Littérature · Genres et analyse
Le schéma narratif
Le schéma narratif est le découpage d’un récit en cinq étapes : situation initiale, élément perturbateur, péripéties, élément de résolution et situation finale. Il montre comment une histoire passe d’un état à un autre.
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Le schéma narratif (ou schéma quinaire, du latin quinque, « cinq ») est un outil d’analyse qui décrit la structure de base de la plupart des récits. Il a été formalisé par le théoricien Paul Larivaille (1974), dans le prolongement des travaux de Vladimir Propp sur le conte russe (Morphologie du conte, 1928). Une histoire y est vue comme la transformation d’une situation de départ en une situation d’arrivée. Il s’applique au conte, à la nouvelle, au roman et même au cinéma.
Les cinq étapes
| Étape | Rôle | Temps verbal fréquent | Indices |
|---|---|---|---|
| 1. Situation initiale | Présente les personnages, le lieu, l’époque, un état d’équilibre | Imparfait | « Il était une fois », description |
| 2. Élément perturbateur (ou déclencheur) | Événement qui rompt l’équilibre et lance l’action | Passé simple | « Un jour », « soudain », « mais » |
| 3. Péripéties (ou actions) | Suite d’actions, d’épreuves, de rebondissements pour rétablir l’équilibre | Passé simple | Succession d’événements |
| 4. Élément de résolution | Événement qui met fin aux péripéties | Passé simple | « Enfin », « finalement » |
| 5. Situation finale | Nouvel équilibre, différent ou identique à celui du début | Imparfait ou présent | « Désormais », « depuis ce jour » |
Exemple : un conte traditionnel
Prenons Le Petit Chaperon rouge de Perrault (1697) :
- Situation initiale : une petite fille vit dans un village avec sa mère, qui l’aime beaucoup.
- Élément perturbateur : sa mère l’envoie porter une galette et un petit pot de beurre à sa grand-mère malade.
- Péripéties : elle rencontre le loup dans le bois, lui indique où elle va ; le loup prend le chemin le plus court, mange la grand-mère et prend sa place.
- Élément de résolution : le Petit Chaperon rouge arrive et se met au lit avec le loup.
- Situation finale : le loup la dévore. Une morale en vers met en garde les jeunes filles.
Chez Perrault, la fin est tragique ; dans la version des frères Grimm (1812), un chasseur sauve la fillette et la grand-mère.
Exemple : un conte philosophique
Dans Candide de Voltaire :
- Situation initiale : Candide vit heureux au château de Thunder-ten-tronckh et croit que « tout est au mieux ».
- Élément perturbateur : il est chassé du château pour avoir embrassé Cunégonde.
- Péripéties : guerre, tremblement de terre, Inquisition, voyage en Amérique, Eldorado, retour en Europe.
- Élément de résolution : il retrouve Cunégonde et ses compagnons et s’installe dans une métairie.
- Situation finale : il a renoncé à l’optimisme : « il faut cultiver notre jardin ».
Le schéma actantiel
Complémentaire du schéma narratif, le schéma actantiel, proposé par A. J. Greimas (Sémantique structurale, 1966), décrit les forces qui agissent dans un récit à travers six rôles, les actants :
| Actant | Rôle | Exemple (Le Petit Prince) |
|---|---|---|
| Sujet | Le héros qui poursuit une quête | Le petit prince |
| Objet | Ce qu’il recherche | Comprendre ce qui compte vraiment, retrouver sa rose |
| Destinateur | Ce qui pousse le sujet à agir | Le malentendu avec la rose, l’ennui |
| Destinataire | Celui qui bénéficie de la quête | Le petit prince, la rose, l’aviateur |
| Adjuvants | Ceux qui aident le sujet | Le renard, l’aviateur, le serpent (ambigu) |
| Opposants | Ceux qui l’empêchent | Les grandes personnes, la distance, le corps « trop lourd » |
Un actant n’est pas forcément un personnage : ce peut être un sentiment, une idée, un objet. Voir Le Petit Prince.
Ordre du récit et ordre de l’histoire
Le schéma narratif décrit l'ordre chronologique de l’histoire. Mais le récit peut le bouleverser :
- retour en arrière (analepse ou flash-back) : raconter un événement antérieur ;
- anticipation (prolepse) : annoncer un événement futur ;
- début in medias res : commencer au milieu de l’action ;
- ellipse : passer sous silence une période.
Il faut aussi tenir compte du rythme : une scène (temps du récit égal au temps de l’histoire, dialogue), un sommaire (résumé de plusieurs années en quelques lignes), une pause (description).
Les limites du schéma narratif
Le schéma quinaire convient bien aux contes et aux récits classiques, mais beaucoup de romans modernes y échappent : récits sans véritable élément perturbateur, fins ouvertes, structures circulaires ou fragmentées comme dans le Nouveau Roman. Dans un roman long, chaque épisode peut avoir son propre schéma narratif. L’outil sert à comprendre la structure, pas à faire entrer tous les textes dans le même moule. Le narrateur et la focalisation complètent l’analyse (voir narrateur et focalisation).
Questions fréquentes
Quelles sont les 5 étapes du schéma narratif ?
La situation initiale, l’élément perturbateur, les péripéties, l’élément de résolution et la situation finale.
Quelle est la différence entre schéma narratif et schéma actantiel ?
Le schéma narratif décrit les étapes chronologiques de l’histoire ; le schéma actantiel décrit les rôles et les forces (sujet, objet, adjuvants, opposants…) qui agissent dans le récit.
Quels temps utilise-t-on dans un récit au passé ?
L’imparfait pour les descriptions et les actions habituelles (arrière-plan), le passé simple pour les actions ponctuelles qui font avancer l’histoire (premier plan).
La situation finale est-elle toujours heureuse ?
Non. Elle peut être heureuse, malheureuse ou ouverte ; ce qui compte est qu’un nouvel équilibre s’installe, ou que le récit s’arrête.