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Littérature · Œuvres

Cahier de Douai

Le Cahier de Douai réunit vingt-deux poèmes recopiés par Arthur Rimbaud en 1870, à seize ans. Fugue, révolte, nature, amour et satire y annoncent un poète qui s’émancipe des modèles.

Mis à jour le 3 min de lecture

Le Cahier de Douai (parfois appelé « Recueil Demeny ») est un ensemble de vingt-deux poèmes qu'Arthur Rimbaud recopie à l’automne 1870, à Douai, et confie au poète Paul Demeny dans l’espoir d’être publié. Rimbaud a seize ans. Ce n’est pas un recueil publié de son vivant, mais un manuscrit cohérent. Il est au programme du bac de français (objet d’étude « La poésie du XIXe au XXIe siècle ») avec le parcours « Émancipations créatrices », de « Première soirée » à « Ma Bohème ».

Le contexte

Élève brillant du collège de Charleville, Rimbaud étouffe dans sa ville et sous l’autorité de sa mère. Son jeune professeur, Georges Izambard, l’encourage à lire et à écrire. En 1870 éclate la guerre franco-prussienne ; le Second Empire s’effondre après Sedan (septembre 1870). Rimbaud fugue : arrêté à Paris faute de billet de train, il est emprisonné à Mazas, puis recueilli à Douai chez les tantes d’Izambard. Il y recopie ses poèmes. Une seconde fugue, en octobre, le mène en Belgique puis de nouveau à Douai, où il complète le cahier.

Les 22 poèmes

Premier ensemble (15 poèmes)Second ensemble (7 poèmes)
Première soirée ; Sensation ; Le Forgeron ; Soleil et Chair ; Ophélie ; Bal des pendus ; Le Châtiment de Tartufe ; Vénus Anadyomène ; Les Reparties de Nina ; À la musique ; Les Effarés ; Roman ; Le Mal ; Rages de Césars ; « Morts de Quatre-vingt-douze… »Rêvé pour l’hiver ; Le Dormeur du val ; Au Cabaret-Vert ; La Maline ; L’Éclatante Victoire de Sarrebrück ; Le Buffet ; Ma Bohème

L’ordre de détail peut varier légèrement selon les éditions ; le programme du bac retient l’ensemble, de « Première soirée » à « Ma Bohème ».

Les grands thèmes

La fugue et la liberté

Plusieurs poèmes célèbrent la marche, le vagabondage et l’insouciance : « Sensation » imagine un départ dans la nature, « Au Cabaret-Vert » et « La Maline » racontent des haltes en Belgique, « Ma Bohème » fait du poète un vagabond dont l’auberge est la Grande Ourse. Le premier vers de « Sensation » ouvre ce rêve : « Par les soirs bleus d’été, j’irai dans les sentiers ».

L’éveil amoureux et sensuel

« Première soirée », « Les Reparties de Nina », « Roman », « Rêvé pour l’hiver » explorent le désir adolescent, avec un mélange de tendresse et d’ironie. « Roman » commence par un vers devenu proverbial : « On n’est pas sérieux, quand on a dix-sept ans. »

La révolte politique

Rimbaud attaque l’empereur Napoléon III (« Rages de Césars », « L’Éclatante Victoire de Sarrebrück »), la guerre et l’Église (« Le Mal »), l’hypocrisie (« Le Châtiment de Tartufe »). « Le Forgeron » et « Morts de Quatre-vingt-douze… » exaltent le peuple révolutionnaire. « Le Dormeur du val » dénonce la guerre par une chute saisissante : le soldat endormi a « deux trous rouges au côté droit ».

La satire et la laideur

« À la musique » raille les bourgeois de Charleville sur la place de la Gare ; « Vénus Anadyomène » renverse le mythe de la naissance de Vénus en décrivant une femme laide sortant d’une baignoire. Rimbaud introduit le grotesque dans la poésie.

Le parcours « Émancipations créatrices »

Le parcours invite à voir comment le jeune poète se libère :

  • des modèles : il imite d’abord Hugo, Banville ou les Parnassiens, puis les parodie ;
  • des formes : il garde le sonnet et l’alexandrin, mais multiplie enjambements, rejets, mots familiers ou crus (voir la versification) ;
  • de l’autorité : famille, école, Église, Empire ;
  • du lyrisme convenu : l’émotion passe par des détails concrets et par l’ironie.

Pistes d’analyse

  • Étudier la chute des sonnets (« Le Dormeur du val », « Vénus Anadyomène »).
  • Repérer les ruptures de ton : lyrisme et dérision coexistent dans un même poème.
  • Analyser la place du corps et des sensations.
  • Comparer l’enthousiasme républicain et la satire de l’Empire, dans le contexte de 1870.

Questions fréquentes

Pourquoi l’appelle-t-on Cahier de Douai ?

Parce que Rimbaud a recopié ces poèmes à Douai, chez les tantes de son professeur Izambard, à l’automne 1870. On parle aussi de « Recueil Demeny », du nom de celui qui a reçu le manuscrit.

Rimbaud a-t-il publié le Cahier de Douai ?

Non. Il demande plus tard à Demeny de brûler ces vers, qu’il juge dépassés. Les poèmes sont publiés après sa mort.

Quel est le poème le plus célèbre du Cahier de Douai ?

« Le Dormeur du val », sonnet sur un jeune soldat mort, est le plus étudié, avec « Ma Bohème » et « Roman ». Pour la suite de l’œuvre, voir Rimbaud et le symbolisme.

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