Nature et animaux · Milieux naturels
La rivière, un écosystème
Une rivière est un écosystème d’eau courante dont les conditions changent de la source à l’embouchure : pente, courant, température, oxygène. Faune et flore s’y succèdent, de la truite des torrents à la brème des grands cours lents.
Mis à jour le 5 min de lecture
Un cours d’eau n’est pas un simple tuyau qui évacue l’eau de pluie vers la mer. C’est un milieu vivant, en mouvement permanent, qui transporte de l’eau, des sédiments, de la matière organique et des êtres vivants, et qui échange en continu avec ses berges, sa plaine inondable et les nappes souterraines. Pour la géographie des grands cours d’eau, voir fleuves de France ; pour le parcours de l’eau, le cycle de l’eau.
De la source à l’embouchure
Le long d’un cours d’eau, les conditions changent progressivement : la pente diminue, la largeur et le débit augmentent, la température s’élève, l’oxygène dissous baisse, le fond passe des blocs et galets aux sables et aux vases. En 1949, l’hydrobiologiste belge Marcel Huet a décrit pour les rivières d’Europe occidentale une zonation piscicole devenue classique :
| Zone | Caractéristiques | Poissons typiques |
|---|---|---|
| Zone à truite | Ruisseaux et torrents de tête de bassin ; eau froide, très oxygénée, courant rapide, fond de blocs et graviers | Truite fario, chabot, vairon, lamproie de Planer |
| Zone à ombre | Rivières encore fraîches, rapides alternant avec des plats | Ombre commun, truite, barbeau, hotu |
| Zone à barbeau | Rivières moyennes, courant modéré, eau plus tempérée | Barbeau, chevesne, vandoise, goujon, hotu |
| Zone à brème | Cours inférieur large et lent, fond sableux ou vaseux, eau plus chaude et moins oxygénée | Brème, carpe, tanche, brochet, sandre, silure |
Près de la mer, l'estuaire, où se mélangent eau douce et eau salée, forme une zone de transition supplémentaire, riche en vasières.
Les habitats d’une rivière
- Radiers : zones peu profondes à courant rapide sur graviers, très oxygénées, où frayent truites et saumons.
- Mouilles : fosses plus profondes et calmes, refuges des gros poissons.
- Plats : tronçons intermédiaires.
- Berges et sous-berges, racines immergées, embâcles de bois mort : caches et zones d’alimentation.
- Bras morts et annexes alluviales : eaux calmes riches en végétation, frayères du brochet.
- Zone hyporhéique : l’eau qui circule sous le lit, dans les graviers, où vivent de nombreux invertébrés.
La ripisylve
La ripisylve est la forêt qui borde le cours d’eau : aulnes, saules, frênes, peupliers (voir saule et peuplier). Elle remplit des fonctions essentielles :
- elle ombrage l’eau et la maintient fraîche, ce qui est vital pour les truites ;
- ses racines stabilisent les berges et limitent l’érosion ;
- elle filtre une partie des engrais et des pesticides venant des champs ;
- ses feuilles et ses branches tombées nourrissent les invertébrés aquatiques ;
- elle sert de corridor aux animaux (loutres, chauves-souris, oiseaux) à travers les paysages agricoles.
La faune des rivières
| Groupe | Espèces |
|---|---|
| Invertébrés | Larves d’éphémères, de perles (plécoptères) et de trichoptères (« porte-bois »), gammares, mollusques, écrevisse à pieds blancs (indigène et menacée) |
| Poissons migrateurs | Saumon atlantique, truite de mer, aloses, lamproie marine, anguille européenne, esturgeon européen (en danger critique, Gironde) |
| Oiseaux | Martin-pêcheur, cincle plongeur (qui marche sous l’eau), bergeronnette des ruisseaux, héron cendré, harle bièvre |
| Mammifères | Loutre d’Europe, castor d’Europe, desman des Pyrénées (petit mammifère aquatique endémique, menacé), campagnol amphibie |
| Amphibiens | Euprocte des Pyrénées, grenouilles, crapauds |
Les larves d’insectes aquatiques servent de bioindicateurs : les éphémères, perles et trichoptères disparaissent quand l’eau est polluée, tandis que des vers et des larves de chironomes résistent. Les agences de l’eau utilisent ces indicateurs pour évaluer la qualité des cours d’eau.
L'anguille européenne, qui naît dans la mer des Sargasses et remonte les rivières d’Europe, est classée en danger critique d’extinction par l’UICN. Le saumon atlantique a disparu de nombreux bassins français au XIXe et au XXe siècle.
Les menaces
- Obstacles à l’écoulement : barrages, seuils, moulins, buses. Le référentiel national recense plus de 100 000 obstacles sur les cours d’eau français. Ils bloquent la migration des poissons et le transport des sédiments, réchauffent l’eau et transforment des rivières vives en successions de plans d’eau.
- Pollutions : nitrates et pesticides agricoles, rejets urbains et industriels, micropolluants (médicaments, plastiques).
- Prélèvements d’eau pour l’irrigation, l’eau potable et l’industrie, aggravés par les sécheresses : de plus en plus de cours d’eau s’assèchent en été.
- Rectification et canalisation des lits, extraction de granulats, drainage des zones humides.
- Espèces exotiques : écrevisses américaines (porteuses de la peste de l’écrevisse), ragondins, renouées asiatiques sur les berges.
- Réchauffement de l’eau, défavorable aux espèces d’eau froide comme la truite (voir réchauffement climatique).
La restauration des rivières
La directive-cadre européenne sur l’eau de 2000 fixe l’objectif d’un « bon état » écologique et chimique des masses d’eau. En France, la continuité écologique, c’est-à-dire la libre circulation des poissons et des sédiments, est inscrite dans la loi sur l’eau de 2006. Les actions comprennent l’effacement ou l’aménagement d’ouvrages (passes à poissons), la restauration des méandres et des berges, la plantation de ripisylves et la réduction des pollutions.
Un exemple marquant est l’arasement des barrages de Vezins (2019) et de la Roche-qui-Boit (2022-2023) sur la Sélune, en Normandie, l’un des plus grands chantiers de ce type en Europe, qui a rouvert la rivière aux saumons.
Questions fréquentes
Quelle est la différence entre une rivière et un fleuve ?
En français, un fleuve se jette dans la mer ou l’océan ; une rivière se jette dans un autre cours d’eau. La taille ne compte pas : certaines rivières sont plus longues que de petits fleuves côtiers.
Comment savoir si une rivière est en bonne santé ?
Par la présence d’espèces exigeantes : larves d’éphémères et de perles sous les pierres, truites dans les zones fraîches, cincle plongeur, loutre. Les agences de l’eau publient l’état écologique des cours d’eau de chaque bassin.
Pourquoi supprime-t-on certains barrages ?
Pour rétablir la circulation des poissons migrateurs et des sédiments, améliorer la qualité de l’eau et la diversité des habitats. Ces projets suscitent parfois des débats avec les usagers attachés aux plans d’eau, au patrimoine des moulins ou à la production d’électricité.