Aller au contenu
connaissance.org

Littérature · Genres et analyse

La tragédie

La tragédie est une pièce de théâtre où des personnages de haut rang, aux prises avec le destin ou leurs passions, vont vers une fin malheureuse. Née en Grèce, elle triomphe en France au XVIIe siècle.

Mis à jour le 3 min de lecture

La tragédie est le genre théâtral le plus noble de la tradition occidentale. Elle représente des héros illustres (rois, princes, demi-dieux) confrontés à des conflits insolubles, et provoque chez le spectateur des émotions intenses. Il ne faut pas confondre le genre de la tragédie avec le registre tragique, qui peut se trouver dans un roman ou un poème (voir les registres littéraires).

Les origines grecques

La tragédie naît à Athènes au VIe siècle avant J.-C., lors des fêtes en l’honneur de Dionysos (les Grandes Dionysies), où des auteurs concourent. Elle est issue du chant d’un chœur, auquel s’ajoutent progressivement des acteurs. Trois grands tragiques nous sont parvenus :

AuteurSiècleŒuvres conservées
EschyleVe siècle av. J.-C.Les Perses, L’Orestie (trilogie)
SophocleVe siècle av. J.-C.Œdipe roi, Antigone, Électre
EuripideVe siècle av. J.-C.Médée, Hippolyte, Les Troyennes

La catharsis selon Aristote

Dans sa Poétique (IVe siècle av. J.-C.), Aristote définit la tragédie comme l’imitation d’une action noble, qui, en suscitant la pitié et la crainte (ou terreur), opère la catharsis, c’est-à-dire la purgation ou la purification de ces émotions. Le héros tragique idéal n’est ni tout à fait bon ni tout à fait méchant : il tombe dans le malheur à cause d’une erreur (hamartia). Aristote valorise aussi le renversement (péripétie) et la reconnaissance.

La tragédie classique française

Au XVIIe siècle, les théoriciens français, s’appuyant sur Aristote et Horace, fixent des règles qui définissent la tragédie classique :

RègleContenu
Unité d’actionUne seule intrigue principale
Unité de tempsL’action se déroule en vingt-quatre heures au plus
Unité de lieuUn seul lieu (palais, antichambre)
VraisemblanceL’action doit paraître crédible au spectateur
BienséanceNe pas choquer : pas de violence ni de mort sur scène, que l’on raconte dans un récit
FormeCinq actes, en alexandrins
PersonnagesRois, princes, héros de l’Antiquité ou de l’histoire

Boileau résume les trois unités dans son Art poétique (1674) : « Qu’en un lieu, qu’en un jour, un seul fait accompli / Tienne jusqu’à la fin le théâtre rempli. »

Corneille et Racine

Pierre CorneilleJean Racine
ŒuvresLe Cid, Horace, Cinna, PolyeucteAndromaque, Britannicus, Bérénice, Phèdre
HérosVolontaire, maître de soi, qui choisit le devoirVictime de ses passions et de la fatalité
RessortLe dilemme entre honneur et amourLa passion amoureuse destructrice
DénouementParfois heureux, glorieuxLe plus souvent funeste

La Bruyère résume la comparaison : Corneille peint les hommes « comme ils devraient être », Racine les peint « tels qu’ils sont ». Voir Corneille, Racine, Le Cid et Phèdre.

Les ressorts du tragique

  • La fatalité : une force supérieure (les dieux, le destin, la passion) écrase le héros.
  • Le dilemme : le héros doit choisir entre deux exigences également impératives.
  • La démesure (hybris) : l’orgueil du héros provoque sa chute.
  • La lucidité : le héros tragique comprend souvent, trop tard, ce qui lui arrive.

La tragédie après le classicisme

Au XVIIIe siècle, Voltaire écrit encore des tragédies (Zaïre, 1732), mais le genre décline. Les romantiques le remplacent par le drame romantique, qui mêle les tons. Au XXe siècle, des auteurs réinventent la tragédie à partir des mythes antiques : Cocteau (La Machine infernale, 1934), Giraudoux (La guerre de Troie n’aura pas lieu, 1935 ; Électre, 1937), Anouilh (Antigone, 1944), Sartre (Les Mouches, 1943).

Tragédie, drame et comédie

TragédieComédieDrame
PersonnagesNobles, hérosBourgeois, gens ordinairesTous milieux
DénouementMalheureuxHeureuxSouvent malheureux
RegistreTragique, pathétiqueComiqueMélange
ViséeTerreur, pitié, catharsisFaire rire, corriger les mœursÉmouvoir, représenter la vie

Voir la comédie.

Questions fréquentes

Qu’est-ce que la catharsis ?

Selon Aristote, la purgation ou purification des émotions de terreur et de pitié que la tragédie provoque chez le spectateur.

Quelles sont les règles de la tragédie classique ?

Les trois unités (action, temps, lieu), la vraisemblance, la bienséance, cinq actes en alexandrins et des personnages de haut rang.

Quelle est la différence entre tragédie et drame ?

La tragédie classique met en scène des héros nobles dans un registre uniquement tragique, selon des règles strictes ; le drame, né au XVIIIe siècle et développé par les romantiques, mêle les tons et les milieux sociaux.

Une tragédie finit-elle toujours par la mort ?

Le plus souvent, mais pas toujours : Bérénice de Racine s’achève sur une séparation, sans mort. Ce qui compte est l’issue malheureuse et inévitable.

À lire aussi

Genres et analyse : toutes les fiches