Littérature · Genres et analyse
Les figures de style
Une figure de style est un procédé d’écriture qui s’écarte de l’usage ordinaire de la langue pour produire un effet : rendre une idée plus frappante, plus belle, plus émouvante ou plus convaincante.
Mis à jour le 8 min de lecture
Les figures de style (ou figures de rhétorique) sont des façons particulières d’agencer les mots, les sons ou les idées pour donner plus de force à l’expression. Elles ne sont pas réservées à la poésie : on les trouve dans le roman, le théâtre, l’éloquence, la publicité et la conversation de tous les jours (« il pleut des cordes » est une hyperbole et une métaphore). Savoir les identifier ne suffit pas : en commentaire de texte, il faut toujours dire quel effet elles produisent.
Les figures sont classées ici en sept familles. Les exemples sont soit des citations célèbres attribuées avec leur source, soit des phrases simples d’illustration.
1. Les figures d’analogie (ressemblance)
Elles rapprochent deux réalités pour en souligner un point commun. Ce sont les figures qui créent des images.
| Figure | Définition | Exemple |
|---|---|---|
| Comparaison | Rapproche un comparé et un comparant à l’aide d’un outil de comparaison (comme, tel, pareil à, ressembler, sembler) | « La terre est bleue comme une orange » (Éluard) |
| Métaphore | Rapprochement sans outil de comparaison | « Ma jeunesse ne fut qu’un ténébreux orage » (Baudelaire, « L’Ennemi ») |
| Métaphore filée | Métaphore développée sur plusieurs mots ou phrases, dans le même champ lexical | Le Voreux décrit comme une bête qui avale les mineurs (Zola, Germinal) |
| Personnification | Attribue des caractères humains à un animal, un objet, une idée | « La Nature est un temple où de vivants piliers / Laissent parfois sortir de confuses paroles » (Baudelaire) |
| Allégorie | Représente une idée abstraite par un être ou un objet concret, souvent avec une majuscule | « Et de longs corbillards […] / Défilent lentement dans mon âme ; l’Espoir, / Vaincu, pleure » (Baudelaire, « Spleen ») |
| Animalisation | Attribue des caractères animaux à un être humain | Il dévorait son repas en grognant. |
| Réification | Réduit un être humain à un objet | Les ouvriers n’étaient plus que des rouages de l’usine. |
| Synesthésie | Associe des sensations relevant de sens différents | « Les parfums, les couleurs et les sons se répondent » (Baudelaire, « Correspondances ») |
Comparaison ou métaphore ?
La différence tient à la présence d’un outil de comparaison. « Cet homme est rusé comme un renard » est une comparaison ; « Cet homme est un vieux renard » est une métaphore. La métaphore est plus forte car elle fusionne les deux termes. Une métaphore est dite in praesentia quand le comparé est exprimé (« ce renard d’avocat »), in absentia quand seul le comparant apparaît (« le vieux renard a encore gagné »).
2. Les figures de substitution
Elles remplacent un mot par un autre qui entretient avec lui un lien logique.
| Figure | Définition | Exemple |
|---|---|---|
| Métonymie | Désigne une réalité par une autre qui lui est liée (contenant pour contenu, lieu pour institution, auteur pour œuvre, cause pour effet) | Boire un verre ; lire un Zola ; « l’Élysée a annoncé » |
| Synecdoque | Métonymie particulière : la partie pour le tout, la matière pour l’objet, le singulier pour le pluriel | « Cent voiles » pour cent navires ; « les fers » pour les chaînes |
| Périphrase | Remplace un mot par une expression qui le décrit | « La Ville lumière » (Paris) ; « l’astre du jour » (le soleil) |
| Antonomase | Emploie un nom propre comme nom commun, ou l’inverse | Un harpagon (un avare) ; « le Corse » pour Napoléon |
| Euphémisme | Atténue une réalité pénible ou choquante | « Il nous a quittés » pour « il est mort » |
3. Les figures d’opposition
Elles rapprochent des termes contraires pour créer un contraste ou un paradoxe.
| Figure | Définition | Exemple |
|---|---|---|
| Antithèse | Oppose deux mots ou idées dans une même phrase | « Je vis, je meurs ; je me brûle et me noie » (Louise Labé) |
| Oxymore | Unit dans un même groupe de mots deux termes contradictoires | « Cette obscure clarté qui tombe des étoiles » (Corneille, Le Cid) ; « un soleil noir » |
| Chiasme | Disposition croisée de termes selon le schéma AB / BA | « Il faut manger pour vivre et non pas vivre pour manger » (Molière, L’Avare) |
| Antiphrase | Dire le contraire de ce qu’on pense, par ironie | « Bravo, c’est vraiment malin ! » après une maladresse |
| Paradoxe | Idée qui va contre l’opinion commune, en apparence absurde | « Je ne sais qu’une chose, c’est que je ne sais rien » (formule traditionnellement attribuée à Socrate) |
Antithèse ou oxymore ? L’antithèse oppose des termes éloignés dans la phrase (« Je vis, je meurs ») ; l’oxymore les soude dans un même groupe, souvent nom + adjectif (« obscure clarté »).
