Aller au contenu
connaissance.org

Littérature · Œuvres

Enfance

Enfance est le récit autobiographique de Nathalie Sarraute, publié en 1983. L’autrice y revit ses premières années, entre la Russie et Paris, dans un dialogue avec une voix intérieure qui la questionne.

Mis à jour le 4 min de lecture

Enfance est le livre le plus lu de Nathalie Sarraute (1900-1999). Publié en 1983, alors que l’autrice a plus de quatre-vingts ans, il retrace son enfance de deux à douze ans environ. Sa singularité tient à sa forme : une autobiographie dialoguée, où la narratrice discute avec un double qui doute, corrige et relance. C’est une œuvre classique de l’étude de l’autobiographie au collège et au lycée. Le texte étant protégé, cette fiche le résume sans le citer.

Le contexte

Sarraute s’est d’abord méfiée de l’autobiographie. Romancière associée au Nouveau Roman, elle a toujours voulu saisir les tropismes, ces mouvements intérieurs infimes qui précèdent les paroles. Enfance applique cette recherche à ses propres souvenirs : il ne s’agit pas de raconter une vie, mais de retrouver des sensations et des émotions vives, sans les figer.

La forme : un récit à deux voix

Dès l’ouverture, une seconde voix interroge la narratrice : veut-elle vraiment évoquer ses souvenirs d’enfance ? N’est-ce pas un signe de vieillesse, ou une manière d’embellir ? Ce double joue le rôle d’une conscience critique : il soupçonne les reconstructions, empêche les phrases trop belles, rappelle les doutes. Le lecteur assiste à la fabrication du souvenir. Cette forme répond à la question centrale de l’autobiographie : peut-on dire la vérité sur soi ?

Résumé : les grandes étapes

Entre deux pays

Les parents de Natacha divorcent quand elle a environ deux ans. Elle vit avec sa mère, qui écrit des contes, à Paris puis en Russie, et fait des séjours chez son père, chimiste, installé à Paris après avoir quitté la Russie. Elle passe des vacances en Suisse et en Russie. Sa mère se remarie avec Kolia.

Les épisodes marquants

Plusieurs scènes sont devenues célèbres :

  • Une gouvernante lui interdit de déchirer un canapé de soie avec des ciseaux ; l’enfant annonce qu’elle va le faire et le fait, éprouvant pour la première fois la transgression.
  • Sa mère lui recommande de mâcher les aliments jusqu’à ce qu’ils soient liquides ; l’enfant obéit scrupuleusement, même loin d’elle, par fidélité.
  • Devant une poupée de coiffeur, elle dit à sa mère qu’elle la trouve plus belle qu’elle : la mère la blâme, et l’enfant découvre la culpabilité d’une simple remarque.
  • Elle connaît des moments de bonheur intense, au jardin du Luxembourg notamment, qu’elle cherche à retrouver sans les nommer trop vite.

Chez le père et Véra

Vers huit ans, sa mère la laisse à Paris, chez son père et sa nouvelle épouse, Véra, avec qui les relations sont difficiles. Une demi-sœur, Lili, naît. L’enfant attend en vain que sa mère la reprenne. Elle se sent étrangère, mal aimée, sans comprendre pourquoi. Elle trouve refuge dans l’école, la lecture et l’écriture, qu’elle aime passionnément.

La fin du récit

Le livre s’achève sur son entrée au lycée Fénelon, vers douze ans, au moment où commence une autre vie.

Les personnages

PersonnageRôle
NatachaL’enfant, sensible et observatrice
La mèreÉcrivaine, distante, souvent absente
Le pèreChimiste, affectueux mais pudique
VéraBelle-mère, jeune et imprévisible
LiliDemi-sœur, née du remariage du père
Le doubleVoix critique qui dialogue avec la narratrice

Les thèmes et pistes d’analyse

La mémoire et la vérité

Le dialogue avec le double montre que le souvenir est toujours reconstruit. Sarraute refuse de combler les trous ou d’expliquer à la place de l’enfant. Elle préfère montrer les hésitations.

Les mots qui blessent

Comme dans son théâtre (Pour un oui ou pour un non), Sarraute s’attache au pouvoir des mots : une phrase de la mère ou de Véra peut rester gravée et provoquer une souffrance durable.

L’abandon et l’amour maternel

L’absence de la mère traverse le livre. L’enfant reste fidèle à des consignes, attend des lettres, espère un retour. La narratrice adulte ne juge pas, mais fait sentir la douleur.

La naissance d’une écrivaine

L’enfant écrit un roman, découvre les livres, apprend le français avec bonheur. Le récit montre la formation d’un rapport passionné au langage.

Questions fréquentes

Qui est le double dans Enfance ?

C’est une seconde voix, celle de la narratrice elle-même qui se dédouble pour questionner ses souvenirs, empêcher les embellissements et dire ses doutes.

Enfance est-il une autobiographie ?

Oui, mais d’un genre particulier : il ne suit pas une chronologie stricte et ne prétend pas tout dire. Il cherche à retrouver des moments et des sensations. Comparer avec La Place d’Annie Ernaux.

Pourquoi Sarraute a-t-elle attendu si longtemps pour écrire Enfance ?

Elle se méfiait des récits de vie, qui risquent de figer et d’embellir les souvenirs. La forme dialoguée lui permet de les évoquer en restant vigilante.

À lire aussi

Œuvres : toutes les fiches