Littérature · Mouvements littéraires
L’humanisme
L’humanisme est un mouvement intellectuel et littéraire de la Renaissance (XVe–XVIe siècle) qui redécouvre les textes antiques et place l’homme, sa dignité et son éducation au centre de la réflexion.
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L'humanisme est un mouvement de pensée né en Italie au XIVe siècle avec Pétrarque, qui se diffuse dans toute l’Europe aux XVe et XVIe siècles. Les humanistes redécouvrent les auteurs grecs et latins, les étudient dans leur langue d’origine et en tirent une nouvelle confiance dans les capacités de l’homme. En France, le mouvement s’épanouit sous François Ier (1515-1547) et trouve ses plus grands représentants dans Rabelais et Montaigne. Il est l’expression intellectuelle de la Renaissance.
Origine du mot
Le mot vient du latin humanitas (« nature humaine, culture, bienveillance ») et des studia humanitatis, programme d’études comprenant la grammaire, la rhétorique, la poésie, l’histoire et la philosophie morale. Au XVIe siècle, on parle d'« humanistes » (de l’italien umanista, professeur de lettres classiques) ; le terme humanisme lui-même n’apparaît qu’au XIXe siècle pour désigner le mouvement.
Le contexte historique
Plusieurs événements expliquent l’essor de l’humanisme :
| Date | Événement | Conséquence |
|---|---|---|
| Vers 1450 | Gutenberg met au point l’imprimerie à caractères mobiles à Mayence | Diffusion rapide et massive des textes |
| 1453 | Prise de Constantinople par les Ottomans | Des savants byzantins apportent en Italie des manuscrits grecs |
| 1492 | Christophe Colomb atteint l’Amérique | Le monde connu s’élargit, les certitudes vacillent |
| 1517 | Luther publie ses 95 thèses | Début de la Réforme protestante, retour au texte biblique |
| 1530 | François Ier crée les « lecteurs royaux » (futur Collège de France) | Enseignement du grec, de l’hébreu et du latin hors de la Sorbonne |
| 1539 | Ordonnance de Villers-Cotterêts | Le français devient la langue des actes officiels |
Les grandes idées de l’humanisme
Le retour aux sources antiques
Les humanistes veulent lire Platon, Cicéron ou les Évangiles dans le texte original, débarrassés des commentaires médiévaux. La devise implicite est ad fontes (« aux sources »). Ils éditent, traduisent et commentent : la philologie naît de ce travail.
La confiance en l’homme et en la raison
L’homme n’est plus seulement une créature pécheresse : il est capable de se perfectionner. Pic de la Mirandole, dans son Discours sur la dignité de l’homme (1486), affirme que l’homme est libre de façonner sa propre nature.
L’éducation
L’éducation est au cœur du projet humaniste. Rabelais oppose dans Gargantua (1534) l’enseignement scolastique, fondé sur la répétition, à une éducation humaniste complète : langues anciennes, sciences, exercices physiques, observation de la nature. Montaigne préfère « une tête bien faite » à « une tête bien pleine » (Essais, I, 26).
La tolérance et la paix
Érasme, dans l'Éloge de la folie (1511), critique les abus de l’Église et la guerre. Les guerres de Religion (1562-1598) mettent à l’épreuve cet idéal : Montaigne y répond par le doute et la tolérance.
Une foi renouvelée
L’humanisme n’est pas athée. La plupart des humanistes sont chrétiens et veulent revenir à une foi plus personnelle, fondée sur la lecture directe des Écritures : c’est l'évangélisme, dont Lefèvre d’Étaples et Marguerite de Navarre sont des figures.
Les auteurs humanistes majeurs
| Auteur | Dates | Œuvre clé | Apport |
|---|---|---|---|
| Pétrarque | 1304-1374 | Canzoniere | Précurseur, redécouvre les manuscrits antiques |
| Érasme | v. 1466-1536 | Éloge de la folie (1511) | « Prince des humanistes », satire et pacifisme |
| Thomas More | 1478-1535 | L’Utopie (1516) | Invente le mot et le modèle de la société idéale |
| Guillaume Budé | 1467-1540 | Commentaires sur la langue grecque (1529) | Helléniste, inspire les lecteurs royaux |
| François Rabelais | v. 1494-1553 | Pantagruel (1532), Gargantua (1534) | Satire, éducation, savoir joyeux |
| Marguerite de Navarre | 1492-1549 | L’Heptaméron (posthume, 1559) | Nouvelles, réflexion morale, protection des humanistes |
| Étienne de La Boétie | 1530-1563 | Discours de la servitude volontaire | Critique de la tyrannie |
| Michel de Montaigne | 1533-1592 | Essais (1580-1595) | Introspection, doute, relativisme culturel |
Rabelais, le rire savant
Médecin, moine puis érudit, Rabelais mêle dans ses romans géants la farce, l’érudition et la satire de la Sorbonne et de la guerre. L’abbaye de Thélème, avec sa devise « Fais ce que voudras », incarne l’idéal humaniste d’une liberté éclairée.
