Littérature · Œuvres
On ne badine pas avec l’amour
On ne badine pas avec l’amour est une pièce de Musset publiée en 1834. Perdican et Camille s’aiment mais jouent par orgueil un jeu cruel qui coûte la vie à la paysanne Rosette.
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On ne badine pas avec l’amour est un proverbe dramatique d’Alfred de Musset (1810-1857), publié dans la Revue des Deux Mondes le 1er juillet 1834, puis recueilli dans la seconde livraison d'Un spectacle dans un fauteuil. Écrite pour être lue plutôt que jouée, elle n’est créée qu’en 1861 à la Comédie-Française. La pièce commence comme une comédie légère et s’achève en tragédie : son titre est une leçon.
Le contexte
En 1830, Musset a connu l’échec au théâtre avec La Nuit vénitienne. Il décide d’écrire désormais des pièces destinées à la lecture, libérées des contraintes scéniques : changements de lieux fréquents, chœur, mélange des tons. Sa liaison tumultueuse avec George Sand nourrit la pièce : la grande tirade de Perdican reprend presque mot pour mot des phrases d’une lettre de Sand.
Résumé acte par acte
Acte I : les retrouvailles manquées
Le chœur de paysans annonce l’arrivée de deux personnages grotesques : Maître Blazius, gouverneur de Perdican, et Dame Pluche, gouvernante de Camille. Le Baron a prévu de marier son fils Perdican, vingt et un ans, docteur à Paris, à sa nièce Camille, dix-huit ans, qui sort du couvent. Mais Camille accueille son cousin avec froideur et refuse de l’embrasser. Dépité, Perdican se tourne vers Rosette, sœur de lait de Camille, jeune paysanne naïve.
Acte II : le débat
Camille annonce qu’elle va retourner au couvent pour toujours. Avant de partir, elle accepte un dernier entretien avec Perdican. La scène 5 est le cœur de la pièce : Camille explique sa méfiance envers les hommes, nourrie par les récits des religieuses trompées, notamment sœur Louise. Perdican lui répond par une tirade célèbre où il condamne la vie de couvent et défend l’amour malgré l’imperfection humaine.
Acte III : le jeu cruel
Une lettre de Camille à une religieuse, interceptée, apprend à Perdican qu’elle se vante de l’avoir désespéré. Blessé dans son orgueil, il courtise Rosette sous les yeux de Camille, et lui promet le mariage. Camille, à son tour, fait cacher Rosette derrière un rideau pendant qu’elle force Perdican à avouer qu’il l’aime : Rosette s’évanouit. Perdican s’obstine à l’épouser. Enfin, dans un oratoire, Camille et Perdican s’avouent leur amour. Un cri retentit : Rosette, cachée, a tout entendu ; elle est morte. Camille conclut : « Elle est morte. Adieu, Perdican ! »
Les personnages
| Personnage | Rôle |
|---|---|
| Perdican | Jeune docteur, généreux et orgueilleux |
| Camille | Cousine de Perdican, sortie du couvent, fière et méfiante |
| Rosette | Paysanne, sœur de lait de Camille, victime innocente |
| Le Baron | Père de Perdican, organisateur maladroit du mariage |
| Maître Blazius | Gouverneur de Perdican, ivrogne |
| Maître Bridaine | Curé, gourmand |
| Dame Pluche | Gouvernante de Camille, bigote et revêche |
| Le chœur | Groupe de paysans qui commente l’action |
La tirade de Perdican
À la fin de l’acte II, Perdican lance : « Tous les hommes sont menteurs, inconstants, faux, bavards, hypocrites, orgueilleux et lâches, méprisables et sensuels ; toutes les femmes sont perfides, artificieuses, vaniteuses, curieuses et dépravées […] ; mais il y a au monde une chose sainte et sublime, c’est l’union de deux de ces êtres si imparfaits et si affreux. » Il conclut : « J’ai souffert souvent, je me suis trompé quelquefois, mais j’ai aimé. C’est moi qui ai vécu, et non pas un être factice créé par mon orgueil et mon ennui. »
Les thèmes
L’orgueil
Ni Camille ni Perdican ne veut céder le premier. Chacun manipule l’autre pour le forcer à avouer. Leur amour est réel mais l’amour-propre le transforme en guerre.
L’amour contre le couvent
Camille, formée par les religieuses, craint la souffrance et veut un amour éternel ou rien. Perdican défend l’amour humain, imparfait mais vivant. Le débat oppose deux conceptions de la vie.
Le jeu et sa victime
Le titre l’annonce : l’amour n’est pas un jeu. Rosette, sincère et simple, paie de sa vie le badinage des deux aristocrates. Sa mort transforme la comédie en tragédie.
Le mélange des registres
Musset mêle le grotesque (Blazius, Bridaine, Dame Pluche, le Baron), le lyrique (la tirade de Perdican, les scènes à la fontaine), le comique et le tragique. Ce mélange, cher aux romantiques, rapproche la pièce du drame romantique. Le chœur, emprunté à la tragédie grecque, crée un effet de distance. Voir les registres littéraires.
Questions fréquentes
Qu’est-ce qu’un proverbe au théâtre ?
Une courte pièce dont l’intrigue illustre un proverbe, souvent énoncé dans le titre. Genre de salon au XVIIIe siècle, il prend chez Musset une profondeur nouvelle.
Pourquoi Rosette meurt-elle ?
Elle entend Camille et Perdican s’avouer leur amour, comprend qu’elle n’a été qu’un instrument et meurt de saisissement et de chagrin.
On ne badine pas avec l’amour est-il une comédie ou un drame ?
La pièce commence comme une comédie et finit en tragédie. Musset la désigne comme un proverbe ; on la classe dans le théâtre romantique.
Quel est le lien avec George Sand ?
La pièce est écrite après la rupture de Musset avec George Sand. Une partie de la tirade de Perdican reprend une lettre que Sand lui avait adressée.