Aller au contenu
connaissance.org

Littérature · Œuvres

Bérénice

Bérénice est une tragédie de Jean Racine créée en 1670. Devenu empereur, Titus doit renoncer à la reine Bérénice, qu’il aime et qui l’aime, parce que Rome refuse une reine étrangère.

Mis à jour le 4 min de lecture

Bérénice est une tragédie en cinq actes et en alexandrins de Jean Racine, créée le 21 novembre 1670 à l’Hôtel de Bourgogne. Elle est célèbre pour sa simplicité extrême : aucun mort, presque aucune action, seulement la séparation de deux amants. Une semaine plus tard, Corneille faisait jouer Tite et Bérénice sur le même sujet : le public a préféré Racine. La pièce est souvent étudiée au lycée comme modèle de la tragédie classique.

Le sujet

Racine part d’une phrase de Suétone : Titus renvoya de Rome la reine Bérénice, « malgré lui, malgré elle » (invitus invitam). Titus, fils de l’empereur Vespasien, aimait Bérénice, reine de Palestine (de Judée). Mais la loi de Rome interdit à l’empereur d’épouser une reine étrangère : les Romains haïssent la royauté depuis la chute des rois.

Les personnages

PersonnageRôle
TitusNouvel empereur de Rome, déchiré entre amour et devoir
BéréniceReine de Palestine, aimée de Titus
AntiochusRoi de Commagène, ami de Titus, amoureux secret de Bérénice
PaulinConfident de Titus, voix de Rome
ArsaceConfident d’Antiochus
PhéniceConfidente de Bérénice

Résumé acte par acte

Acte I

Vespasien est mort ; Titus devient empereur. Antiochus, qui aime Bérénice en silence depuis cinq ans, décide de lui avouer son amour avant de quitter Rome, persuadé que Titus va l’épouser. Bérénice l’écoute avec étonnement et le laisse partir.

Acte II

Titus confie à Paulin que Rome n’acceptera jamais une reine pour impératrice. Il a résolu de renvoyer Bérénice, mais ne trouve pas la force de le lui dire. Face à elle, il se trouble, ne prononce que des mots confus et sort. Bérénice s’inquiète.

Acte III

Titus charge Antiochus d’annoncer la nouvelle à Bérénice. Antiochus, déchiré, s’acquitte de cette mission ; Bérénice refuse de le croire et lui ordonne de ne plus paraître devant elle.

Acte IV

Titus affronte enfin Bérénice. C’est la grande scène de la pièce : la reine supplie, s’indigne, désespère. Elle mesure l’horreur de la séparation éternelle : elle demande à Titus s’il mesure, dans ce « pour jamais », « combien ce mot cruel est affreux quand on aime ». Titus tient bon, mais s’effondre après son départ. Le Sénat et le peuple viennent lui rendre hommage.

Acte V

Bérénice a décidé de partir et laisse entendre qu’elle veut mourir. Titus avoue qu’il ne peut vivre sans elle et songe lui aussi au suicide. Antiochus, à son tour, révèle son amour et son désespoir. Bérénice, voyant que Titus l’aime toujours, se résigne : elle partira, et vivra, pour donner l’exemple d’un amour sacrifié. Elle demande à Antiochus de faire de même. La pièce s’achève sur le dernier mot d’Antiochus : « Hélas ! »

La préface : une tragédie sans mort

Dans sa préface, Racine répond à ceux qui jugeaient la pièce trop pauvre en action. Il affirme que l’invention consiste à « faire quelque chose de rien » et qu’il n’est pas nécessaire qu’il y ait du sang et des morts dans une tragédie : il suffit que l’action soit grande, les personnages héroïques, les passions fortes et que tout y ressente la « tristesse majestueuse » qui fait le plaisir de la tragédie.

Les thèmes et pistes d’analyse

L’amour et le devoir

Titus est le héros du sacrifice : il préfère sa gloire et son devoir d’empereur à son bonheur. Mais ce choix n’a rien de triomphal : il est vécu comme une torture. La pièce illustre le conflit classique entre passion et raison d’État.

La parole impossible

Titus ne parvient pas à dire à Bérénice qu’il la renvoie. Le langage est au cœur du drame : silences, mots qui manquent, aveux retardés. L’action est presque entièrement verbale.

Le triangle amoureux

Antiochus aime Bérénice, qui aime Titus, qui l’aime mais doit la quitter. Chacun renonce : la pièce est faite de trois renoncements.

Le respect des règles classiques

Unité de lieu, de temps (une journée) et d’action : Bérénice est l’application la plus pure des règles du classicisme. La bienséance est respectée : aucune violence sur scène.

Questions fréquentes

Pourquoi Titus renvoie-t-il Bérénice ?

Parce que Rome refuse que l’empereur épouse une reine étrangère. Titus place son devoir envers l’État au-dessus de son amour.

Pourquoi Bérénice est-elle une tragédie alors que personne ne meurt ?

Parce que, selon Racine, le tragique naît de la grandeur des personnages et de la violence des passions, non du sang versé. La séparation éternelle est vécue comme une mort.

Quelle est la différence avec Tite et Bérénice de Corneille ?

Corneille insiste sur l’héroïsme et la politique, avec une intrigue plus chargée. Racine concentre tout sur la douleur amoureuse et la simplicité de l’action. Voir aussi Phèdre et Britannicus.

À lire aussi

Œuvres : toutes les fiches