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Littérature · Mouvements littéraires

Le Parnasse

Le Parnasse est un mouvement poétique français de la seconde moitié du XIXe siècle qui prône « l’art pour l’art » : une poésie impersonnelle, d’une forme parfaite, détachée de l’émotion et de l’utilité.

Mis à jour le 3 min de lecture

Le Parnasse est un mouvement poétique qui réunit, autour de Leconte de Lisle, des poètes soucieux de rigueur formelle. Il tire son nom du recueil collectif Le Parnasse contemporain, publié par l’éditeur Alphonse Lemerre en trois livraisons (1866, 1871 et 1876). Le Parnasse est une montagne de Grèce consacrée, dans la mythologie, à Apollon et aux Muses. Le mouvement réagit contre les épanchements du romantisme et prépare, paradoxalement, le symbolisme, dont plusieurs fondateurs (Verlaine, Mallarmé) ont publié dans Le Parnasse contemporain.

Théophile Gautier, le précurseur

La doctrine de l’art pour l’art est d’abord formulée par Théophile Gautier dans la préface de Mademoiselle de Maupin (1835) : « Il n’y a de vraiment beau que ce qui ne peut servir à rien ; tout ce qui est utile est laid. » Son recueil Émaux et Camées (1852) est un modèle pour les parnassiens ; le poème « L’Art » (ajouté en 1857) compare le poète à un sculpteur qui travaille une matière résistante. Baudelaire dédie Les Fleurs du mal à Gautier, qu’il appelle « poète impeccable ».

Les principes du Parnasse

L’impersonnalité

Le poète refuse de livrer ses émotions intimes. Leconte de Lisle condamne l’étalage du moi des romantiques. La poésie doit être objective.

Le culte de la forme

Le vers est travaillé comme une pierre précieuse ou un marbre : rimes riches, mètres réguliers, formes fixes comme le sonnet. La difficulté est recherchée comme une garantie de beauté.

Le refus de l’engagement

Contrairement au Hugo des Châtiments, le poète parnassien ne veut pas servir une cause : la poésie n’a pas à être utile.

L’érudition et l’exotisme

Les parnassiens puisent leurs sujets dans l’Antiquité grecque, les mythologies, l’Inde, l’Orient, l’histoire, la science. Leurs poèmes sont souvent descriptifs, comme des tableaux.

Les poètes parnassiens

PoèteDatesŒuvres
Théophile Gautier (précurseur)1811-1872Émaux et Camées (1852)
Charles Leconte de Lisle (chef de file)1818-1894Poèmes antiques (1852), Poèmes barbares (1862)
Théodore de Banville1823-1891Odes funambulesques (1857), Petit Traité de poésie française (1872)
José-Maria de Heredia1842-1905Les Trophées (1893), 118 sonnets
Sully Prudhomme1839-1907Les Solitudes (1869) ; premier prix Nobel de littérature (1901)
François Coppée1842-1908Les Humbles (1872)

Un exemple : Les Trophées de Heredia

Recueil emblématique du Parnasse, Les Trophées (1893) réunit 118 sonnets qui parcourent l’histoire de l’humanité, de la Grèce antique à la Renaissance. Le plus célèbre, « Les Conquérants », s’ouvre sur ce vers :

Comme un vol de gerfauts hors du charnier natal

Le poème décrit les conquistadors espagnols avec une précision visuelle et sonore, sans commentaire personnel du poète.

Parnasse, romantisme, symbolisme

RomantismeParnasseSymbolisme
Rôle du poèteExprimer son moi, guider le peupleCiseler la forme, rester impersonnelSuggérer l’invisible
Rapport au réelNature miroir de l’âmeDescription objective, éruditeCorrespondances, symboles
FormeLiberté relativeRigueur, forme fixeMusicalité, vers libéré

Héritage

Le Parnasse est un moment de transition. Rimbaud et Verlaine y font leurs débuts avant de s’en éloigner ; Mallarmé radicalise l’exigence formelle pour fonder une poétique de la suggestion. L’idée d’une autonomie de l’art, détachée de toute utilité, marquera durablement la modernité poétique.

Questions fréquentes

Que signifie « l’art pour l’art » ?

C’est l’idée que l’art n’a pas d’autre but que la beauté : il ne doit servir ni à enseigner, ni à défendre une cause, ni à exprimer des émotions.

Pourquoi le mouvement s’appelle-t-il le Parnasse ?

D’après le recueil collectif Le Parnasse contemporain (1866), lui-même nommé d’après le mont Parnasse, séjour mythologique d’Apollon et des Muses.

Qui sont les poètes du Parnasse ?

Leconte de Lisle, Théodore de Banville, José-Maria de Heredia, Sully Prudhomme et François Coppée, avec Théophile Gautier comme précurseur.

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