Montaigne, l’humanisme du doute
Montaigne fait de lui-même le sujet de son livre : « Je suis moi-même la matière de mon livre », écrit-il dans l’avis « Au lecteur ». Dans « Des cannibales » (Essais, I, 31), il remet en cause la notion de barbarie : « chacun appelle barbarie ce qui n’est pas de son usage ». Sa devise, « Que sais-je ? », résume un scepticisme fécond. Voir aussi la connaissance de soi.
Humanisme et poésie : la Pléiade
L’humanisme irrigue aussi la poésie. Les poètes de la Pléiade, autour de Ronsard et de Du Bellay, veulent enrichir le français en imitant les genres antiques (ode, élégie) et italiens (sonnet). La Défense et illustration de la langue française (1549) est un manifeste profondément humaniste.
Humanisme et sciences
L’esprit humaniste ne se limite pas aux lettres. Le retour aux sources et l’observation directe transforment aussi les sciences et les techniques.
| Date | Savant | Apport |
|---|---|---|
| 1543 | Nicolas Copernic, Des révolutions des orbes célestes | La Terre tourne autour du Soleil (héliocentrisme) |
| 1543 | André Vésale, De humani corporis fabrica | Anatomie fondée sur la dissection, corrigeant Galien |
| 1545 | Ambroise Paré | Nouvelles méthodes pour soigner les blessures par arme à feu |
| Vers 1500 | Léonard de Vinci | Carnets d’observation en anatomie, mécanique, optique |
Rabelais lui-même, médecin, pratique publiquement la dissection à Lyon en 1537. Cette confiance dans l’observation prépare la méthode scientifique moderne. Voir aussi Léonard de Vinci.
L’humanisme, une pensée européenne
L’humanisme circule grâce aux voyages, aux correspondances en latin et aux imprimeurs. Érasme, né à Rotterdam, vit à Paris, Louvain, Bâle et en Angleterre, où il est l’ami de Thomas More. Les grands imprimeurs humanistes (Alde Manuce à Venise, Josse Bade et Robert Estienne à Paris, Sébastien Gryphe à Lyon) publient les textes antiques dans des éditions soignées et en format maniable. Lyon, grande ville d’imprimerie, est avec Paris le principal foyer humaniste français : Rabelais, Marot, Louise Labé et Maurice Scève y publient.
Les limites et la crise de l’humanisme
L’optimisme humaniste se heurte, à partir de 1562, à la violence des guerres de Religion. Le massacre de la Saint-Barthélemy (24 août 1572) symbolise l’échec de l’idéal de concorde. La littérature devient plus sombre (Agrippa d’Aubigné, Les Tragiques, publiés en 1616) et annonce le baroque. La découverte du Nouveau Monde révèle aussi les crimes de la colonisation, que Montaigne dénonce dans « Des coches ».
L’héritage de l’humanisme
L’humanisme a légué à l’Europe l’idée que l’éducation libère, que le savoir se critique et se vérifie, que tout homme mérite le respect. Ces valeurs seront reprises et radicalisées par les Lumières au XVIIIe siècle. Aujourd’hui, le mot humanisme désigne plus largement toute pensée qui place la dignité humaine au premier plan.
Questions fréquentes
Quelle est la définition simple de l’humanisme ?
C’est le mouvement de la Renaissance qui redécouvre les textes antiques et fait confiance à l’homme pour progresser par l’éducation et la raison.
Quand commence et finit l’humanisme ?
Il naît en Italie au XIVe siècle, gagne la France à la fin du XVe et s’y épanouit pendant la première moitié du XVIe siècle. Les guerres de Religion (1562-1598) marquent sa crise.
Qui sont les principaux auteurs humanistes français ?
Rabelais, Montaigne, Marguerite de Navarre, Guillaume Budé, La Boétie, ainsi que les poètes de la Pléiade (Ronsard, Du Bellay).
Quelle différence entre humanisme et Renaissance ?
La Renaissance désigne la période historique et le renouveau artistique et culturel ; l’humanisme en est le courant intellectuel et littéraire. Voir la Renaissance artistique.