Littérature · Œuvres
L’Étranger
L’Étranger est un roman d’Albert Camus publié en 1942. Meursault, un employé algérois indifférent, tue un Arabe sur une plage et est condamné à mort, moins pour son crime que pour son refus de jouer le jeu social.
Mis à jour le 5 min de lecture
L’Étranger est le premier roman publié d’Albert Camus (1913-1960), paru chez Gallimard en 1942, en pleine Occupation. Court (environ 150 pages), écrit dans une langue d’une simplicité déroutante, il est devenu l’un des romans français les plus lus au monde. Il forme avec l’essai Le Mythe de Sisyphe (1942) et la pièce Caligula (1944) ce que Camus appelait le « cycle de l’absurde ». Camus a reçu le prix Nobel de littérature en 1957 (voir aussi la fiche Camus).
L’incipit
Le roman s’ouvre sur des phrases devenues célèbres :
Aujourd’hui, maman est morte. Ou peut-être hier, je ne sais pas.
D’emblée, le narrateur annonce la mort de sa mère avec une neutralité qui déconcerte le lecteur : il ne connaît même pas la date exacte. Le ton de tout le roman est donné.
Résumé
Première partie : avant le meurtre
Meursault, employé de bureau à Alger, apprend par un télégramme la mort de sa mère, placée dans un asile à Marengo. Il se rend à la veillée et à l’enterrement sans manifester de chagrin visible : il fume, boit un café au lait, ne veut pas voir le corps. Le lendemain, il retrouve Marie Cardona, une ancienne collègue, va se baigner avec elle et voir un film comique de Fernandel. Elle devient sa maîtresse. Quand elle lui demande s’il l’aime, il répond que « cela ne voulait rien dire » mais qu’il ne le pensait pas ; il accepte pourtant de l’épouser si elle le veut.
Son voisin Raymond Sintès, souteneur, lui demande d’écrire une lettre pour attirer et punir sa maîtresse, qu’il frappe ensuite. Le frère de la femme et ses amis suivent Raymond. Un dimanche, sur une plage près d’Alger, une rixe éclate. Plus tard, revenu seul sur la plage, écrasé par le soleil, Meursault rencontre l’un des Arabes, qui sort un couteau. Aveuglé par la lumière, Meursault tire une fois, puis quatre autres coups sur le corps inerte : « c’était comme quatre coups brefs que je frappais sur la porte du malheur ».
Deuxième partie : le procès
Meursault est emprisonné. Il s’habitue à la prison, apprend à tuer le temps par le souvenir et le sommeil. Le procès porte moins sur le meurtre que sur sa personnalité : le procureur insiste sur son attitude à l’enterrement de sa mère, sa liaison avec Marie dès le lendemain, son amitié avec Raymond. Il le décrit comme un homme sans âme. Meursault, qui explique avoir tiré « à cause du soleil », fait rire la salle. Il est condamné à mort.
Dans sa cellule, il refuse de voir l’aumônier, puis, quand celui-ci entre de force, il explose de colère et rejette ses consolations. Apaisé, il s’ouvre pour la première fois « à la tendre indifférence du monde » et se sent heureux. Il souhaite, pour que tout soit consommé, qu’il y ait beaucoup de spectateurs le jour de son exécution et qu’ils l’accueillent avec des cris de haine.
Les personnages
| Personnage | Rôle |
|---|---|
| Meursault | Narrateur, employé indifférent aux conventions, qui ne ment pas |
| Marie Cardona | Maîtresse de Meursault, joyeuse et sensuelle |
| Raymond Sintès | Voisin violent, souteneur, qui entraîne Meursault dans le drame |
| Salamano | Vieux voisin qui maltraite son chien, puis le pleure quand il le perd |
| Céleste | Patron de restaurant, ami fidèle qui témoigne pour Meursault |
| Le procureur | Accusateur qui fait le procès de l’âme de Meursault |
| L’aumônier | Prêtre qui tente en vain de le convertir |
| L’Arabe | Victime anonyme, jamais nommée |
Les thèmes
L’absurde
Pour Camus, l’absurde naît de la confrontation entre l’homme, qui cherche un sens, et un monde qui n’en a pas. Meursault vit dans le présent, sans croire à un sens supérieur. À la fin, il accepte cette absurdité et y trouve une forme de bonheur. Voir le théâtre de l’absurde, qui prolonge cette réflexion sur scène.
La vérité et le refus de mentir
Dans une préface à l’édition américaine (1955), Camus résume : « dans notre société tout homme qui ne pleure pas à l’enterrement de sa mère risque d’être condamné à mort ». Meursault est condamné parce qu’il refuse de jouer la comédie des sentiments.
La justice et la peine de mort
Le procès est une mascarade : on juge l’homme, non le crime. Camus s’opposera toute sa vie à la peine de mort (Réflexions sur la guillotine, 1957).
La nature et le soleil
Le soleil, la mer, la chaleur sont omniprésents : sources de bonheur sensuel dans la première partie, ils deviennent une force écrasante lors du meurtre.
Le style
- Le passé composé au lieu du passé simple : un temps du discours, oral, qui juxtapose les actions sans les relier.
- Des phrases courtes, simples, souvent sans liens logiques, qui traduisent l’absence d’interprétation.
- Une narration à la première personne au point de vue limité, sans analyse psychologique (voir la focalisation).
- Le critique Roland Barthes a parlé d'« écriture blanche » ou d'« écriture au degré zéro » à propos de ce style neutre.
- Un basculement lyrique dans la scène du meurtre et dans la dernière page.
Le sens du titre
Meursault est un étranger à la société, dont il ne partage pas les codes ; aux autres, qui ne le comprennent pas ; et peut-être à lui-même. Le roman pose aussi, aujourd’hui, la question de la place des Arabes dans l’Algérie coloniale : la victime n’a pas de nom. L’écrivain algérien Kamel Daoud a répondu au roman avec Meursault, contre-enquête (2013), qui donne une voix au frère de la victime.
Questions fréquentes
Pourquoi Meursault tue-t-il l’Arabe ?
Le roman ne donne pas de mobile clair. Meursault, aveuglé par le soleil et la lumière reflétée sur le couteau, tire presque machinalement. Au procès, il dit que c’était « à cause du soleil ».
Quelle est la première phrase de L’Étranger ?
« Aujourd’hui, maman est morte. »
Pourquoi Meursault est-il condamné à mort ?
Officiellement pour meurtre, mais le procès montre qu’il est surtout condamné pour son indifférence, notamment à l’enterrement de sa mère, et pour son refus de feindre des sentiments.
L’Étranger est-il un roman existentialiste ?
Camus refusait l’étiquette d’existentialiste. L’Étranger illustre sa philosophie de l’absurde, distincte de l’existentialisme de Sartre.