4. Les figures d’insistance et d’amplification
Elles renforcent une idée par la répétition, l’accumulation ou l’exagération.
| Figure | Définition | Exemple |
|---|---|---|
| Hyperbole | Exagération pour frapper les esprits | « Je meurs de faim » ; « un bruit à réveiller un mort » |
| Anaphore | Répétition d’un mot ou groupe de mots en début de vers, de phrase ou de proposition | « Rome, l’unique objet de mon ressentiment ! / Rome, à qui vient ton bras d’immoler mon amant ! / Rome… » (Corneille, Horace) |
| Épiphore | Répétition en fin de phrases ou de vers | « Tu l’as voulu, tu l’as cherché, tu l’as eu. » |
| Accumulation (ou énumération) | Suite de termes de même nature | « Adieu veau, vache, cochon, couvée » (La Fontaine, « La Laitière et le Pot au lait ») |
| Gradation | Énumération de termes d’intensité croissante (ou décroissante) | « Va, cours, vole, et nous venge » (Corneille, Le Cid) |
| Pléonasme | Répétition d’une idée déjà exprimée, pour insister (fautif s’il est involontaire) | « Je l’ai vu, dis-je, vu, de mes propres yeux vu » (Molière, Tartuffe) |
| Répétition | Reprise d’un même mot | « Cueillez, cueillez votre jeunesse » (Ronsard) |
| Polyptote | Répétition d’un mot sous différentes formes grammaticales | « Je vous aime, vous m’aimez, nous nous aimons. » |
| Paronomase | Rapproche des mots aux sonorités proches mais de sens différents | « Qui se ressemble s’assemble » ; « Traduttore, traditore » |
5. Les figures d’atténuation et d’omission
Elles disent moins pour suggérer plus, ou suppriment des éléments attendus.
| Figure | Définition | Exemple |
|---|---|---|
| Litote | Dire moins pour faire entendre plus, souvent par une négation | « Va, je ne te hais point » (Chimène à Rodrigue, Le Cid) : elle l’aime |
| Euphémisme | Adoucir une réalité dure (voir plus haut) | « Les personnes à mobilité réduite » |
| Ellipse | Suppression de mots que le lecteur rétablit | « Chacun son tour » ; ellipse temporelle dans un récit (« Dix ans plus tard… ») |
| Prétérition | Annoncer qu’on ne parlera pas d’une chose tout en en parlant | « Je ne vous dirai pas combien il a menti… » |
| Réticence (ou aposiopèse) | Interruption brutale de la phrase, marquée par des points de suspension | « Si je ne me retenais pas, je… » |
Litote ou euphémisme ? La litote renforce l’idée en la disant moins (« ce n’est pas mauvais » pour « c’est délicieux ») ; l’euphémisme adoucit une réalité pénible.
6. Les figures de construction
Elles jouent sur l’ordre et l’agencement des mots dans la phrase.
| Figure | Définition | Exemple |
|---|---|---|
| Parallélisme | Reprise d’une même construction syntaxique | « Je suis venu, j’ai vu, j’ai vaincu » (traduction de Veni, vidi, vici, attribué à César) |
| Chiasme | Construction croisée AB/BA (voir figures d’opposition) | « Il faut manger pour vivre et non pas vivre pour manger » (Molière, L’Avare) |
| Asyndète | Suppression des mots de liaison | « Je suis venu, j’ai vu, j’ai vaincu » |
| Polysyndète | Répétition d’une conjonction de coordination | « Et la mer et l’amour ont l’amer pour partage » (Pierre de Marbeuf) |
| Anacoluthe | Rupture de construction syntaxique | « Le nez de Cléopâtre : s’il eût été plus court, toute la face de la terre aurait changé » (Pascal, Pensées) |
| Hyperbate | Ajout d’un élément après la fin apparente de la phrase | « Il est parti, et sans un mot. » |
| Inversion (ou anastrophe) | Modification de l’ordre habituel des mots | « De la musique avant toute chose » (Verlaine) |
| Zeugme (ou attelage) | Coordonne deux éléments qui ne sont pas sur le même plan (concret / abstrait) | « Vêtu de probité candide et de lin blanc » (Hugo, « Booz endormi ») |
| Apostrophe | Interpellation d’une personne ou d’une chose | « Ô temps, suspends ton vol ! » (Lamartine, « Le Lac ») |
| Question rhétorique | Question qui n’attend pas de réponse et contient sa propre réponse | « Qui ne voudrait être heureux ? » |
| Interrogation et exclamation oratoires | Phrases interrogatives ou exclamatives à visée persuasive ou émotive | « Ô rage ! ô désespoir ! ô vieillesse ennemie ! » (Corneille, Le Cid) |
7. Les figures de sonorité
Elles jouent sur les sons, surtout en poésie (voir la versification).
