Littérature · Œuvres
Les Contemplations
Les Contemplations est un recueil de Victor Hugo publié en 1856, en exil. Construit autour de la mort de sa fille Léopoldine, il retrace en six livres le chemin d’une âme.
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Les Contemplations est le grand recueil lyrique de Victor Hugo. Publié en avril 1856, simultanément à Paris et à Bruxelles, alors que Hugo vit en exil à Guernesey après le coup d’État de Napoléon III, il rassemble 158 poèmes écrits pour la plupart entre 1830 et 1856. Son succès financier permet à Hugo d’acheter Hauteville House. Le recueil est considéré comme le sommet de la poésie romantique française.
« Les Mémoires d’une âme »
Dans la préface, Hugo présente son livre comme une autobiographie poétique : « Ce livre doit être lu comme on lirait le livre d’un mort. » Il ajoute que, s’il parle de lui, il parle de tous : « Ah ! insensé, qui crois que je ne suis pas toi ! » Il appelle l’ensemble « les Mémoires d’une âme ».
Le recueil pivote autour d’une date : le 4 septembre 1843, jour où sa fille aînée Léopoldine, dix-neuf ans, se noie dans la Seine à Villequier avec son mari, Charles Vacquerie, quelques mois après leur mariage. Un « abîme » sépare les deux volumes.
La structure du recueil
| Volume | Livre | Titre | Contenu |
|---|---|---|---|
| Autrefois | I | Aurore | Jeunesse, amours, souvenirs de collège, combats littéraires |
| Autrefois | II | L’Âme en fleur | Poèmes d’amour, souvent liés à Juliette Drouet |
| Autrefois | III | Les Luttes et les Rêves | Misère sociale, pitié, méditations |
| Aujourd’hui | IV | Pauca meae | Le deuil de Léopoldine |
| Aujourd’hui | V | En marche | Exil, reprise de l’action et de l’espoir |
| Aujourd’hui | VI | Au bord de l’infini | Visions mystiques, mort, Dieu, au-delà |
Pauca meae signifie en latin « quelques vers pour ma fille ». Au début du livre IV, une pièce se réduit à une date, « 4 septembre 1843 », suivie d’une ligne de points : le silence figure l’indicible du deuil.
Les poèmes les plus étudiés
« Demain, dès l’aube… » (IV, 14)
Daté du 3 septembre 1847, veille du quatrième anniversaire de la mort de Léopoldine, il décrit la marche du poète vers la tombe de sa fille :
« Demain, dès l’aube, à l’heure où blanchit la campagne, Je partirai. Vois-tu, je sais que tu m’attends. J’irai par la forêt, j’irai par la montagne. Je ne puis demeurer loin de toi plus longtemps. »
Le lecteur croit d’abord à un rendez-vous amoureux ; la dernière strophe révèle qu’il s’agit d’une tombe, sur laquelle le poète déposera « un bouquet de houx vert et de bruyère en fleur ».
« À Villequier » (IV, 15)
Longue méditation où le poète, révolté puis résigné, s’adresse à Dieu et accepte, sans le comprendre, le deuil qui l’a frappé.
« Réponse à un acte d’accusation » (I, 7)
Hugo revendique la révolution romantique dans la langue : « Je mis un bonnet rouge au vieux dictionnaire. » Il a libéré les mots « roturiers » et l’alexandrin.
« Melancholia » (III, 2)
Un tableau de la misère sociale, avec la célèbre dénonciation du travail des enfants : « Où vont tous ces enfants dont pas un seul ne rit ? »
« Ce que dit la bouche d’ombre » (VI, 26)
Poème visionnaire et philosophique sur l’échelle des êtres, la chute et la rédemption universelle, qui annonce les grands poèmes cosmiques de Hugo.
Les thèmes
- Le deuil : la mort de Léopoldine est la blessure centrale ; le recueil passe de la révolte à l’acceptation.
- Le temps et la mémoire : le recueil oppose un passé heureux à un présent marqué par la perte.
- La nature : lieu de consolation et livre où se lisent les signes de Dieu.
- L’engagement : la misère, la peine de mort, la justice sociale traversent le livre III.
- Le mystère de l’au-delà : les séances de « tables tournantes » de Jersey (1853-1855) nourrissent le livre VI.
Une construction savante
Hugo a souvent antidaté ou modifié les dates des poèmes pour servir la composition : la chronologie affichée est symbolique plus qu’exacte. La symétrie des deux volumes, la place centrale de la date de 1843 et la progression du jour (« Aurore ») vers l'« infini » font du recueil une œuvre architecturée, comparable aux Fleurs du mal, publiées l’année suivante. Pour l’étude formelle, voir la versification.
Questions fréquentes
Quel est le poème le plus célèbre des Contemplations ?
« Demain, dès l’aube… », quatorzième pièce du livre IV, Pauca meae, écrit pour l’anniversaire de la mort de Léopoldine.
Comment est morte Léopoldine Hugo ?
Elle s’est noyée dans la Seine à Villequier, le 4 septembre 1843, lors du chavirement d’une barque. Son mari, Charles Vacquerie, est mort en tentant de la sauver. Hugo l’apprend par un journal, en voyage.
Pourquoi le recueil est-il divisé en Autrefois et Aujourd’hui ?
Parce que la mort de Léopoldine coupe la vie du poète en deux : avant et après 1843. Hugo la compare à un abîme.
Où Hugo a-t-il écrit Les Contemplations ?
En grande partie pendant son exil à Jersey (1852-1855), puis à Guernesey, où il publie le recueil en 1856.