais la vitesse du déclin est comparable à celle des crises passées.

Pourquoi protéger la biodiversité ?

  • Alimentation : pollinisation, fertilité des sols, ressources de la pêche.
  • Santé : de nombreux médicaments sont issus d’organismes vivants (l’aspirine dérive d’une molécule du saule, la pénicilline d’un champignon) ; la destruction des milieux favorise aussi les contacts avec des agents pathogènes.
  • Climat : forêts, tourbières et océans stockent d’immenses quantités de carbone.
  • Résilience : un écosystème diversifié résiste mieux aux perturbations.
  • Valeur intrinsèque, culturelle et esthétique du vivant, indépendamment de son utilité.

Les accords internationaux

DateAccordContenu
1971Convention de RamsarProtection des zones humides
1973CITES (Washington)Encadrement du commerce international des espèces menacées
1992Convention sur la diversité biologique (Rio)Conservation, usage durable, partage des bénéfices
2010Objectifs d’Aichi (Nagoya)20 objectifs pour 2020, dont aucun n’a été pleinement atteint
Décembre 2022Cadre mondial de Kunming-Montréal23 cibles pour 2030, dont la protection de 30 % des terres et des mers (« 30x30 »)

Questions fréquentes

Quelle est la différence entre biodiversité et nature ?

La nature désigne l’ensemble du monde physique et vivant non transformé par l’humain. La biodiversité est une notion scientifique plus précise : la diversité du vivant, mesurable à l’échelle des gènes, des espèces et des écosystèmes. Une biodiversité existe aussi dans les milieux cultivés et en ville.

Combien d’espèces disparaissent chaque année ?

On ne peut pas donner de chiffre précis, car la plupart des espèces ne sont pas encore décrites et il faut des années pour confirmer qu’une espèce a disparu. Les scientifiques raisonnent plutôt en taux d’extinction et en proportion d’espèces menacées.

Qu’est-ce qu’une espèce menacée ?

Selon l’UICN, une espèce est menacée si elle est classée « vulnérable », « en danger » ou « en danger critique » d’après des critères objectifs : taille et déclin de la population, réduction de l’aire de répartition.

Que peut-on faire à titre individuel ?

Réduire le gaspillage alimentaire et la consommation de produits liés à la déforestation, éviter les pesticides au jardin, laisser des zones non tondues, ne pas relâcher d’animaux exotiques dans la nature et participer à des programmes de sciences participatives qui aident les chercheurs à suivre les espèces.

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