Littérature · Œuvres
Le Menteur
Le Menteur est une comédie en cinq actes et en vers de Pierre Corneille, créée vers 1643-1644. Dorante, jeune homme brillant, ment sans cesse pour séduire et briller, jusqu’à se prendre à ses propres pièges.
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Le Menteur est la grande comédie de Pierre Corneille, écrite après ses tragédies Le Cid, Horace et Cinna. Créée au théâtre du Marais à la saison 1643-1644 et publiée en 1644, elle adapte une pièce espagnole de Juan Ruiz de Alarcón, La verdad sospechosa (« La vérité suspecte »). Molière disait lui devoir beaucoup. La pièce est au programme du bac de français (« Le théâtre du XVIIe au XXIe siècle ») avec le parcours « Mensonge et comédie », en voie générale comme en voie technologique.
Les personnages
| Personnage | Rôle |
|---|---|
| Dorante | Jeune homme qui revient de Poitiers, où il a étudié le droit ; menteur virtuose |
| Cliton | Son valet, témoin lucide et amusé de ses mensonges |
| Géronte | Père de Dorante, vieil homme d’honneur |
| Clarice | Jeune fille que Géronte destine à son fils |
| Lucrèce | Amie de Clarice |
| Alcippe | Ami de Dorante, fiancé jaloux de Clarice |
| Philiste | Ami commun de Dorante et Alcippe |
| Sabine et Isabelle | Suivantes des jeunes filles |
Résumé acte par acte
Acte I
Dorante arrive à Paris, décidé à briller. Aux Tuileries, il aborde deux jeunes femmes et s’éprend de la plus belle ; il se fait passer pour un militaire revenu des guerres d’Allemagne, couvert de gloire. Il croit, à tort, que celle qu’il aime s’appelle Lucrèce : en réalité, c’est Clarice. Il apprend ensuite par Alcippe qu’une fête somptueuse a été donnée sur l’eau la veille pour une dame : il prétend l’avoir offerte lui-même, ce qui rend Alcippe fou de jalousie.
Acte II
Géronte annonce à son fils qu’il veut le marier à Clarice. Dorante, qui croit aimer Lucrèce, refuse : il invente sur-le-champ un mariage secret contracté à Poitiers, récit romanesque et détaillé. Alcippe provoque Dorante en duel.
Actes III et IV
Les mensonges s’accumulent. Clarice, qui apprend que le fils de Géronte se prétend marié, décide de le mettre à l’épreuve : lors d’un rendez-vous nocturne sous le balcon de Lucrèce, elle se fait passer pour son amie, et Dorante, qui la prend pour Lucrèce, se ridiculise. Après le duel avec Alcippe, Dorante prétend l’avoir tué ; Alcippe reparaît bien vivant. Géronte, attendri par le faux mariage, veut faire venir de Poitiers sa prétendue belle-fille : Dorante invente qu’elle est enceinte et ne peut voyager. Cliton commente, admiratif et inquiet : « Il faut bonne mémoire, après qu’on a menti. »
Acte V
Géronte découvre la vérité et accable son fils d’une tirade sur l’honneur : un gentilhomme qui ment trahit son rang. Dorante, comprenant que celle qu’il aime est Clarice, déjà promise à Alcippe, déclare soudain aimer Lucrèce. Il épouse finalement Lucrèce ; Clarice épouse Alcippe. Le menteur se tire d’affaire en retournant la situation.
Les thèmes et pistes d’analyse
Le mensonge comme art
Dorante ne ment pas par intérêt, mais par plaisir et par imagination. Ses récits sont de véritables morceaux de bravoure, brillants et précis, comme celui de la fête sur l’eau ou du mariage à Poitiers. Le menteur est un poète et un comédien : il invente des fictions crédibles. C’est le cœur du parcours « Mensonge et comédie ».
Le théâtre dans le théâtre
Mentir, c’est jouer un rôle. Dorante met en scène des histoires, Clarice monte un stratagème pour le démasquer, Cliton commente comme un spectateur. La pièce réfléchit ainsi au théâtre lui-même, comme L’Illusion comique (1636).
Le père et l’honneur
Géronte incarne les valeurs de la noblesse : la parole donnée engage l’honneur. Sa colère au cinquième acte donne à la comédie un moment grave, proche du ton tragique. Mais la pièce ne punit pas vraiment le menteur.
Les quiproquos
Toute l’intrigue repose sur une erreur de nom : Dorante confond Clarice et Lucrèce. Ce quiproquo produit des situations comiques et rend ses mensonges inutiles, voire nuisibles.
Paris, ville du paraître
La pièce montre un Paris moderne, celui des promenades élégantes, où chacun cherche à se faire valoir. Le mensonge est aussi une manière de se fabriquer une identité sociale.
Questions fréquentes
Pourquoi Dorante ment-il ?
Pour briller, séduire, échapper au mariage imposé par son père, et parce qu’il prend plaisir à inventer. Ses mensonges sont souvent gratuits, ce qui le rend comique plutôt que méchant.
Le menteur est-il puni ?
Non. Il est démasqué, mais il retombe sur ses pieds en épousant Lucrèce. La comédie préfère la virtuosité du personnage à une leçon de morale appuyée.
Le Menteur est-il une comédie classique ?
Elle annonce la grande comédie classique de Molière par ses alexandrins et ses caractères, mais garde la liberté et l’inventivité du théâtre baroque. Voir aussi le baroque.