Sciences · Biologie
Allèle dominant et allèle récessif
Un allèle est une version d’un gène. Il est dominant s’il s’exprime dès qu’il est présent en un exemplaire, récessif s’il ne s’exprime que lorsque les deux exemplaires sont identiques.
Mis à jour le 4 min de lecture
Chaque gène est présent en deux exemplaires dans nos cellules, l’un venant de la mère, l’autre du père. Ces deux exemplaires peuvent être identiques ou différents : ce sont des allèles. Lorsqu’ils diffèrent, l’un peut masquer l’autre. Cette relation de dominance, découverte par Gregor Mendel en croisant des pois, explique pourquoi un caractère peut disparaître pendant une génération et réapparaître à la suivante.
Le vocabulaire de base
| Terme | Signification | Notation |
|---|---|---|
| Homozygote | Deux allèles identiques | AA ou aa |
| Hétérozygote | Deux allèles différents | Aa |
| Allèle dominant | S’exprime chez l’hétérozygote | Majuscule (A) |
| Allèle récessif | Masqué chez l’hétérozygote | Minuscule (a) |
| Génotype | Combinaison d’allèles | Aa |
| Phénotype | Caractère observable | « graines jaunes » |
Un exemple : la couleur des pois de Mendel
Chez le pois, l’allèle « jaune » (J) domine l’allèle « vert » (v).
- JJ : graines jaunes.
- Jv : graines jaunes, car J masque v.
- vv : graines vertes, seul cas où l’allèle récessif s’exprime.
En croisant deux plantes hétérozygotes (Jv x Jv), chaque parent transmet l’un ou l’autre allèle avec une chance sur deux. L’échiquier de croisement donne :
| J | v | |
|---|---|---|
| J | JJ (jaune) | Jv (jaune) |
| v | Jv (jaune) | vv (vert) |
Résultat : 3/4 de graines jaunes, 1/4 de graines vertes, la célèbre proportion 3:1 des lois de Mendel. La couleur verte, invisible chez les parents, réapparaît.
Pourquoi un allèle est-il dominant ?
La dominance n’est pas une force : c’est une conséquence biochimique.
- Souvent, l’allèle dominant code une protéine fonctionnelle, et l’allèle récessif une version défectueuse ou absente. Un seul exemplaire fonctionnel suffit alors à produire assez de protéine. C’est le cas de la plupart des maladies génétiques récessives.
- Parfois, la protéine anormale perturbe celle qui est normale (effet « dominant négatif ») ou produit une fonction nouvelle et nocive : la maladie est alors dominante.
Exemples chez l’être humain
| Caractère ou maladie | Mode de transmission |
|---|---|
| Groupes sanguins A et B | A et B dominants sur O ; A et B codominants entre eux |
| Mucoviscidose | Récessif (gène CFTR) |
| Drépanocytose | Récessif pour la maladie |
| Phénylcétonurie | Récessif |
| Maladie de Huntington | Dominant |
| Achondroplasie (forme de nanisme) | Dominant |
| Hémophilie A, daltonisme rouge-vert | Récessif lié au chromosome X |
Les maladies récessives liées à l’X touchent surtout les hommes : n’ayant qu’un chromosome X, ils n’ont pas de second exemplaire pour compenser.
Au-delà de la dominance simple
La codominance
Les deux allèles s’expriment pleinement. Dans le système ABO, une personne de génotype AB porte à la fois les antigènes A et B sur ses globules rouges : elle est du groupe AB.
La dominance incomplète
L’hétérozygote présente un phénotype intermédiaire. Chez la belle-de-nuit ou la gueule-de-loup, le croisement d’une fleur rouge et d’une fleur blanche donne des fleurs roses.
Les allèles multiples
Un gène peut exister sous de nombreux allèles dans une population (trois pour ABO, des centaines pour certains gènes de l’immunité), même si chaque individu n’en porte que deux.
Porteur sain : le cas des maladies récessives
Un hétérozygote pour une maladie récessive est porteur sain : il ne présente pas la maladie mais peut transmettre l’allèle. Si deux porteurs ont un enfant, le risque que celui-ci soit atteint est de 1 sur 4 à chaque grossesse. En France, environ une personne sur 30 serait porteuse d’une mutation du gène de la mucoviscidose. Les unions entre apparentés augmentent la probabilité que deux mêmes allèles récessifs se rencontrent.
Idées reçues
- « Dominant veut dire fréquent » : faux. La polydactylie (doigts surnuméraires) est souvent dominante et pourtant rare ; le groupe O, récessif, est le plus fréquent en France.
- « Les allèles dominants finissent par l’emporter » : faux. Sans sélection, les fréquences des allèles restent stables d’une génération à l’autre (loi de Hardy-Weinberg, 1908).
- « Les yeux bleus sont gouvernés par un seul gène récessif » : simplification. Deux parents aux yeux bleus ont presque toujours des enfants aux yeux bleus, mais la couleur des yeux dépend de plusieurs gènes, et des exceptions existent (voir génotype et phénotype).
Questions fréquentes
Comment savoir si un allèle est dominant ou récessif ?
Par l’observation des croisements ou des arbres généalogiques. Un caractère qui saute des générations et apparaît chez des enfants de parents qui ne l’ont pas est récessif ; un caractère présent à chaque génération chez environ la moitié des descendants d’un parent atteint est dominant.
Un allèle récessif est-il forcément mauvais ?
Non. Récessif décrit seulement un mode d’expression. De nombreux allèles récessifs sont neutres (groupe O, cheveux roux) ; certains peuvent même être avantageux à l’état hétérozygote, comme l’allèle de la drépanocytose qui protège en partie du paludisme.
D’où viennent les allèles ?
De mutations survenues un jour dans la séquence d’un gène, puis transmises au fil des générations.