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Littérature · Œuvres

Lettres d’une Péruvienne

Les Lettres d’une Péruvienne sont un roman épistolaire de Françoise de Graffigny (1747). Zilia, jeune Inca enlevée et conduite en France, découvre la société française et en fait la critique.

Mis à jour le 3 min de lecture

Les Lettres d’une Péruvienne sont le grand succès de Françoise de Graffigny (1695-1758), femme de lettres lorraine installée à Paris. Ce roman épistolaire paru en 1747, augmenté en 1752, a été l’un des livres les plus lus du XVIIIe siècle. Il est au programme du bac de français (« La littérature d’idées du XVIe au XVIIIe siècle ») avec le parcours « "Un nouvel univers s’est offert à mes yeux" ». Le programme retient l’édition de 1752, avec l’introduction historique et les lettres XXVIII, XXIX, XXX et XXXIV.

Le contexte

Graffigny a connu un mariage malheureux avec un mari violent, dont elle obtient la séparation. Elle fréquente ensuite la cour de Lunéville, séjourne chez Voltaire et Mme du Châtelet à Cirey, puis tient salon à Paris. Son roman s’inscrit dans la mode du regard étranger lancée par les Lettres persanes de Montesquieu (1721) : un personnage venu d’ailleurs observe la France et en révèle les absurdités. Mais l’originalité de Graffigny est de confier ce regard à une femme.

L’introduction historique, ajoutée par l’auteure, rappelle la conquête du Pérou par les Espagnols au XVIe siècle et présente la civilisation des Incas de manière idéalisée, en dénonçant la violence des conquistadors.

Résumé

Zilia, jeune vierge du Soleil promise à l’Inca Aza, est enlevée par les Espagnols lors du sac du temple de Cuzco. Ses premières lettres, adressées à Aza, sont composées avec des quipos, les cordelettes nouées des Incas. Le vaisseau espagnol qui l’emporte est capturé par un navire français, commandé par Déterville, qui tombe amoureux d’elle.

Arrivée en France, Zilia ne comprend ni la langue ni les usages. Elle apprend le français, puis l’écriture, et décrit avec étonnement ce qu’elle découvre : les manières, le luxe, la religion, la place des femmes. Elle est accueillie dans la famille de Déterville, dont la mère est dure, et se lie d’amitié avec sa sœur Céline.

Zilia attend toujours Aza. Elle finit par le retrouver, mais il s’est converti au christianisme en Espagne et va épouser une Espagnole. Désespérée, elle tombe malade. Elle refuse pourtant d’épouser Déterville, à qui elle offre une amitié fidèle, et choisit de vivre seule et indépendante dans une maison de campagne que celui-ci lui a acquise grâce aux trésors du temple du Soleil.

Les lettres au programme

LettresContenu principal
XXVIII à XXXZilia, désormais capable d’écrire en français, observe les mœurs françaises : la vie mondaine, la politesse de façade, la légèreté, le luxe et la vanité
XXXIVCritique de l’éducation des femmes, réduites aux apparences et privées d’instruction

La lettre XXXIV est la plus étudiée : Zilia dénonce une société qui néglige l’esprit des jeunes filles, les élève dans l’ignorance au couvent, puis leur reproche leur frivolité.

Les thèmes et pistes d’analyse

Le regard éloigné

Le procédé du regard naïf permet de voir la France comme un monde étrange. Ce qui paraît naturel aux Français (la galanterie, le luxe, les dettes, la mode) devient incompréhensible et parfois ridicule. Le parcours « Un nouvel univers s’est offert à mes yeux » souligne cet émerveillement mêlé de critique.

La condition des femmes

Zilia observe que les Françaises sont admirées mais méprisées, flattées mais sans droits ni instruction. Graffigny fait de son héroïne une femme qui pense par elle-même. Le refus final du mariage est un choix audacieux pour un roman du XVIIIe siècle.

La critique sociale

Le roman attaque l’inégalité, la vanité de la noblesse, la religion hypocrite, l’argent. Zilia s’étonne qu’on manque du nécessaire dans un pays si riche.

Le langage et l’écriture

Zilia passe des quipos au français : l’apprentissage de la langue est un thème central. Écrire lui permet de garder sa mémoire et de construire une identité nouvelle.

Questions fréquentes

Comment se termine Lettres d’une Péruvienne ?

Abandonnée par Aza, Zilia refuse d’épouser Déterville. Elle lui propose une amitié sincère et choisit une vie indépendante consacrée à la réflexion. La fin heureuse attendue par les lecteurs n’a pas lieu, ce qui a surpris à l’époque.

Quelle différence avec les Lettres persanes ?

Les Lettres persanes font dialoguer plusieurs correspondants, surtout des hommes. Graffigny ne donne qu’une voix, féminine, et mêle critique sociale et roman sentimental.

Qu’est-ce qu’un quipo ?

Un ensemble de cordelettes de couleurs, garnies de nœuds, que les Incas utilisaient pour compter et garder des informations. Graffigny en fait une forme d’écriture.

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