Littérature · Œuvres
Un sac de billes
Un sac de billes est un récit autobiographique de Joseph Joffo publié en 1973. Pendant l’Occupation, deux jeunes frères juifs, Joseph et Maurice, fuient Paris seuls et traversent la France pour échapper aux persécutions nazies.
Mis à jour le 4 min de lecture
Un sac de billes est l’un des témoignages sur l’Occupation les plus lus au collège, notamment en 3e. Joseph Joffo, coiffeur de métier, y raconte trente ans après les faits la fuite qu’il a vécue à dix ans avec son frère Maurice, de 1941 à 1944. Le livre doit sa force au regard de l’enfant : la guerre y est vécue comme une aventure, mais une aventure où l’on risque la mort à chaque instant.
Le contexte
En 1940, la France est vaincue et coupée en deux : la zone occupée par l’armée allemande, au nord, et la zone dite libre, gouvernée par le régime de Vichy, au sud, séparées par la ligne de démarcation. Les Juifs sont soumis à des lois discriminatoires, puis, à partir de 1942, à des rafles et des déportations (voir la rafle du Vél' d’Hiv). En novembre 1942, les Allemands envahissent la zone sud ; le sud-est est d’abord occupé par l’Italie, jusqu’en septembre 1943.
Résumé
Paris et l’étoile jaune
Joseph et Maurice sont les plus jeunes fils d’une famille juive du XVIIIe arrondissement de Paris. Leur père, d’origine russe, tient un salon de coiffure ; il a fui les pogroms dans sa jeunesse. Quand l’étoile jaune devient obligatoire en zone occupée, Joseph, humilié par les moqueries, échange la sienne à un camarade contre un sac de billes. Le père décide alors que ses fils doivent partir seuls rejoindre leurs grands frères en zone libre. Avant leur départ, il leur fait promettre de ne jamais avouer qu’ils sont juifs, quoi qu’il arrive.
Le passage de la ligne
Les deux enfants prennent le train vers le sud-ouest, avec un peu d’argent. Grâce à un passeur, ils franchissent de nuit la ligne de démarcation. Ils arrivent ensuite à Menton, où travaillent leurs frères aînés, puis rejoignent Nice, où leurs parents finissent par les retrouver. Joseph et Maurice font des petits commerces et vivent plusieurs mois presque normalement sous l’occupation italienne, moins dure pour les Juifs.
L’arrestation à Nice
Après le départ des Italiens, les Allemands occupent Nice en septembre 1943. Les deux frères, réfugiés dans un camp de jeunesse, sont arrêtés et conduits à l'hôtel Excelsior, siège de la police allemande, où l’on interroge et examine les suspects. Ils affirment avec obstination qu’ils sont catholiques et nient être juifs. Grâce à leur sang-froid, à leurs mensonges soigneusement préparés et à l’aide d’un prêtre qui leur procure des certificats de baptême, ils sont libérés. Leur père, lui, est arrêté et déporté ; il ne reviendra pas.
La fin de la guerre
Les deux frères se séparent pour plus de sécurité. Joseph travaille dans un village de Haute-Savoie, chez un libraire partisan du maréchal Pétain, sans que celui-ci sache qu’il est juif. À la Libération, il assiste à l’arrestation de ce collaborateur et le protège. Il rentre enfin à Paris, où il retrouve sa mère et ses frères. Le salon de coiffure est rouvert, mais le père n’est plus là.
Les personnages
| Personnage | Rôle |
|---|---|
| Joseph | Narrateur, dix ans au début, débrouillard et courageux |
| Maurice | Son frère aîné de deux ans, protecteur |
| Le père | Coiffeur, sage et ferme, qui organise la fuite ; déporté |
| La mère | Discrète et courageuse, survit à la guerre |
| Henri et Albert | Les frères aînés, réfugiés à Menton |
| Le prêtre de Nice | Aide les enfants à prouver un faux baptême |
| Le libraire | Pétainiste qui emploie Joseph sans connaître sa religion |
Les thèmes
L’enfance face à la guerre
Joseph et Maurice doivent agir en adultes : voyager seuls, gagner leur vie, mentir à la police. Le livre montre une enfance volée, mais aussi l’énergie, l’humour et la débrouillardise des deux garçons.
L’identité
Pour survivre, les enfants doivent cacher qui ils sont. La consigne du père (ne jamais dire qu’ils sont juifs) est la clé du récit. L’étoile jaune échangée contre des billes symbolise le refus d’être réduit à une étiquette.
La fraternité et la famille
Les deux frères se protègent et se soutiennent ; la famille, dispersée, reste un repère. La disparition du père donne au récit sa gravité.
Les Justes et les complices
Le livre montre des Français qui aident (passeurs, prêtre, inconnus) et d’autres qui collaborent ou ferment les yeux. Joffo évite le manichéisme : il décrit même avec nuance le libraire pétainiste.
Le regard de l’enfant
Le récit mêle deux points de vue : celui de l’enfant, qui découvre, s’amuse, a peur, et celui de l’adulte qui se souvient et comprend ce qu’il a vécu. Le ton est souvent léger et plein d’humour, ce qui rend les moments de danger plus saisissants.
Pistes d’analyse pour un élève
- Étudier la scène de l’étoile jaune : que révèle l’échange contre les billes ?
- Analyser l’interrogatoire de l’Excelsior : comment le suspense est-il construit ?
- Relier le récit à l’histoire : ligne de démarcation, zone d’occupation italienne, déportation (voir la Shoah).
- Comparer avec Le Journal d’Anne Frank : deux enfants juifs, l’un caché, l’autre en fuite ; un journal écrit sur le moment, un souvenir écrit trente ans plus tard.
Questions fréquentes
Un sac de billes est-il une histoire vraie ?
Oui, c’est le récit autobiographique de Joseph Joffo, écrit en 1973. Comme tout souvenir rédigé longtemps après, certains détails et dialogues ont été reconstitués.
Pourquoi le livre s’appelle-t-il Un sac de billes ?
Parce qu’au début, Joseph échange son étoile jaune contre un sac de billes. Ce geste d’enfant résume son refus de la discrimination.
Que devient le père de Joseph ?
Il est arrêté à Nice et déporté. Il ne revient pas des camps.
Quel âge a Joseph pendant le récit ?
Il a environ dix ans au début de la fuite et treize ans à la Libération.