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Sciences · Biologie

Homo sapiens

Homo sapiens est l’espèce humaine actuelle, la seule survivante du genre Homo. Apparue en Afrique il y a environ 300 000 ans, elle a colonisé tous les continents à partir d’environ 60 000 ans avant notre ère.

Mis à jour le 4 min de lecture

Homo sapiens signifie « homme sage » en latin : le nom a été donné en 1758 par le naturaliste suédois Carl von Linné, qui classait ainsi l’être humain parmi les primates. Notre espèce est récente à l’échelle de la vie, mais elle est devenue en quelques dizaines de milliers d’années l’espèce de grands mammifères la plus répandue de la planète, la seule à occuper tous les milieux terrestres.

Où et quand est apparu Homo sapiens ?

La génétique et les fossiles convergent vers une origine africaine. Mais au lieu d’un berceau unique, beaucoup de chercheurs envisagent aujourd’hui une émergence progressive, à travers des populations dispersées sur le continent africain et échangeant des gènes.

SitePaysDatationApport
Jebel IrhoudMarocenviron 300 000 ansPlus anciens fossiles attribués à sapiens (publiés en 2017), à la face moderne mais au crâne encore allongé
FlorisbadAfrique du Sudenviron 260 000 ansCrâne de forme intermédiaire
Omo KibishÉthiopieau moins 230 000 ansCrânes d’allure moderne
HertoÉthiopieenviron 160 000 ansCrânes très proches des humains actuels

Les caractéristiques de l’espèce

Par rapport aux autres humains, Homo sapiens se distingue par :

  • un crâne haut et arrondi (globulaire), avec un front vertical ;
  • une face réduite, placée sous le crâne, sans bourrelet prononcé au-dessus des yeux ;
  • un menton, trait unique parmi les espèces humaines ;
  • un squelette plus gracile, des dents plus petites ;
  • un cerveau d’environ 1 350 cm³ en moyenne, légèrement plus petit que celui de Néandertal, et qui a même un peu diminué depuis la fin du Paléolithique ;
  • une enfance très longue, qui laisse le temps des apprentissages.

La conquête de la planète

Des groupes de sapiens sortent d’Afrique à plusieurs reprises, avec des incursions précoces au Proche-Orient dès environ 180 000 ans (grotte de Misliya, Israël). Mais l’expansion qui a donné naissance à la quasi-totalité des populations non africaines actuelles commence il y a environ 60 000 à 50 000 ans.

RégionArrivée de sapiens (ordre de grandeur)
Proche-Orientvers 180 000 ans (incursions), puis vers 60 000 ans
Asie du Sud et de l’Estvers 60 000 à 45 000 ans
Australieau moins 50 000 ans, peut-être 65 000 ans, par la mer
Europevers 54 000 ans (grotte Mandrin, Drôme), présence durable vers 45 000 ans
Amériquesau moins 16 000 ans, par la Béringie ; des traces plus anciennes sont débattues
Îles du Pacifique lointainil y a 3 000 à 800 ans (Polynésie, Nouvelle-Zélande)

Au cours de cette expansion, sapiens s’est croisé avec d’autres humains : les non-Africains portent environ 2 % d’ADN néandertalien, et les populations de Mélanésie et d’Australie une part d’ADN dénisovien. Ces données sont détaillées dans la fiche évolution humaine.

Les Cro-Magnon

En France, les premiers sapiens d’Europe sont souvent appelés Cro-Magnon, du nom de l’abri sous roche des Eyzies (Dordogne) où ont été découverts cinq squelettes en 1868. Ces hommes du Paléolithique supérieur (Aurignacien, Gravettien, Solutréen, Magdalénien) sont les auteurs de l'art pariétal de la grotte Chauvet (environ 36 000 ans) et de Lascaux (environ 20 000 ans), de sculptures, d’instruments de musique (flûtes en os) et de parures. Le terme n’a pas de valeur scientifique précise : ils étaient simplement des Homo sapiens anatomiquement modernes.

Une espèce culturelle

La singularité de sapiens tient moins à son anatomie qu’à l’accumulation de la culture :

  • pensée symbolique : ocre gravée et perles de coquillages percées vers 100 000 à 75 000 ans en Afrique (grotte de Blombos, Afrique du Sud) ;
  • langage complexe, permettant de transmettre des savoirs abstraits ;
  • réseaux d’échange sur des centaines de kilomètres ;
  • innovations techniques rapides : propulseur, aiguille à chas, arc ;
  • agriculture et élevage, inventés indépendamment dans plusieurs régions du monde à partir d’environ 11 000 à 12 000 ans dans le Croissant fertile, ce qui marque le passage du Paléolithique au Néolithique.

Une espèce peu diverse génétiquement

Malgré sa répartition mondiale, Homo sapiens est génétiquement très homogène : deux humains pris au hasard ne diffèrent que d’environ 0,1 % de leur génome, moins que deux chimpanzés de populations différentes. Cela s’explique par l’origine récente de l’espèce et par des épisodes où ses effectifs ont été réduits. La plus grande diversité se trouve en Afrique ; les populations hors d’Afrique n’en portent qu’une partie, issue des groupes qui ont migré.

L’influence de sapiens sur la planète

L’arrivée de sapiens sur un continent coïncide souvent avec la disparition de grands animaux (mammouths, paresseux géants, marsupiaux géants d’Australie), une extinction dont la part entre chasse et climat est discutée. Aujourd’hui, avec plus de 8 milliards d’individus depuis 2022, l’espèce modifie le climat, les sols et la biodiversité au point que certains géologues ont proposé de nommer une nouvelle époque, l’Anthropocène.

Questions fréquentes

Pourquoi sommes-nous la seule espèce humaine survivante ?

Les autres espèces humaines ont disparu entre environ 50 000 et 30 000 ans, pour des raisons multiples et discutées : concurrence avec sapiens, changements climatiques, petits effectifs, métissage. Sapiens a sans doute profité de populations plus nombreuses et de réseaux sociaux plus étendus.

Que veut dire « Homo sapiens sapiens » ?

Ce nom à trois termes était utilisé quand on considérait Néandertal comme une sous-espèce, Homo sapiens neanderthalensis. La plupart des auteurs parlent aujourd’hui simplement d'Homo sapiens et classent Néandertal comme une espèce distincte.

Sommes-nous tous des Africains ?

Au sens de l’origine, oui : tous les humains actuels descendent principalement de populations africaines vieilles de plusieurs centaines de milliers d’années, auxquelles se sont ajoutées de petites contributions néandertaliennes et dénisoviennes hors d’Afrique.

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