| Figure | Définition | Exemple |
|---|---|---|
| Allitération | Répétition d’un même son consonantique | « Pour qui sont ces serpents qui sifflent sur vos têtes ? » (Racine, Andromaque) : sifflement du [s] |
| Assonance | Répétition d’un même son vocalique | « Les sanglots longs / Des violons / De l’automne » (Verlaine) : [ɔ̃] et [o] |
| Paronomase | Mots aux sons voisins rapprochés (voir plus haut) | « Et la mer et l’amour ont l’amer pour partage » |
| Harmonie imitative | Sons qui imitent ce qui est décrit | Le vers de Racine sur les serpents |
| Onomatopée | Mot qui imite un bruit | « Plouf », « tic-tac », « cocorico » |
Tableau mémo : les 15 figures les plus fréquentes au bac
| Figure | Repère rapide | Effet habituel |
|---|---|---|
| Comparaison | Outil comme, tel | Crée une image, rend concret |
| Métaphore | Image sans outil | Image forte, fusion des réalités |
| Personnification | Objet qui agit en humain | Anime le monde, crée l’émotion |
| Allégorie | Idée abstraite incarnée, majuscule | Rend une idée concrète et visible |
| Métonymie | Mot remplacé par un mot lié | Concision, mise en relief d’un aspect |
| Périphrase | Expression à la place d’un mot | Valorise, évite la répétition, crée une énigme |
| Antithèse | Deux idées opposées | Contraste, tension |
| Oxymore | Deux termes contraires soudés | Paradoxe, réalité complexe |
| Chiasme | AB / BA | Symétrie, opposition ou unité |
| Hyperbole | Exagération | Insistance, comique ou épique |
| Anaphore | Répétition en tête | Rythme, insistance, lyrisme |
| Gradation | Intensité croissante | Dynamisme, montée de l’émotion |
| Litote | Dire moins pour dire plus | Pudeur, suggestion |
| Euphémisme | Adoucir | Délicatesse, ou ironie |
| Antiphrase | Dire le contraire | Ironie, critique |
Comment analyser une figure de style ?
Une bonne analyse suit toujours trois étapes :
- Citer le passage précis entre guillemets.
- Nommer la figure avec exactitude.
- Interpréter son effet en lien avec le sens du texte : que met-elle en valeur ? quelle émotion ou quelle idée renforce-t-elle ?
Les figures participent aussi aux registres d’un texte : l’hyperbole sert l’épique ou le comique, l’antiphrase l’ironie, l’apostrophe le lyrique (voir les registres littéraires). Elles sont au cœur de l’art de persuader (voir les types d’argumentation).
Questions fréquentes
Combien y a-t-il de figures de style ?
Il n’existe pas de nombre fixe : les traités de rhétorique en recensent plusieurs centaines. Une quarantaine sont couramment utilisées et une quinzaine suffisent pour l’essentiel du travail au collège et au lycée.
Quelle est la différence entre une métaphore et une comparaison ?
La comparaison utilise un outil de comparaison (comme, tel, semblable à) ; la métaphore rapproche les deux termes directement, sans outil.
Quelle est la différence entre un oxymore et une antithèse ?
L’oxymore unit deux termes contraires dans un même groupe de mots (« obscure clarté ») ; l’antithèse oppose deux mots ou idées dans une phrase ou un passage plus large.
Qu’est-ce qu’une litote ? Donnez un exemple.
C’est une figure qui dit moins pour faire entendre plus. « Ce n’est pas bête » signifie « c’est intelligent » ; « Va, je ne te hais point » (Corneille) signifie « je t’aime ».
Comment reconnaître une allégorie ?
Une idée abstraite (la Mort, la Justice, le Temps) est représentée comme un personnage ou une figure concrète, souvent avec une majuscule et des actions humaines.