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Littérature · Œuvres

Les Liaisons dangereuses

Les Liaisons dangereuses est un roman épistolaire de Laclos publié en 1782. La marquise de Merteuil et le vicomte de Valmont manipulent leur entourage par jeu, jusqu’à leur propre perte.

Mis à jour le 4 min de lecture

Les Liaisons dangereuses ou Lettres recueillies dans une société et publiées pour l’instruction de quelques autres est l’unique roman de Pierre-Ambroise Choderlos de Laclos (1741-1803), officier d’artillerie. Paru en avril 1782, il connaît un succès de scandale immédiat. Chef-d’œuvre du roman épistolaire, il offre une peinture glaçante du libertinage aristocratique à la veille de la Révolution française.

Les deux préfaces

Le roman s’ouvre sur un « Avertissement de l’éditeur », qui affirme ironiquement que l’ouvrage est un roman et que les mœurs décrites ne sauraient être celles du siècle, puis sur une « Préface du rédacteur », qui prétend avoir seulement classé une correspondance réelle et affirme son utilité morale. Ce double jeu entretient l’ambiguïté : le livre est-il une dénonciation du libertinage ou sa célébration ?

Résumé

Les deux projets

La marquise de Merteuil, veuve respectée en apparence, veut se venger de son ancien amant, le comte de Gercourt, qui l’a quittée. Gercourt doit épouser Cécile de Volanges, quinze ans, tout juste sortie du couvent. Merteuil demande au vicomte de Valmont, son ancien amant et complice, de séduire Cécile avant le mariage, pour ridiculiser Gercourt. Valmont refuse d’abord : il poursuit une conquête plus glorieuse, la présidente de Tourvel, femme pieuse et vertueuse, en séjour chez sa tante, Mme de Rosemonde.

Les manœuvres

Cécile s’éprend du jeune chevalier Danceny, son maître de musique. Merteuil encourage cet amour et en fait l’instrument de ses intrigues. Valmont, découvrant que Mme de Volanges, mère de Cécile, l’a décrit à Mme de Tourvel comme un débauché, décide de se venger en séduisant la jeune fille. Il y parvient par la ruse et la contrainte. Parallèlement, il assiège Mme de Tourvel, qui résiste longtemps, s’enfuit, puis finit par céder.

La rupture

Merteuil, jalouse de l’amour véritable que Valmont semble éprouver pour la présidente, exige qu’il la quitte. Valmont lui envoie, pour qu’elle la recopie, une lettre de rupture d’une froide cruauté, dont chaque paragraphe s’achève par « ce n’est pas ma faute ». Mme de Tourvel, brisée, se retire dans un couvent où elle tombe malade.

La guerre et la chute

Merteuil refuse à Valmont la nuit qu’elle lui avait promise. Les deux complices se déclarent la guerre. Merteuil révèle à Danceny que Valmont a séduit Cécile. Danceny tue Valmont en duel. Avant de mourir, Valmont confie à Danceny les lettres de Merteuil. Mme de Tourvel meurt. La correspondance de Merteuil est divulguée : elle est déshonorée, perd un procès qui la ruine, et la petite vérole la défigure et lui fait perdre un œil. Elle s’enfuit en Hollande. Cécile entre au couvent ; Danceny part pour Malte.

Les personnages

PersonnageRôle
La marquise de MerteuilLibertine dissimulée, stratège, cerveau des intrigues
Le vicomte de ValmontSéducteur célèbre, complice puis rival de Merteuil
La présidente de TourvelFemme vertueuse et dévote, cible de Valmont, victime de l’amour
Cécile de VolangesJeune fille naïve, instrument de la vengeance
Le chevalier DancenyJeune homme sentimental, amoureux de Cécile
Mme de VolangesMère de Cécile, conformiste et aveugle
Mme de RosemondeTante de Valmont, vieille dame sage, dépositaire finale des lettres

La lettre 81

Dans cette lettre célèbre, Merteuil raconte à Valmont comment elle s’est formée seule, dès l’adolescence, à dissimuler ses sentiments, à observer, à maîtriser ses expressions, à apprendre par la lecture et l’expérience. Elle affirme : « je puis dire que je suis mon ouvrage ». Ce portrait d’une femme qui se crée elle-même dans une société qui l’opprime fait de Merteuil un personnage d’une modernité troublante.

Les thèmes

Le libertinage

Héritier du libertinage décrit dans Manon Lescaut ou Dom Juan, le libertinage n’est plus ici une philosophie de la liberté mais une stratégie de domination : séduire, c’est conquérir et détruire. Le vocabulaire militaire (victoire, siège, combat) traverse les lettres.

La manipulation et le pouvoir

Merteuil et Valmont jouent les autres comme des pions. Mais leur rivalité, nourrie d’orgueil, les détruit eux-mêmes : les manipulateurs sont finalement manipulés par leur propre jeu.

La condition des femmes

Merteuil explique que les femmes, à la différence des hommes, ne peuvent se permettre aucune faute visible. Sa duplicité est aussi une arme contre une société inégale. Laclos a d’ailleurs écrit des essais sur l’éducation des femmes.

L’amour vrai

Mme de Tourvel est la seule à aimer vraiment, et elle en meurt. Valmont, malgré lui, semble l’avoir aimée : c’est ce que Merteuil ne lui pardonne pas.

La forme épistolaire

Les 175 lettres, écrites par une dizaine de correspondants, permettent de varier les styles (la naïveté de Cécile, la ferveur de Tourvel, l’ironie de Valmont, la froideur de Merteuil) et de faire voir au lecteur ce que les personnages ignorent. Une lettre peut être lue, interceptée, recopiée, dictée : elle devient elle-même un instrument d’action et de manipulation.

Postérité

Le roman a été adapté au théâtre par Christopher Hampton (1985), puis au cinéma par Roger Vadim (1959), Stephen Frears (1988, d’après Hampton) et Miloš Forman (Valmont, 1989).

Questions fréquentes

Combien de lettres compte Les Liaisons dangereuses ?

175 lettres, réparties en quatre parties, échangées entre une dizaine de personnages.

Comment meurt Valmont ?

Il est tué en duel par le chevalier Danceny, à qui Merteuil a révélé qu’il avait séduit Cécile.

Que devient la marquise de Merteuil ?

Déshonorée par la publication de ses lettres, ruinée par un procès et défigurée par la petite vérole, elle s’enfuit en Hollande.

Les Liaisons dangereuses est-il un roman moral ?

Laclos l’affirme dans sa préface, et les coupables sont punis. Mais la séduction qu’exercent Merteuil et Valmont rend la leçon ambiguë, ce qui explique le scandale.

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