Littérature · Œuvres
Perceval ou le Conte du Graal
Perceval ou le Conte du Graal est le dernier roman de Chrétien de Troyes, écrit vers 1181-1190 et resté inachevé. Un jeune Gallois naïf devient chevalier et voit le mystérieux Graal sans oser poser de question.
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Perceval ou le Conte du Graal est le roman qui a introduit le Graal dans la littérature. Chrétien de Troyes l’a dédié à Philippe d’Alsace, comte de Flandre, et l’a laissé inachevé, sans doute à sa mort. Le récit suit l’éducation d’un garçon ignorant de tout qui devient chevalier, puis une seconde intrigue consacrée à Gauvain. Ses continuateurs, puis les romans en prose du XIIIe siècle, feront du Graal la coupe sacrée de la Cène.
Résumé
Le « nice » de la Gaste Forêt
Le héros grandit dans une forêt isolée, la Gaste Forêt, élevé par sa mère veuve, qui a perdu son mari et ses deux fils aînés à la guerre et veut lui cacher l’existence des chevaliers. Un jour, il en rencontre cinq et les prend pour des anges. Fasciné, il décide de partir à la cour du roi Arthur. Sa mère lui donne quelques conseils maladroits et s’évanouit sur le pont quand il s’en va ; il ne se retourne pas. Le garçon est nice, c’est-à-dire naïf et ignorant.
Les premiers pas
À la cour, il tue d’un javelot le Chevalier Vermeil, qui venait d’insulter le roi, et prend ses armes. Le prud’homme Gornemant de Goort lui apprend le maniement des armes et les règles de la chevalerie, et lui conseille de ne pas trop parler. Au château de Beaurepaire, il défend la belle Blanchefleur, assiégée, et devient son ami.
Le château du Roi Pêcheur
Le soir, il est reçu par un seigneur infirme, le Roi Pêcheur. Pendant le repas passe un étrange cortège : un jeune homme portant une lance blanche dont la pointe saigne, deux jeunes gens avec des chandeliers, une jeune fille portant un graal d’or orné de pierres, d’où émane une grande lumière, puis une autre avec un tailloir d’argent. Le héros se tait, se souvenant du conseil de Gornemant. Au matin, le château est désert.
Le nom et la faute
Une jeune femme, sa cousine, lui demande son nom : il ne le connaissait pas et répond, comme s’il le devinait, « Perceval le Gallois ». Elle lui apprend que sa mère est morte de chagrin à son départ et que, s’il avait demandé à qui l’on servait le graal et pourquoi la lance saigne, il aurait guéri le roi et son pays.
Les gouttes de sang sur la neige
Perceval voit trois gouttes de sang d’une oie blessée sur la neige ; elles lui rappellent le teint de Blanchefleur et il tombe dans une rêverie amoureuse. Les chevaliers d’Arthur viennent le chercher ; seul Gauvain, par sa courtoisie, parvient à le ramener. Mais une demoiselle hideuse vient maudire Perceval pour son silence au château du Graal. Il jure de ne pas dormir deux nuits au même endroit avant d’avoir retrouvé le Graal.
L’ermite et les aventures de Gauvain
Pendant cinq ans, Perceval erre et oublie Dieu. Un Vendredi saint, il rencontre un ermite, son oncle, qui lui révèle que le graal contient une hostie qui nourrit le père du Roi Pêcheur, et que sa faute envers sa mère l’a empêché de parler. Perceval se repent. Le roman suit ensuite Gauvain dans de longues aventures, et s’interrompt au milieu de l’une d’elles.
Les personnages
| Personnage | Rôle |
|---|---|
| Perceval | Jeune Gallois naïf, futur chevalier du Graal |
| La Veuve Dame | Mère de Perceval, morte de chagrin |
| Gornemant de Goort | Maître de chevalerie de Perceval |
| Blanchefleur | Dame de Beaurepaire, aimée de Perceval |
| Le Roi Pêcheur | Seigneur blessé, gardien du Graal |
| La cousine | Révèle à Perceval son nom et sa faute |
| L’ermite | Oncle de Perceval, guide spirituel |
| Gauvain | Neveu d’Arthur, chevalier courtois, héros de la seconde partie |
Les thèmes
L’éducation
C’est un roman d’apprentissage : Perceval passe de l’ignorance à la chevalerie, puis de la chevalerie terrestre à la foi. Chaque maître (la mère, Gornemant, l’ermite) lui apporte une étape. Le comique des débuts, quand il applique les conseils au pied de la lettre, cède peu à peu la place au sérieux.
La parole et le silence
La faute de Perceval est de ne pas avoir posé de question. Le roman montre qu’un conseil appliqué sans réflexion peut devenir une erreur : savoir se taire ne suffit pas, il faut savoir quand parler.
Le mystère du Graal
Chez Chrétien, le mot graal désigne un large plat creux, et non encore la coupe du Christ. Son sens reste mystérieux, ce qui a nourri d’innombrables continuations et interprétations, jusqu’à la « quête du Graal » des romans en prose et au cinéma.
Chevalerie terrestre et chevalerie céleste
Gauvain, parfait chevalier de cour, et Perceval, chevalier en quête spirituelle, représentent deux idéaux. Le roman semble chercher à dépasser la chevalerie mondaine.
Pistes d’analyse pour un élève
- Étudier le comique de la rencontre avec les chevaliers et de la naïveté du héros.
- Analyser la scène du cortège : description, couleurs, lumière, silence. Pourquoi est-elle si énigmatique ?
- Suivre l’évolution du héros : qui est-il au début, qui est-il chez l’ermite ?
- Comparer avec d’autres héros de quête comme Yvain ou Ulysse.
Questions fréquentes
Qu’est-ce que le Graal chez Chrétien de Troyes ?
Un plat précieux, porté par une jeune fille, qui contient une hostie. Chrétien ne l’identifie pas à la coupe de la Cène : cette interprétation chrétienne vient de Robert de Boron et des romans postérieurs.
Pourquoi Perceval ne pose-t-il pas de question ?
Parce que Gornemant lui a conseillé de ne pas trop parler. L’ermite ajoute une raison morale : son départ, qui a causé la mort de sa mère, l’a rendu incapable de parler au bon moment.
Pourquoi le roman est-il inachevé ?
On pense que Chrétien de Troyes est mort avant de le terminer. Son continuateur Gerbert de Montreuil, entre autres, le suggère.
Perceval trouve-t-il le Graal ?
Pas dans le texte de Chrétien. Ce sont les Continuations qui imaginent son retour au château du Roi Pêcheur et l’achèvement de la quête.