Littérature · Œuvres
Boule de suif
Boule de suif est une nouvelle de Maupassant publiée en 1880. En 1870, une prostituée généreuse est poussée par ses compagnons de voyage à céder à un officier prussien, puis méprisée.
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Boule de suif est la nouvelle qui a révélé Guy de Maupassant. Elle paraît le 16 avril 1880 dans Les Soirées de Médan, recueil collectif de six nouvelles sur la guerre franco-prussienne, réunies autour d'Émile Zola. Flaubert, maître de Maupassant, la juge aussitôt un « chef-d’œuvre ». Il meurt trois semaines plus tard.
Les Soirées de Médan
Les six jeunes écrivains se réunissent chez Zola, dans sa maison de Médan, près de Paris. Ils décident de publier ensemble des récits sur la guerre de 1870, qui rompent avec le patriotisme officiel. Le recueil est un manifeste du naturalisme. C’est la nouvelle de Maupassant qui fait date.
Résumé
La débâcle et le départ
L’armée française en déroute traverse Rouen, que les Prussiens occupent. Quelques bourgeois obtiennent l’autorisation de partir vers Le Havre. Un matin d’hiver, dix voyageurs prennent place dans une diligence : les Loiseau, marchands de vin ; M. et Mme Carré-Lamadon, riches industriels ; le comte et la comtesse Hubert de Bréville, nobles ; deux religieuses ; Cornudet, démocrate et républicain ; et Élisabeth Rousset, une prostituée surnommée Boule de suif pour son embonpoint.
Le panier
Les voyageurs ont d’abord méprisé ouvertement Boule de suif. La neige ralentit la voiture ; personne n’a pensé à emporter de vivres, sauf elle. Affamés, ils acceptent les provisions qu’elle partage généreusement. Une fraternité de circonstance s’installe ; on la trouve même sympathique, surtout quand elle raconte son patriotisme : elle a frappé un soldat prussien.
L’auberge de Tôtes
À l’auberge de Tôtes, un officier prussien retient la diligence. Il ne la laissera repartir que si Boule de suif accepte de passer la nuit avec lui. Elle refuse avec indignation, par patriotisme. Les voyageurs l’approuvent d’abord. Puis les jours passent, et l’impatience se change en hostilité. Ils conspirent pour la faire céder : on cite des exemples historiques de femmes qui se sont sacrifiées, une religieuse affirme que l’intention justifie l’acte. Boule de suif finit par céder.
Le retour
Le lendemain, la diligence repart. Les voyageurs, qui ont obtenu ce qu’ils voulaient, se détournent d’elle avec mépris. Cette fois, chacun a emporté des provisions ; personne ne lui en offre. Boule de suif, qui n’a rien pris dans sa hâte, pleure de faim et d’humiliation, tandis que Cornudet siffle obstinément La Marseillaise.
Les personnages
| Personnage | Classe sociale | Attitude |
|---|---|---|
| Boule de suif | Prostituée | Généreuse, patriote, sacrifiée |
| M. et Mme Loiseau | Commerçants | Vulgaires, rusés, cyniques |
| M. et Mme Carré-Lamadon | Haute bourgeoisie industrielle | Respectables, calculateurs |
| Le comte et la comtesse de Bréville | Noblesse | Distingués, habiles manipulateurs |
| Les deux religieuses | Clergé | Soumises, justifient le sacrifice |
| Cornudet | Démocrate | Républicain de café, lâche et velléitaire |
| L’officier prussien | Occupant | Arrogant, tout-puissant |
Les thèmes
L’hypocrisie bourgeoise
Les « honnêtes gens » se révèlent égoïstes et sans scrupules. Ils exploitent Boule de suif puis la rejettent. La prostituée est le seul personnage moralement digne. Maupassant renverse la hiérarchie morale officielle.
La satire de toutes les classes
La diligence est une société en miniature : noblesse, bourgeoisie, commerce, clergé, républicain. Toutes s’unissent contre la plus faible. La religion elle-même, par la voix d’une religieuse, cautionne le sacrifice.
La guerre
Loin de l’héroïsme, la guerre est faite de déroute, de peur, d’arrangements et de compromissions. La France vaincue s’accommode de l’occupant.
La faim
La nourriture structure la nouvelle : le partage du panier crée une solidarité fragile ; l’absence de partage final révèle l’ingratitude.
Une construction en miroir
La nouvelle est bâtie sur une symétrie : deux voyages, deux repas. À l’aller, Boule de suif partage ; au retour, on la laisse avoir faim. Entre les deux, l’auberge, lieu de la tentation et du sacrifice. Cette construction rigoureuse, la sobriété du narrateur et l’ironie discrète font de Boule de suif un modèle de la nouvelle.
Questions fréquentes
Pourquoi l’appelle-t-on Boule de suif ?
À cause de son embonpoint : elle est ronde et grasse, « petite, ronde de partout ». Son vrai nom est Élisabeth Rousset.
Que veut l’officier prussien ?
Il exige que Boule de suif passe la nuit avec lui. Tant qu’elle refuse, il interdit à la diligence de repartir.
Quelle est la morale de Boule de suif ?
Maupassant ne formule pas de morale, mais la nouvelle dénonce l’hypocrisie des classes respectables, prêtes à sacrifier les plus faibles à leurs intérêts.
Pourquoi Cornudet siffle-t-il La Marseillaise ?
Par une protestation patriotique vaine et ironique : il n’a rien fait pour défendre Boule de suif, et l’hymne souligne l’humiliation de la jeune femme et la lâcheté générale.