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Littérature · Œuvres

La Place

La Place est un récit d’Annie Ernaux publié en 1983. Après la mort de son père, petit commerçant normand, l’autrice retrace sa vie et la distance sociale qui s’est creusée entre eux.

Mis à jour le 4 min de lecture

La Place est le livre qui a fait connaître Annie Ernaux (née en 1940), prix Nobel de littérature 2022. Publié chez Gallimard en 1983, il reçoit le prix Renaudot 1984. En une centaine de pages, l’autrice raconte la vie de son père, ouvrier devenu petit commerçant, et la séparation qu’ont produite entre eux ses études et son entrée dans la bourgeoisie cultivée. C’est un texte majeur de l’écriture de soi contemporaine (voir les genres littéraires) et une œuvre souvent étudiée au lycée.

Résumé

L’ouverture : le CAPES et la mort du père

L'incipit s’ouvre sur l’épreuve pratique du CAPES de lettres que la narratrice passe dans un lycée de Lyon, au printemps 1967. Elle est reçue : elle devient professeure, entrant dans un monde que son père ne connaîtra jamais. Deux mois plus tard, son père meurt, en juin, dans la maison familiale au-dessus du café-épicerie. Elle raconte la veillée, la toilette du mort, l’enterrement, le repas qui suit.

Le projet d’écriture

La narratrice explique qu’elle a d’abord voulu écrire un roman sur son père, puis y a renoncé : la fiction trahirait la réalité d’une vie modeste. Elle choisit de rassembler les paroles, les gestes, les goûts de son père et les faits de sa vie, sans embellir ni mépriser. Elle définit son choix stylistique : « L’écriture plate me vient naturellement », celle qu’elle employait autrefois dans ses lettres à ses parents.

La vie du père

Né au début du XXe siècle dans une famille de paysans pauvres du pays de Caux, le père quitte l’école à douze ans pour travailler dans une ferme. Après son service militaire, il devient ouvrier, puis épouse une ouvrière. Le couple, désireux de s’élever, achète un café-épicerie à Lillebonne, puis s’installe à Yvetot. Le père reste partagé entre fierté et crainte de mal faire : peur de parler incorrectement, gêne devant les gens instruits, souci constant de « tenir sa place ».

La distance

La narratrice, fille unique, fait des études brillantes. Peu à peu, elle adopte les manières, le langage et les goûts de la bourgeoisie. Son père est fier d’elle mais ne la comprend plus. Elle éprouve à la fois de l’amour et une honte dont elle a honte. Son mariage avec un jeune homme de milieu bourgeois accentue la séparation. Le livre se clôt sur un souvenir : une ancienne élève, venue d’un milieu populaire, qui travaille comme caissière dans un supermarché.

Les personnages

PersonnageRôle
Le pèreOuvrier puis petit commerçant, homme pudique et inquiet du regard des autres
La mèreCommerçante énergique, plus ambitieuse, attachée à la culture
La narratriceFille unique, devenue professeure, « transfuge de classe »
Le mari de la narratriceJeune homme d’origine bourgeoise

Les thèmes

La place sociale

Le titre a plusieurs sens : la place que le père a conquise en passant de la ferme au commerce, celle qu’il craint de perdre en se montrant inférieur, celle que la fille a prise en le quittant socialement. La société est hiérarchisée, et chacun y sait où il se tient.

La honte et la trahison

Ernaux décrit la honte sociale, ressentie par le père devant les gens instruits et par la fille devant les manières de ses parents. L’épigraphe de Genet fait de l’écriture une réparation de cette trahison.

Le langage

Le père surveille son langage, la fille apprend une autre langue que celle de sa famille. Ernaux cite en italique les mots et expressions de son milieu d’origine, pour les montrer sans les juger. Le langage est un marqueur de classe.

La mémoire

Le récit sauve de l’oubli une vie ordinaire et, avec elle, la mémoire d’une classe sociale et d’une époque, de la France rurale du début du siècle à la société de consommation.

L’écriture plate

Ernaux refuse le lyrisme, l’émotion appuyée et l’ironie : selon elle, ce serait prendre le parti de la culture dominante contre son père. Elle choisit une écriture neutre, factuelle, faite de phrases courtes et de constats. Cette neutralité n’est pas une froideur : elle est une forme d’éthique et de respect. Elle dit vouloir être à la fois une ethnologue d’elle-même et une écrivaine.

Autobiographie ou sociologie ?

La Place n’est pas une autobiographie au sens classique : la narratrice parle de son père plus que d’elle-même, et le récit cherche le collectif à travers l’individuel. Comme Simone de Beauvoir avant elle, elle lie récit de soi et analyse sociale. Ernaux revendique l’influence du sociologue Pierre Bourdieu, notamment de ses travaux sur la reproduction sociale et la distinction. Elle a ensuite consacré à sa mère Une femme (1988), puis élargi la démarche dans Les Années (2008).

Questions fréquentes

Pourquoi le livre s’appelle-t-il La Place ?

Parce qu’il parle de la place sociale : celle que le père a conquise, celle qu’il craint de perdre, et celle que sa fille a prise en s’éloignant de son milieu.

Qu’est-ce que l’écriture plate ?

Une écriture neutre et factuelle, sans effets littéraires, choisie par Ernaux pour raconter la vie de son père sans l’embellir ni le mépriser.

La Place est-elle une autobiographie ?

C’est un récit autobiographique, mais centré sur le père et sur le milieu social. Ernaux parle d'« auto-socio-biographie », entre récit de soi et analyse sociologique.

Quel livre Annie Ernaux a-t-elle consacré à sa mère ?

Une femme, publié en 1988, qui forme un diptyque avec La Place.

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