Littérature · Genres et analyse
La tragédie
La tragédie est une pièce de théâtre où des personnages de haut rang, aux prises avec le destin ou leurs passions, vont vers une fin malheureuse. Née en Grèce, elle triomphe en France au XVIIe siècle.
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La tragédie est le genre théâtral le plus noble de la tradition occidentale. Elle représente des héros illustres (rois, princes, demi-dieux) confrontés à des conflits insolubles, et provoque chez le spectateur des émotions intenses. Il ne faut pas confondre le genre de la tragédie avec le registre tragique, qui peut se trouver dans un roman ou un poème (voir les registres littéraires).
Les origines grecques
La tragédie naît à Athènes au VIe siècle avant J.-C., lors des fêtes en l’honneur de Dionysos (les Grandes Dionysies), où des auteurs concourent. Elle est issue du chant d’un chœur, auquel s’ajoutent progressivement des acteurs. Trois grands tragiques nous sont parvenus :
| Auteur | Siècle | Œuvres conservées |
|---|---|---|
| Eschyle | Ve siècle av. J.-C. | Les Perses, L’Orestie (trilogie) |
| Sophocle | Ve siècle av. J.-C. | Œdipe roi, Antigone, Électre |
| Euripide | Ve siècle av. J.-C. | Médée, Hippolyte, Les Troyennes |
La catharsis selon Aristote
Dans sa Poétique (IVe siècle av. J.-C.), Aristote définit la tragédie comme l’imitation d’une action noble, qui, en suscitant la pitié et la crainte (ou terreur), opère la catharsis, c’est-à-dire la purgation ou la purification de ces émotions. Le héros tragique idéal n’est ni tout à fait bon ni tout à fait méchant : il tombe dans le malheur à cause d’une erreur (hamartia). Aristote valorise aussi le renversement (péripétie) et la reconnaissance.
La tragédie classique française
Au XVIIe siècle, les théoriciens français, s’appuyant sur Aristote et Horace, fixent des règles qui définissent la tragédie classique :
| Règle | Contenu |
|---|---|
| Unité d’action | Une seule intrigue principale |
| Unité de temps | L’action se déroule en vingt-quatre heures au plus |
| Unité de lieu | Un seul lieu (palais, antichambre) |
| Vraisemblance | L’action doit paraître crédible au spectateur |
| Bienséance | Ne pas choquer : pas de violence ni de mort sur scène, que l’on raconte dans un récit |
| Forme | Cinq actes, en alexandrins |
| Personnages | Rois, princes, héros de l’Antiquité ou de l’histoire |
Boileau résume les trois unités dans son Art poétique (1674) : « Qu’en un lieu, qu’en un jour, un seul fait accompli / Tienne jusqu’à la fin le théâtre rempli. »
Corneille et Racine
| Pierre Corneille | Jean Racine | |
|---|---|---|
| Œuvres | Le Cid, Horace, Cinna, Polyeucte | Andromaque, Britannicus, Bérénice, Phèdre |
| Héros | Volontaire, maître de soi, qui choisit le devoir | Victime de ses passions et de la fatalité |
| Ressort | Le dilemme entre honneur et amour | La passion amoureuse destructrice |
| Dénouement | Parfois heureux, glorieux | Le plus souvent funeste |
La Bruyère résume la comparaison : Corneille peint les hommes « comme ils devraient être », Racine les peint « tels qu’ils sont ». Voir Corneille, Racine, Le Cid et Phèdre.
Les ressorts du tragique
- La fatalité : une force supérieure (les dieux, le destin, la passion) écrase le héros.
- Le dilemme : le héros doit choisir entre deux exigences également impératives.
- La démesure (hybris) : l’orgueil du héros provoque sa chute.
- La lucidité : le héros tragique comprend souvent, trop tard, ce qui lui arrive.
La tragédie après le classicisme
Au XVIIIe siècle, Voltaire écrit encore des tragédies (Zaïre, 1732), mais le genre décline. Les romantiques le remplacent par le drame romantique, qui mêle les tons. Au XXe siècle, des auteurs réinventent la tragédie à partir des mythes antiques : Cocteau (La Machine infernale, 1934), Giraudoux (La guerre de Troie n’aura pas lieu, 1935 ; Électre, 1937), Anouilh (Antigone, 1944), Sartre (Les Mouches, 1943).
Tragédie, drame et comédie
| Tragédie | Comédie | Drame | |
|---|---|---|---|
| Personnages | Nobles, héros | Bourgeois, gens ordinaires | Tous milieux |
| Dénouement | Malheureux | Heureux | Souvent malheureux |
| Registre | Tragique, pathétique | Comique | Mélange |
| Visée | Terreur, pitié, catharsis | Faire rire, corriger les mœurs | Émouvoir, représenter la vie |
Voir la comédie.
Questions fréquentes
Qu’est-ce que la catharsis ?
Selon Aristote, la purgation ou purification des émotions de terreur et de pitié que la tragédie provoque chez le spectateur.
Quelles sont les règles de la tragédie classique ?
Les trois unités (action, temps, lieu), la vraisemblance, la bienséance, cinq actes en alexandrins et des personnages de haut rang.
Quelle est la différence entre tragédie et drame ?
La tragédie classique met en scène des héros nobles dans un registre uniquement tragique, selon des règles strictes ; le drame, né au XVIIIe siècle et développé par les romantiques, mêle les tons et les milieux sociaux.
Une tragédie finit-elle toujours par la mort ?
Le plus souvent, mais pas toujours : Bérénice de Racine s’achève sur une séparation, sans mort. Ce qui compte est l’issue malheureuse et inévitable.