Littérature · Genres et analyse
Narrateur et focalisation
Le narrateur est celui qui raconte l’histoire ; la focalisation (ou point de vue) désigne ce qu’il sait et ce qu’il montre. On distingue la focalisation zéro (omnisciente), interne et externe.
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Dans un récit, trois instances ne doivent pas être confondues : l'auteur (la personne réelle qui écrit), le narrateur (la voix qui raconte, à l’intérieur du texte) et le personnage. Il faut ensuite se demander par les yeux de qui on voit l’histoire et combien le narrateur en sait : c’est la focalisation, notion théorisée par Gérard Genette dans Figures III (1972). Ces outils sont indispensables pour analyser un roman ou une nouvelle dans un commentaire de texte.
L’auteur, le narrateur et le personnage
- L’auteur existe dans la réalité : Flaubert, Camus, Proust.
- Le narrateur est une construction du texte : il peut être un personnage (Meursault dans L’Étranger) ou une voix extérieure à l’histoire.
- Le personnage agit dans l’histoire.
Dans une autobiographie, les trois coïncident (voir les genres littéraires). Dans un roman, même écrit à la première personne, le narrateur n’est pas l’auteur.
Les types de narrateur
| Type | Définition | Indices | Exemple |
|---|---|---|---|
| Narrateur externe (ou hétérodiégétique) | Il ne participe pas à l’histoire | Récit à la 3e personne | Madame Bovary (Flaubert) |
| Narrateur interne (ou homodiégétique) | Il est un personnage de l’histoire | Récit à la 1re personne | L’Étranger (Camus) |
| Narrateur-personnage principal (autodiégétique) | Il est le héros de son propre récit | « Je » héros | À la recherche du temps perdu (Proust) |
| Narrateur-témoin | Personnage secondaire qui raconte l’histoire d’un autre | « Je » observateur | L’aviateur dans Le Petit Prince |
Les trois focalisations
La focalisation zéro (ou point de vue omniscient)
Le narrateur sait tout : il connaît le passé et l’avenir des personnages, leurs pensées secrètes, il se déplace librement dans le temps et l’espace, il peut commenter et juger.
Indices : accès aux pensées de plusieurs personnages, anticipations, commentaires généraux au présent, informations que personne d’autre ne pourrait connaître.
Effet : vision complète, explication des causes, autorité du narrateur. C’est la focalisation dominante chez Balzac et Hugo.
La focalisation interne
Le récit adopte le point de vue d’un personnage : on ne voit, n’entend et ne sait que ce qu’il perçoit et pense. Le lecteur partage ses émotions et ses erreurs.
Indices : verbes de perception (voir, entendre, sentir) et de pensée (croire, se demander), descriptions subjectives, informations limitées, discours indirect libre.
Effet : identification au personnage, suspense, subjectivité. La bataille de Waterloo, vue par Fabrice dans La Chartreuse de Parme de Stendhal, qui ne comprend pas ce qui se passe, en est un exemple célèbre. Flaubert l’utilise souvent pour montrer le monde à travers les rêves d’Emma.
La focalisation externe
Le narrateur se comporte comme une caméra : il décrit de l’extérieur les gestes, les paroles et les lieux, sans accès aux pensées des personnages.
Indices : personnages désignés de façon vague (« un homme »), absence de pensées, description objective, hypothèses (« il semblait… »).
Effet : mystère, objectivité, suspense ; souvent utilisée en début de roman, dans le roman policier ou par le Nouveau Roman.
Tableau de synthèse
| Focalisation | Le narrateur en sait… | Formule | Effet |
|---|---|---|---|
| Zéro (omnisciente) | Plus que les personnages | Narrateur > personnage | Vision globale, explication |
| Interne | Autant qu’un personnage | Narrateur = personnage | Subjectivité, identification |
| Externe | Moins que les personnages | Narrateur < personnage | Mystère, objectivité |
Ces formules sont celles du critique Tzvetan Todorov, reprises par Genette.
Les variations de focalisation
Un même récit change souvent de focalisation : un roman peut s’ouvrir en focalisation externe, passer en focalisation interne pour un personnage, puis revenir à l’omniscience. On parle aussi de focalisation interne variable (le point de vue passe d’un personnage à l’autre) et multiple (le même événement est raconté par plusieurs personnages).
Les paroles rapportées
La manière de rapporter les paroles et pensées est liée à la focalisation :
| Discours | Forme | Exemple |
|---|---|---|
| Direct | Guillemets ou tirets, temps de l’énonciation | Il dit : « Je partirai demain. » |
| Indirect | Subordonnée, concordance des temps | Il dit qu’il partirait le lendemain. |
| Indirect libre | Sans verbe introducteur ni guillemets, mêlé au récit | Il partirait demain ; rien ne pourrait l’en empêcher. |
| Narrativisé | Simple mention de la parole | Il annonça son départ. |
Le discours indirect libre, fréquent chez Flaubert et Zola, mêle la voix du narrateur et celle du personnage ; il est typique de la focalisation interne.
Questions fréquentes
Comment reconnaître la focalisation interne ?
On ne sait que ce que perçoit et pense un seul personnage : verbes de perception et de pensée, descriptions subjectives, informations limitées.
Quelle différence entre narrateur et auteur ?
L’auteur est la personne réelle qui écrit le livre ; le narrateur est la voix qui raconte dans le texte. Ils ne coïncident que dans l’autobiographie.
Un récit à la première personne est-il forcément en focalisation interne ?
Le plus souvent, oui, puisque le narrateur raconte ce qu’il a vécu. Mais un narrateur à la première personne qui raconte des événements passés peut en savoir plus que le personnage qu’il était, comme chez Proust.
Qu’est-ce que la focalisation zéro ?
C’est le point de vue d’un narrateur omniscient, qui sait tout des personnages, de leurs pensées, de leur passé et de leur avenir.