Sciences · Biologie
Les OGM
Un organisme génétiquement modifié (OGM) est un être vivant dont le matériel génétique a été modifié d’une manière qui ne se produit pas naturellement, le plus souvent par ajout d’un gène.
Mis à jour le 4 min de lecture
Le sigle OGM évoque surtout les plantes cultivées, mais il recouvre aussi des bactéries qui produisent des médicaments, des levures industrielles ou des animaux de laboratoire. Les premiers OGM datent du début des années 1970 ; la première plante transgénique commercialisée, une tomate à maturation ralentie, est arrivée aux États-Unis en 1994. Le sujet est à la fois scientifique, économique et politique : cette fiche présente ce qui est établi.
Comment fabrique-t-on un OGM ?
Le principe repose sur l’universalité du code génétique : un gène d’une espèce peut être lu par une autre.
- Identifier et isoler le gène d’intérêt (par exemple un gène de résistance à un insecte).
- Construire une séquence comprenant ce gène et un promoteur qui le fera fonctionner dans l’hôte, souvent avec un gène marqueur pour repérer les cellules modifiées.
- Introduire cette construction dans les cellules : chez les plantes, grâce à la bactérie Agrobacterium tumefaciens, qui transfère naturellement de l’ADN aux plantes, ou par un « canon à gènes » projetant des microbilles enrobées d’ADN ; chez les bactéries, par un plasmide.
- Sélectionner les cellules transformées et régénérer une plante entière.
- Vérifier l’expression du gène et la stabilité du caractère sur plusieurs générations.
Les grandes étapes
| Date | Événement |
|---|---|
| 1973 | Stanley Cohen et Herbert Boyer créent la première bactérie génétiquement modifiée |
| 1982 | Première insuline humaine produite par des bactéries mise sur le marché |
| 1983 | Premières plantes transgéniques en laboratoire (tabac) |
| 1994 | Tomate Flavr Savr commercialisée aux États-Unis |
| 1996 | Début de la culture à grande échelle du soja et du maïs transgéniques en Amérique |
| 2008 | La France suspend la culture du maïs MON 810, seul OGM alors cultivé sur son sol |
| 2015 | L’Union européenne permet aux États d’interdire la culture d’OGM sur leur territoire |
Exemples d’OGM
| Domaine | Exemple | Modification |
|---|---|---|
| Agriculture | Maïs Bt | Gène d’une bactérie (Bacillus thuringiensis) produisant une toxine contre certaines chenilles, comme la pyrale |
| Agriculture | Soja tolérant au glyphosate | Résiste à un herbicide, ce qui simplifie le désherbage |
| Agriculture | Papaye résistante au virus des taches annulaires | A sauvé la filière à Hawaï dans les années 1990 |
| Agriculture | Riz doré | Produit du bêta-carotène (précurseur de la vitamine A) ; autorisé aux Philippines en 2021 |
| Médecine | Bactéries et levures | Production d’insuline, d’hormone de croissance, de facteurs de coagulation, de vaccins |
| Recherche | Souris transgéniques | Modèles de maladies humaines |
| Environnement | Moustiques modifiés | Lâchers expérimentaux pour réduire les populations vectrices de maladies |
Les médicaments issus d’OGM, comme l’insuline, sont largement acceptés ; c’est surtout la culture en plein champ et l’alimentation qui font débat.
Dans le monde et en Europe
Les cultures transgéniques couvrent environ 190 à 200 millions d’hectares dans le monde, surtout aux États-Unis, au Brésil, en Argentine, en Inde et au Canada. Quatre plantes dominent : soja, maïs, coton et colza. Dans l’Union européenne, seul le maïs MON 810 est autorisé à la culture, pratiquée essentiellement en Espagne et au Portugal.
L’Europe importe en revanche massivement du soja transgénique, utilisé dans l’alimentation des animaux d’élevage. Les produits issus d’animaux nourris aux OGM ne sont pas soumis à l’étiquetage OGM.
La réglementation
- Autorisation au cas par cas : chaque OGM fait l’objet d’une évaluation des risques par l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA), puis d’une décision de l’Union.
- Étiquetage obligatoire des aliments contenant plus de 0,9 % d’OGM autorisé par ingrédient.
- Traçabilité tout au long de la filière.
- France : culture interdite ; la mention « sans OGM » est encadrée depuis 2012.
Les nouvelles techniques génomiques (édition par CRISPR-Cas9), qui modifient le génome sans forcément ajouter de gène étranger, font l’objet d’une réforme européenne visant à alléger les règles pour certaines plantes dont la modification pourrait aussi se produire naturellement.
Bénéfices et risques débattus
| Arguments avancés en faveur | Inquiétudes exprimées |
|---|---|
| Réduction de certains insecticides (maïs Bt) | Apparition d’insectes et de mauvaises herbes résistants |
| Rendements plus stables, pertes réduites | Dépendance des agriculteurs aux semenciers et brevets |
| Amélioration nutritionnelle (riz doré) | Dissémination de gènes vers des plantes sauvages apparentées |
| Production de médicaments | Effets sur les insectes non ciblés et la biodiversité |
Sur la sécurité sanitaire, les grandes synthèses scientifiques (notamment celle des Académies nationales américaines en 2016) n’ont pas mis en évidence de risque pour la santé humaine propre aux OGM autorisés, comparés à leurs équivalents conventionnels. Les questions environnementales et socio-économiques dépendent, elles, de chaque plante, de chaque caractère et de chaque mode de culture.
Questions fréquentes
Mange-t-on des OGM en France ?
Très peu directement : les aliments contenant plus de 0,9 % d’OGM doivent être étiquetés, et les industriels les évitent. En revanche, la viande, le lait et les œufs peuvent provenir d’animaux nourris avec du soja transgénique importé.
Un hybride ou une plante sélectionnée est-elle un OGM ?
Non. La sélection et l’hybridation classiques, même anciennes et intensives, modifient le génome par croisements naturels et ne sont pas des OGM au sens légal.
Les OGM sont-ils dangereux pour la santé ?
Aucun effet néfaste propre aux OGM autorisés n’a été démontré à ce jour. Chaque OGM est évalué individuellement avant autorisation, car le risque dépend du gène introduit et non de la technique en elle-même.