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Sciences · Biologie

L’évolution humaine

La lignée humaine s’est séparée de celle des chimpanzés il y a environ 7 millions d’années en Afrique. Elle a produit une vingtaine d’espèces, dont une seule survit : Homo sapiens.

Mis à jour le 5 min de lecture

L’être humain ne descend pas du singe actuel : il partage avec le chimpanzé et le bonobo un ancêtre commun qui vivait en Afrique il y a environ 6 à 7 millions d’années. Depuis, l’histoire de notre lignée ne ressemble pas à une échelle menant droit à nous, mais à un buisson foisonnant, où plusieurs espèces humaines ont souvent vécu en même temps. Ce récit repose sur les fossiles, les outils et, depuis vingt ans, sur l’ADN ancien. Il est expliqué ici sous l’angle biologique ; le mode de vie des premiers humains est traité dans la fiche Préhistoire.

Les grandes étapes

PériodeEspèces principalesLieuÉtape
Vers 7 à 6 millions d’annéesSahelanthropus tchadensis (Toumaï), Orrorin tugenensisTchad, KenyaPremiers hominines probables, bipédie débutante
Vers 4,4 millions d’annéesArdipithecus ramidus (« Ardi »)ÉthiopieBipède au sol, encore grimpeur
4,2 à 2 millions d’annéesAustralopithèques, dont Australopithecus afarensis (Lucy, 3,2 millions d’années)Afrique de l’Est et du SudBipédie installée, cerveau de la taille de celui d’un chimpanzé
2,7 à 1,2 millions d’annéesParanthropesAfrique de l’Est et du SudBranche à mâchoires massives, éteinte sans descendance
Vers 2,8 à 1,5 millions d’annéesPremiers Homo : Homo habilis, Homo rudolfensisAfrique de l’EstCerveau plus grand, outils taillés
Depuis environ 1,9 million d’annéesHomo erectus (et Homo ergaster)Afrique, puis AsieGrande taille, première sortie d’Afrique, bifaces
Vers 700 000 à 300 000 ansHomo heidelbergensisAfrique, EuropeAncêtre probable des Néandertaliens et des sapiens
Vers 400 000 à 40 000 ansNéandertal, DénisoviensEurope, AsieHumains archaïques, cousins de sapiens
Depuis environ 300 000 ansHomo sapiensAfrique, puis le monde entierSeule espèce survivante

Les dates sont des ordres de grandeur, régulièrement révisées au gré des découvertes. La position exacte de chaque espèce dans l’arbre reste souvent débattue.

Quelques fossiles célèbres

  • Toumaï (Sahelanthropus tchadensis) : crâne d’environ 7 millions d’années découvert en 2001 au Tchad par l’équipe franco-tchadienne de Michel Brunet ; son statut de bipède est encore discuté.
  • Lucy : squelette d'Australopithecus afarensis complet à environ 40 %, découvert en 1974 à Hadar (Éthiopie) par l’équipe de Donald Johanson, Yves Coppens et Maurice Taieb. Elle mesurait environ 1,10 m.
  • Les empreintes de Laetoli (Tanzanie) : traces de pas de bipèdes vieilles d’environ 3,7 millions d’années, découvertes en 1978 par l’équipe de Mary Leakey.
  • Le garçon de Turkana : squelette presque complet d’un jeune Homo erectus d’environ 1,5 million d’années, découvert au Kenya en 1984.

Ce qui a changé au fil de l’évolution

La bipédie

Marcher debout est le premier trait distinctif de notre lignée, bien antérieur au grand cerveau. Il a entraîné la transformation du bassin, de la colonne vertébrale (en forme de S), du pied (gros orteil aligné, voûte plantaire) et la position du trou occipital sous le crâne. Les australopithèques étaient bipèdes, mais gardaient des bras longs et des aptitudes à grimper.

Le cerveau

EspèceVolume cérébral moyen
Chimpanzéenviron 400 cm³
Australopithèquesenviron 400 à 550 cm³
Homo habilisenviron 600 cm³
Homo erectusenviron 800 à 1 100 cm³
Néandertalenviron 1 500 cm³
Homo sapiens actuelenviron 1 350 cm³

Le cerveau a donc triplé de volume en deux millions d’années. Cette croissance a un coût : le cerveau humain représente environ 2 % de la masse du corps, mais consomme environ 20 % de son énergie.

Les outils et le feu

  • Les plus anciens outils de pierre connus, découverts à Lomekwi (Kenya), ont environ 3,3 millions d’années : ils sont antérieurs au genre Homo.
  • Vers 2,6 millions d’années apparaissent les galets taillés de l'Oldowayen.
  • Vers 1,7 million d’années, Homo erectus fabrique des bifaces symétriques (Acheuléen).
  • La maîtrise du feu devient courante il y a environ 400 000 ans, avec des indices plus anciens et discutés. Elle permet la cuisson, qui facilite la digestion et a pu favoriser la croissance du cerveau.

Le langage et la pensée symbolique

Le langage ne laisse pas de fossiles. Les indices sont indirects : anatomie de la gorge, gène FOXP2 commun à sapiens et Néandertal, objets de parure, pigments et gravures. Les premières traces sûres de pensée symbolique (ocre gravée, perles de coquillages) datent d’environ 100 000 ans en Afrique.

Plusieurs humanités en même temps

Il y a environ 50 000 ans, la Terre comptait au moins cinq espèces humaines :

  • Homo sapiens, en Afrique et en cours d’expansion ;
  • Néandertal, en Europe et en Asie occidentale ;
  • les Dénisoviens, en Asie, connus surtout par leur ADN extrait d’une phalange trouvée en 2008 dans la grotte de Denisova (Sibérie) ;
  • Homo floresiensis, un humain d’environ un mètre de haut, sur l’île de Flores (Indonésie) ;
  • Homo luzonensis, aux Philippines, décrit en 2019.

En Afrique du Sud, Homo naledi, au petit cerveau, vivait encore il y a environ 300 000 à 240 000 ans. Toutes ces espèces ont disparu ; sapiens est la seule survivante depuis environ 40 000 ans pour Néandertal, et peut-être un peu plus tard pour certaines populations d’Asie.

L’apport de la génétique

Le séquençage des génomes anciens a bouleversé la discipline. Le Suédois Svante Pääbo, pionnier de la paléogénétique, a reçu le prix Nobel de médecine 2022 pour le séquençage du génome de Néandertal et la découverte des Dénisoviens. Ces travaux montrent que les espèces humaines se sont croisées : les non-Africains actuels portent environ 2 % d’ADN néandertalien, et certaines populations d’Océanie quelques pourcents d’ADN dénisovien. Les mécanismes en jeu sont ceux de l'évolution des espèces : mutation, sélection naturelle, dérive et migrations.

Questions fréquentes

L’homme descend-il du singe ?

L’être humain est lui-même un primate, de la famille des grands singes (hominidés). Il ne descend pas d’une espèce actuelle comme le chimpanzé, mais partage avec lui un ancêtre commun qui vivait il y a 6 à 7 millions d’années.

Lucy est-elle notre ancêtre ?

Lucy appartient à une espèce, Australopithecus afarensis, proche de la lignée qui a mené au genre Homo, mais rien ne prouve qu’elle en soit l’ancêtre direct. On la considère plutôt comme une représentante de nos lointains cousins.

L’évolution humaine continue-t-elle ?

Oui. Des adaptations récentes sont documentées, comme la persistance de la lactase chez les adultes de populations d’éleveurs, la résistance au paludisme ou l’adaptation à la haute altitude au Tibet. La médecine et la culture modifient les pressions de sélection, sans les supprimer.

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