Littérature · Œuvres
La Peste
La Peste est un roman d’Albert Camus publié en 1947. Une épidémie frappe la ville d’Oran, fermée au monde ; le docteur Rieux et quelques hommes luttent contre le fléau, image de toutes les formes du mal.
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La Peste est le deuxième grand roman d'Albert Camus, après L’Étranger. Publié chez Gallimard en juin 1947, il obtient le prix des Critiques et connaît un succès considérable. Il ouvre ce que Camus appelle le cycle de la révolte, avec la pièce Les Justes (1949) et l’essai L’Homme révolté (1951), après le cycle de l’absurde.
Une chronique
Le récit se présente comme une chronique objective, rédigée par un narrateur qui ne se nomme qu’à la fin : c’est le docteur Bernard Rieux. Il a choisi de parler à la troisième personne pour témoigner au nom de tous, en s’appuyant sur ses observations, sur des documents et sur les carnets de Jean Tarrou.
Résumé par parties
Première partie : l’apparition du fléau
Au printemps, des rats viennent mourir en masse dans les rues d’Oran, ville commerçante et sans grâce. Le concierge de Rieux, M. Michel, meurt d’une fièvre étrange. Les cas se multiplient. Les autorités hésitent à nommer la maladie. Rieux et le vieux docteur Castel affirment qu’il s’agit de la peste. Une dépêche officielle ordonne de déclarer l’état de peste et de fermer la ville. La femme de Rieux, malade, est partie se soigner dans un sanatorium avant la fermeture.
Deuxième partie : l’exil
La ville est coupée du monde. Les habitants vivent la séparation et l’exil intérieur. Le journaliste parisien Raymond Rambert, retenu par hasard, cherche par tous les moyens à s’enfuir pour rejoindre la femme qu’il aime. Le père Paneloux, jésuite, prononce un premier sermon : la peste serait un châtiment divin mérité par les habitants. Jean Tarrou, voyageur énigmatique, propose à Rieux d’organiser des formations sanitaires de volontaires. Le modeste employé de mairie Joseph Grand s’y engage.
Troisième partie : l’été de la peste
Au cœur de l’été, l’épidémie atteint son paroxysme. Les morts sont trop nombreux : on les enterre dans des fosses, puis on les brûle. La population sombre dans la routine du malheur et l’indifférence. Cette partie, la plus courte, décrit la vie collective plutôt que les individus.
Quatrième partie : la lutte
Rambert, qui a enfin trouvé un moyen de fuir, décide de rester : il refuse d’être heureux seul. Le fils du juge Othon meurt après une longue agonie, malgré le premier sérum de Castel ; Rieux, révolté, dit à Paneloux qu’il refusera toujours d’aimer une création où des enfants souffrent. Paneloux prononce un second sermon, plus humble, puis meurt d’une maladie mal identifiée. Tarrou raconte à Rieux sa vie : fils d’un avocat général, il a découvert l’horreur de la peine de mort et cherche à devenir une sorte de saint sans Dieu. Les deux hommes partagent un bain de mer nocturne, moment d’amitié.
Cinquième partie : la fin de l’épidémie
En janvier, la peste recule. Tarrou est l’une des dernières victimes ; il meurt chez Rieux. Rieux apprend la mort de sa femme. Les portes de la ville rouvrent en février ; la population fait la fête. Cottard, qui avait prospéré grâce au marché noir et redoutait la fin du fléau, tire sur la foule et est arrêté. Rieux se révèle être le narrateur et conclut que le bacille de la peste ne meurt jamais.
Les personnages
| Personnage | Rôle |
|---|---|
| Bernard Rieux | Médecin, narrateur, homme de devoir et de lucidité |
| Jean Tarrou | Voyageur, organisateur des formations sanitaires, cherche la paix intérieure |
| Raymond Rambert | Journaliste, passe de la fuite à l’engagement |
| Le père Paneloux | Jésuite, figure de la foi face au mal |
| Joseph Grand | Employé modeste, héros obscur, écrit sans fin la première phrase d’un roman |
| Cottard | Trafiquant, profiteur, complice du fléau |
| Castel | Vieux médecin, met au point un sérum |
| M. Othon | Juge d’instruction, dont le fils meurt |
Les interprétations
Une allégorie de l’Occupation
La peste figure le nazisme et l’Occupation : ville fermée, séparations, camps d’isolement, fours, résistance des formations sanitaires, profiteurs du marché noir. Camus le confirme dans sa réponse à Roland Barthes (1955), qui reprochait au roman de faire d’un mal historique un fléau naturel. Voir la Seconde Guerre mondiale.
Le mal en général
Au-delà, la peste représente tout ce qui accable l’homme : la maladie, la mort, la violence, la peine de mort, la souffrance des innocents.
La révolte et la solidarité
Après l’absurde du Mythe de Sisyphe, Camus montre la réponse collective : lutter, même sans espoir de victoire définitive. Rieux ne se veut pas héros : pour lui, lutter contre la peste est une affaire d’honnêteté, c’est-à-dire faire son métier.
Citations clés
- « Déclarez l’état de peste. Fermez la ville. » (la dépêche officielle)
- « Il peut y avoir de la honte à être heureux tout seul. » (Rambert)
- « le bacille de la peste ne meurt ni ne disparaît jamais » (dernière page)
Le roman se clôt sur l’idée que le fléau peut revenir un jour frapper une cité heureuse, et sur la conviction du narrateur qu’il y a dans les hommes plus à admirer qu’à mépriser.
Questions fréquentes
Qui est le narrateur de La Peste ?
Le docteur Bernard Rieux, qui ne révèle son identité qu’à la fin. Il a écrit à la troisième personne pour témoigner objectivement au nom de tous.
Que symbolise la peste ?
D’abord l’Occupation nazie et le totalitarisme, puis plus largement toutes les formes du mal qui frappent les hommes.
Quelle est la différence entre L’Étranger et La Peste ?
L’Étranger illustre l’absurde à travers un individu ; La Peste montre la révolte collective et la solidarité face au mal.
La Peste est-elle tirée d’une épidémie réelle ?
Non. Camus s’est documenté sur les grandes pestes de l’histoire et sur les épidémies qui ont touché l’Algérie, mais l’épidémie du roman, qui fait des milliers de morts, est fictive et symbolique.