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Littérature · Œuvres

Andromaque

Andromaque est une tragédie de Jean Racine créée en 1667. Après la guerre de Troie, une chaîne d’amours non partagés unit Oreste, Hermione, Pyrrhus et Andromaque, veuve d’Hector, et conduit au meurtre et à la folie.

Mis à jour le 4 min de lecture

Andromaque est la pièce qui révèle le génie de Jean Racine. Créée le 17 novembre 1667 devant la cour, dans les appartements de la reine au Louvre, puis jouée à l’Hôtel de Bourgogne, elle connaît un succès comparable à celui du Cid trente ans plus tôt. Racine y impose une tragédie nouvelle, fondée non sur l’héroïsme mais sur la passion amoureuse et ses ravages.

La situation initiale

Après la chute de Troie, Pyrrhus, fils d’Achille et roi d’Épire, a reçu comme captive Andromaque, veuve d’Hector, et son fils Astyanax. Pyrrhus est fiancé à Hermione, fille d’Hélène et de Ménélas, mais il aime Andromaque, qui reste fidèle au souvenir d’Hector. Oreste, fils d’Agamemnon, aime Hermione. Racine a modifié la légende : chez les auteurs antiques, Astyanax est tué à Troie. Il le fait survivre pour créer l’enjeu de la pièce.

Résumé acte par acte

Acte I : l’ambassade

Oreste arrive à Buthrot en ambassadeur des Grecs, qui exigent la mort d’Astyanax, futur vengeur de Troie. Il confie à son ami Pylade qu’il espère surtout ramener Hermione. Pyrrhus refuse de livrer l’enfant. Il pose à Andromaque un ultimatum : l’épouser ou voir son fils livré aux Grecs.

Acte II : les revirements

Hermione, humiliée, hésite entre son amour pour Pyrrhus et le départ avec Oreste. Pyrrhus, dépité par la résistance d’Andromaque, annonce qu’il épousera Hermione et livrera Astyanax. Oreste est désespéré.

Acte III : le choix d’Andromaque

Andromaque supplie Hermione, qui la repousse. Pyrrhus revient à Andromaque et renouvelle son ultimatum. Déchirée, elle part consulter le tombeau d’Hector.

Acte IV : le stratagème et la vengeance d’Hermione

Andromaque révèle à Céphise son « innocent stratagème » : épouser Pyrrhus pour obtenir la sécurité de son fils, puis se tuer aussitôt après la cérémonie. Hermione apprend que Pyrrhus va épouser Andromaque. Folle de rage, elle exige qu’Oreste tue Pyrrhus pendant la cérémonie, en échange de sa main. Pyrrhus vient se justifier devant elle avec une franchise cruelle ; elle laisse éclater sa fureur : « Je ne t’ai point aimé, cruel ? Qu’ai-je donc fait ? »

Acte V : la catastrophe

Hermione, seule, regrette déjà son ordre. Oreste annonce que Pyrrhus a été tué à l’autel par les Grecs. Hermione le renie violemment : « Qui te l’a dit ? » Elle va se tuer sur le corps de Pyrrhus. Oreste, apprenant sa mort, sombre dans la folie et croit voir les Érinyes : « Pour qui sont ces serpents qui sifflent sur vos têtes ? » Andromaque, devenue reine, est épargnée.

Les personnages

PersonnageRôle
AndromaqueVeuve d’Hector, mère d’Astyanax, captive fidèle
PyrrhusFils d’Achille, roi d’Épire, amoureux d’Andromaque
HermioneFille d’Hélène, fiancée délaissée de Pyrrhus
OresteFils d’Agamemnon, ambassadeur des Grecs, amoureux d’Hermione
PyladeAmi fidèle d’Oreste
Céphise, Cléone, PhœnixConfidents d’Andromaque, d’Hermione et de Pyrrhus

Les thèmes

La passion destructrice

Chez Racine, l’amour est une puissance qui aliène. Hermione passe de l’amour à la haine en un instant ; Pyrrhus menace l’enfant de celle qu’il aime ; Oreste trahit sa mission. La passion fait perdre aux héros leur dignité et leur raison.

La fidélité et la mémoire

Andromaque est le seul personnage qui n’est pas mû par le désir mais par le souvenir d’Hector et le devoir maternel. Elle traverse la pièce sans dire un mot d’amour à Pyrrhus.

La fatalité

Oreste se présente comme poursuivi par le destin. Le poids de la guerre de Troie, des pères (Achille, Agamemnon, Hector) et des dieux pèse sur cette génération d’héritiers.

Le pouvoir et la politique

L’enjeu politique (livrer ou non Astyanax) n’est qu’un instrument du chantage amoureux, ce qui montre la confusion entre passion privée et responsabilité royale.

La dramaturgie

L’action, très simple, repose sur une succession de revirements : chacun change d’avis selon l’attitude de l’autre, ce qui crée une tension continue. Le dénouement est raconté (la mort de Pyrrhus) conformément à la bienséance, et la pièce respecte les trois unités (voir le classicisme). Racine est alors accusé par certains d’avoir fait de Pyrrhus un héros trop violent ; il défend dans sa préface son droit d’adapter les personnages antiques.

Vers célèbres

  • « Oui, puisque je retrouve un ami si fidèle, / Ma fortune va prendre une face nouvelle » (Oreste, I, 1), premier vers
  • « Captive, toujours triste, importune à moi-même » (Andromaque, I, 4)
  • « Je ne t’ai point aimé, cruel ? Qu’ai-je donc fait ? » (Hermione, IV, 5)
  • « Pour qui sont ces serpents qui sifflent sur vos têtes ? » (Oreste, V, 5), allitération en [s]

Questions fréquentes

Qui aime qui dans Andromaque ?

Oreste aime Hermione, qui aime Pyrrhus, qui aime Andromaque, qui reste fidèle à Hector. C’est la célèbre chaîne amoureuse.

Qui tue Pyrrhus ?

Les Grecs de la suite d’Oreste, à l’autel, pendant son mariage avec Andromaque, sur l’ordre d’Hermione transmis à Oreste.

Que devient Andromaque à la fin ?

Elle survit, ainsi que son fils. Devenue l’épouse de Pyrrhus avant sa mort, elle prend la tête des Troyens et des Épirotes pour le venger.

Quelle différence entre Andromaque et Phèdre ?

Andromaque peint une chaîne de passions entre plusieurs personnages ; Phèdre concentre la tragédie sur la conscience déchirée d’une héroïne coupable.

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