Littérature · Mouvements littéraires
Le classicisme
Le classicisme est le mouvement littéraire et artistique qui domine la France sous Louis XIV (1660-1715 environ). Il vise la perfection par l’imitation des Anciens, le respect de règles, la clarté et la mesure.
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Le classicisme est l’esthétique qui s’impose en France au XVIIe siècle, en particulier pendant le règne personnel de Louis XIV, qui commence en 1661. Ses auteurs cherchent à atteindre un idéal de beauté fondé sur la raison, l'ordre et la mesure, en imitant les modèles de l’Antiquité grecque et latine. Le but de l’art est double, selon une formule reprise d’Horace : plaire et instruire. Le classicisme s’est construit contre la profusion du baroque.
Origine du mot
Classique vient du latin classicus, « de première classe ». Le mot désigne d’abord les auteurs de premier ordre, puis ceux qu’on étudie en classe. Le terme classicisme est forgé au XIXe siècle, par opposition au romantisme ; les auteurs du XVIIe siècle ne l’employaient pas.
Le contexte : un art au service de l’ordre
- 1635 : Richelieu fonde l'Académie française, chargée de fixer la langue (son dictionnaire paraît en 1694).
- 1637 : la querelle du Cid oppose Corneille aux doctes qui lui reprochent ses entorses aux règles.
- 1661 : début du règne personnel de Louis XIV, qui mène une politique de mécénat et de prestige (Versailles).
- 1674 : Boileau publie l'Art poétique, synthèse des principes classiques.
- 1687 : début de la querelle des Anciens et des Modernes, qui annonce la fin de l’âge classique.
Les principes du classicisme
L’imitation des Anciens
Les classiques reprennent les sujets, les genres et les modèles de l’Antiquité : tragédies inspirées d’Euripide et de Sénèque (Phèdre), fables d’Ésope et de Phèdre, comédies de Plaute et Térence. Imiter n’est pas copier : il s’agit de rivaliser avec les modèles.
La raison et la nature
L’artiste doit suivre la raison et peindre la « nature », c’est-à-dire la nature humaine universelle, valable en tout temps et en tout lieu. Les passions sont analysées avec lucidité : l’amour, l’ambition, la jalousie.
La vraisemblance
Ce qui est représenté doit paraître crédible au spectateur, même si cela n’est pas historiquement vrai. Boileau l’écrit dans l'Art poétique : « Le vrai peut quelquefois n’être pas vraisemblable. »
La bienséance
Il ne faut pas choquer le public : ni violence, ni mort, ni scène intime sur scène. Les morts sont racontées par un récit (le récit de Théramène dans Phèdre).
La règle des trois unités
Boileau la résume ainsi dans l'Art poétique (1674) :
Qu’en un lieu, qu’en un jour, un seul fait accompli Tienne jusqu’à la fin le théâtre rempli.
| Unité | Règle |
|---|---|
| Unité de temps | L’action se déroule en 24 heures au maximum |
| Unité de lieu | Un seul lieu (un palais, une salle) |
| Unité d’action | Une seule intrigue principale |
Voir le vocabulaire du théâtre pour l’exposition, le nœud et le dénouement.
La séparation des genres et la clarté
La tragédie et la comédie ne se mélangent pas. La langue doit être claire, précise et épurée ; la litote (dire moins pour suggérer plus) est la figure classique par excellence : « Va, je ne te hais point » (Chimène dans Le Cid).
L’idéal de l’honnête homme
Le classicisme s’accompagne d’un idéal social : l'honnête homme, cultivé sans pédanterie, mesuré, poli, à l’aise en société, qui « ne se pique de rien ». Il s’oppose aux excès que la comédie ridiculise : l’hypocrite, l’avare, le pédant.
Les grands auteurs classiques
| Auteur | Genre | Œuvres majeures |
|---|---|---|
| Pierre Corneille (1606-1684) | Tragédie | Le Cid (1637), Horace (1640), Cinna (1641) |
| Molière (1622-1673) | Comédie | Tartuffe (1664-1669), Le Misanthrope (1666), L’Avare (1668) |
| Jean de La Fontaine (1621-1695) | Fable | Fables (1668-1694) |
| Jean Racine (1639-1699) | Tragédie | Andromaque (1667), Britannicus (1669), Phèdre (1677) |
| Nicolas Boileau (1636-1711) | Satire, critique | Art poétique (1674) |
| Blaise Pascal (1623-1662) | Apologétique | Pensées (posthume, 1670) |
| La Rochefoucauld (1613-1680) | Maximes | Maximes (1665) |
| Madame de La Fayette (1634-1693) | Roman | La Princesse de Clèves (1678) |
| Jean de La Bruyère (1645-1696) | Portraits | Les Caractères (1688) |
| Bossuet (1627-1704) | Sermons, oraisons | Oraisons funèbres |
La fin du classicisme
La querelle des Anciens et des Modernes, lancée en 1687 quand Charles Perrault lit à l’Académie son poème Le Siècle de Louis le Grand, oppose les partisans de l’imitation des Anciens (Boileau, Racine, La Fontaine) à ceux qui jugent les Modernes supérieurs. Elle annonce l’esprit critique et l’idée de progrès des Lumières. Le romantisme, au XIXe siècle, contestera frontalement les règles classiques.
Questions fréquentes
Quelles sont les règles du classicisme ?
La vraisemblance, la bienséance, la règle des trois unités (temps, lieu, action), la séparation des genres et l’imitation des Anciens.
Quel est le but de l’art classique ?
Plaire et instruire : divertir le public tout en lui donnant une leçon morale.
Qui sont les auteurs du classicisme ?
Corneille, Molière, Racine, La Fontaine, Boileau, Pascal, La Rochefoucauld, Madame de La Fayette et La Bruyère.
Quelle est la différence entre baroque et classicisme ?
Le baroque valorise le mouvement, l’illusion et la profusion ; le classicisme recherche l’ordre, la clarté et la mesure, encadrées par des règles.