Sciences · Biologie
L’homme de Néandertal
L’homme de Néandertal est une espèce humaine éteinte qui a vécu en Europe et en Asie occidentale d’environ 400 000 à 40 000 ans. Cousin d’Homo sapiens, il nous a légué une part de son ADN.
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Longtemps caricaturé en brute voûtée, l’homme de Néandertal est aujourd’hui l’espèce humaine fossile la mieux connue. On a retrouvé les restes de plusieurs centaines d’individus et séquencé son génome. Le portrait qui en ressort est celui d’un humain intelligent, adapté aux climats froids de l’Europe glaciaire, avec lequel nos ancêtres ont eu des enfants.
Une découverte en 1856
En août 1856, des ouvriers d’une carrière de la vallée de Neander, près de Düsseldorf (Allemagne), découvrent dans la grotte de Feldhofer une calotte crânienne et des os massifs. L’instituteur Johann Carl Fuhlrott, puis l’anatomiste Hermann Schaaffhausen, y reconnaissent un humain archaïque. Le nom Homo neanderthalensis est proposé en 1864 par le géologue William King. Des fossiles trouvés plus tôt, à Engis (Belgique) en 1829 et à Gibraltar en 1848, appartenaient en fait à la même espèce.
En France, le squelette presque complet de La Chapelle-aux-Saints (Corrèze), découvert en 1908, fut reconstitué par Marcellin Boule en homme courbé et simiesque. On sait aujourd’hui que cet individu était un vieillard arthritique et que les Néandertaliens se tenaient parfaitement droits.
Où et quand vivait-il ?
| Donnée | Valeur |
|---|---|
| Période | Environ 400 000 à 40 000 ans avant le présent |
| Territoire | Europe, Proche-Orient, Asie centrale jusqu’à l’Altaï (Sibérie) |
| Ancêtre probable | Populations européennes apparentées à Homo heidelbergensis |
| Climat | Alternance de périodes glaciaires et interglaciaires |
| Population | Faible : quelques dizaines de milliers d’individus au plus à un moment donné, selon les estimations génétiques |
Les fossiles de la Sima de los Huesos (Atapuerca, Espagne), datés d’environ 430 000 ans, présentent déjà des traits néandertaliens. La lignée néandertalienne s’est séparée de celle menant à Homo sapiens il y a environ 500 000 à 600 000 ans, selon la génétique.
À quoi ressemblait-il ?
- Un corps trapu et musclé, aux membres courts : environ 1,60 à 1,65 m pour les hommes, une morphologie qui limite les pertes de chaleur en climat froid ;
- un crâne allongé et bas, avec un bourrelet osseux au-dessus des yeux, un front fuyant, une face projetée en avant et un nez large ;
- pas de menton marqué ;
- un cerveau volumineux, d’environ 1 500 cm³ en moyenne, un peu plus que celui des humains actuels, mais organisé différemment (plus allongé vers l’arrière).
L’ADN suggère que certains Néandertaliens avaient la peau claire et, pour quelques-uns, des cheveux roux.
Comment vivait-il ?
Les outils et la chasse
Les Néandertaliens taillaient la pierre avec la méthode Levallois, qui demande de prévoir la forme de l’éclat avant de le détacher. Leur culture matérielle est appelée le Moustérien, d’après le site du Moustier en Dordogne. Ils chassaient de grands herbivores (rennes, chevaux, bisons, parfois mammouths), à l’épieu, en groupe et de près, ce qui explique les nombreuses fractures observées sur leurs squelettes. Ils consommaient aussi des végétaux, des champignons et, sur les côtes, des coquillages.
Le feu, les soins et les sépultures
Ils maîtrisaient le feu et fabriquaient de la colle à partir de brai de bouleau, une opération qui demande de contrôler la température. Plusieurs individus ont survécu longtemps à des blessures graves ou des handicaps, ce qui suppose les soins de leur groupe. Ils enterraient certains de leurs morts, comme à La Chapelle-aux-Saints ou à La Ferrassie, même si l’intentionnalité de chaque sépulture est discutée.
Une pensée symbolique
Les indices se sont multipliés :
- dans la grotte de Bruniquel (Tarn-et-Garonne), des cercles de stalagmites brisées et assemblées à plus de 300 mètres de l’entrée ont été datés d’environ 176 000 ans ;
- des serres d’aigle portant des traces de découpe, à Krapina (Croatie), pourraient avoir servi de parure ;
- des pigments (ocre, oxyde de manganèse) ont été utilisés ;
- des tracés rouges dans des grottes espagnoles, datés de plus de 64 000 ans, leur ont été attribués en 2018, une interprétation encore débattue.
L’existence d’un art pariétal néandertalien comparable à celui de Lascaux n’est pas établie.
Néandertal et Homo sapiens : un métissage
En 2010, l’équipe de Svante Pääbo publie une première version du génome de Néandertal, à partir d’os vieux de plus de 38 000 ans. Résultat majeur : les populations actuelles d’Europe, d’Asie, d’Amérique et d’Océanie portent environ 2 % d’ADN néandertalien, hérité de croisements survenus il y a environ 50 000 à 45 000 ans, surtout au Proche-Orient. Les populations d’Afrique subsaharienne en portent beaucoup moins.
Certains de ces gènes influencent encore aujourd’hui l’immunité, la peau ou le métabolisme. Une région du chromosome 3 héritée de Néandertal a par exemple été associée à un risque accru de forme grave de Covid-19. L’analyse d’un fragment d’os de Denisova a même révélé « Denny », une jeune fille d’environ 90 000 ans née d’une mère néandertalienne et d’un père dénisovien. Ces découvertes sont replacées dans l’ensemble de la lignée dans la fiche évolution humaine.
Pourquoi Néandertal a-t-il disparu ?
Les derniers Néandertaliens disparaissent il y a environ 40 000 ans, quelques milliers d’années après l’arrivée d'Homo sapiens en Europe. Aucune cause unique ne fait consensus. Les hypothèses, souvent combinées, sont :
- une démographie fragile : petits groupes isolés, forte consanguinité constatée dans certains génomes ;
- la concurrence avec sapiens, plus nombreux, aux réseaux d’échange plus étendus ;
- des changements climatiques brutaux pendant la dernière glaciation ;
- l'absorption génétique par métissage dans les populations sapiens ;
- d’éventuelles maladies apportées par les nouveaux venus.
Questions fréquentes
Néandertal était-il moins intelligent que nous ?
Rien ne permet de l’affirmer. Il avait un gros cerveau, fabriquait des outils complexes, maîtrisait le feu, soignait ses proches et enterrait ses morts. Ses différences avec sapiens tiennent sans doute davantage à la démographie et à l’organisation sociale qu’à une infériorité cognitive.
Néandertal parlait-il ?
Il possédait un os hyoïde semblable au nôtre et le même variant du gène FOXP2, lié au langage. Il est probable qu’il disposait d’une forme de langage articulé, mais on ne peut pas le prouver.
Est-on plus ou moins néandertalien selon les personnes ?
La proportion d’ADN néandertalien varie peu entre individus non africains (de l’ordre de 1,5 à 2,5 %), mais chaque personne en porte des fragments différents. Au total, une part bien plus large du génome néandertalien survit, dispersée dans l’humanité actuelle.