Littérature · Genres et analyse
La versification
La versification est l’ensemble des règles qui organisent le vers français : nombre de syllabes (le mètre), rimes, rythme et strophes. Elle permet de lire, d’analyser et d’écrire un poème en vers réguliers.
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La versification (ou métrique) est la technique du vers. En français, le vers régulier se définit par un nombre fixe de syllabes et par la rime, à la différence du vers latin ou anglais, fondé sur l’alternance de syllabes longues et brèves ou accentuées. Connaître ces règles est indispensable pour lire correctement un poème à voix haute et pour en analyser les effets dans un commentaire de texte.
Compter les syllabes
En poésie, on compte les syllabes prononcées, pas les syllabes écrites. Trois règles demandent de l’attention.
Le e muet (ou e caduc)
Le e non accentué en fin de mot :
- se prononce et compte devant une consonne : « Vien-ne la nuit son-ne l’heu-re » (Apollinaire, « Le Pont Mirabeau ») ;
- ne compte pas devant une voyelle ou un h muet (élision) : « Un-e om-bre » se dit « U-nom-bre » ;
- ne compte jamais en fin de vers : il forme alors une rime féminine.
La diérèse et la synérèse
Quand deux voyelles se suivent dans un mot (li-on, pi-ed), on peut les prononcer :
- en une seule syllabe : c’est la synérèse (« pied », « ciel ») ;
- en deux syllabes : c’est la diérèse (« li-on », « vi-o-lon »).
L’usage dépend souvent de l’étymologie, mais la diérèse peut aussi être un choix expressif pour allonger et mettre en valeur un mot : « Les sanglots longs / Des vi-o-lons » (Verlaine).
L’élision et le h aspiré
Devant un h aspiré (le héros, la haine), il n’y a ni élision ni liaison : le e muet qui précède compte.
Les principaux mètres
| Nombre de syllabes | Nom | Usage | Exemple |
|---|---|---|---|
| 12 | Alexandrin | Vers noble : tragédie, poésie lyrique et épique | « Je suis le Ténébreux, – le Veuf, – l’Inconsolé » (Nerval) |
| 10 | Décasyllabe | Vers de la poésie médiévale et de la Renaissance | La Chanson de Roland |
| 8 | Octosyllabe | Vers léger, narratif, roman médiéval, chanson | « Mignonne, allons voir si la rose » (Ronsard) |
| 7 | Heptasyllabe | Vers impair, chanson | « L’Invitation au voyage » (Baudelaire), en partie |
| 9 | Ennéasyllabe | Vers impair rare | « Art poétique » de Verlaine |
| 5 | Pentasyllabe | Vers court, rythme vif | Strophes de « L’Invitation au voyage » |
Les vers pairs (12, 10, 8, 6) sont les plus courants ; les vers impairs (5, 7, 9, 11), plus instables, ont été valorisés par Verlaine (« préfère l’Impair »).
L’alexandrin
L'alexandrin compte douze syllabes. Son nom viendrait du Roman d’Alexandre (XIIe siècle), l’un des premiers grands textes écrits dans ce mètre. Il s’impose au XVIe siècle avec la Pléiade puis devient le vers de la tragédie classique et le grand vers de la poésie française.
Césure et hémistiches
L’alexandrin classique est divisé par une pause centrale, la césure, après la sixième syllabe. Les deux moitiés s’appellent les hémistiches (6 + 6). On note la césure par une double barre :
Ô temps, suspends ton vol ! // et vous, heures propices !
(Lamartine, « Le Lac » : 6 + 6)
Le rythme
À l’intérieur de chaque hémistiche, les accents (sur la dernière syllabe prononcée d’un groupe de mots) créent des coupes. Un alexandrin régulier de quatre mesures (3/3//3/3) s’appelle un tétramètre ; un alexandrin divisé en trois mesures égales (4/4/4), sans césure médiane forte, s’appelle un trimètre romantique :
J’ai disloqué // ce grand niais // d’alexandrin
Hugo revendique ainsi, dans Les Contemplations, la libération du vers par les romantiques.
Les effets de discordance
Quand la phrase et le vers ne coïncident pas, on parle de discordance.
| Procédé | Définition | Effet |
|---|---|---|
| Enjambement | La phrase déborde largement sur le vers suivant | Prolongement, mouvement, fluidité |
| Rejet | Un élément bref de la phrase est rejeté au début du vers suivant | Mise en relief du mot rejeté |
| Contre-rejet | Un élément bref qui commence une phrase est placé à la fin du vers précédent | Mise en relief, attente |
Exemple de rejet, chez Rimbaud : « Il dort dans le soleil, la main sur sa poitrine, / Tranquille. Il a deux trous rouges au côté droit. » (« Le Dormeur du val ») : Tranquille est mis en valeur avant la révélation de la mort.
Les rimes
La disposition
| Disposition | Schéma | Exemple de mots |
|---|---|---|
| Rimes plates (ou suivies) | AABB | jour / amour / nuit / bruit |
| Rimes croisées | ABAB | jour / nuit / amour / bruit |
| Rimes embrassées | ABBA | jour / nuit / bruit / amour |
La qualité (richesse)
| Qualité | Sons communs | Exemple |
|---|---|---|
| Pauvre | 1 son (la voyelle finale) | ami / joli |
| Suffisante | 2 sons | beauté / été ([t] + [e]) |
| Riche | 3 sons ou plus | charmante / amante ([m] + [ɑ̃] + [t]) |
On compte les sons, pas les lettres. Les rimes identiques sur un même mot répété sont en principe évitées.
Le genre
- Rime féminine : le vers se termine par un e muet (rose / chose, aimées / fumées).
- Rime masculine : toutes les autres (jour / amour).
La poésie classique impose l'alternance des rimes masculines et féminines.
Les strophes
| Nombre de vers | Nom |
|---|---|
| 2 | Distique |
| 3 | Tercet |
| 4 | Quatrain |
| 5 | Quintil |
| 6 | Sizain |
| 8 | Huitain |
| 10 | Dizain |
Les poèmes à forme fixe obéissent à des règles précises : le sonnet (deux quatrains, deux tercets), la ballade, le rondeau, le pantoum.
Du vers régulier au vers libre
À partir de la fin du XIXe siècle, les poètes s’affranchissent des règles : vers libéré (rime conservée, mètre assoupli), vers libre (sans mètre ni rime obligatoire, avec Gustave Kahn, Jules Laforgue, Rimbaud dans « Marine »), poème en prose (Baudelaire, Rimbaud). Voir le symbolisme. Au XXe siècle, Apollinaire supprime même la ponctuation dans Alcools (1913).
Questions fréquentes
Comment compter les syllabes d’un vers ?
On compte les syllabes prononcées, en faisant attention au e muet (compté devant une consonne, élidé devant une voyelle, jamais compté en fin de vers) et aux voyelles qui se suivent (diérèse ou synérèse).
Qu’est-ce qu’un alexandrin ?
Un vers de douze syllabes, généralement coupé par une césure au milieu (6 + 6). C’est le vers de la tragédie classique et le grand vers de la poésie française.
Quelle différence entre rime riche et rime suffisante ?
Une rime suffisante partage deux sons, une rime riche trois sons ou plus.
Quelle différence entre enjambement et rejet ?
L’enjambement est un débordement important de la phrase sur le vers suivant ; le rejet est un débordement bref qui isole et met en valeur un mot au début du vers suivant.