Littérature · Œuvres
Le Chêne et le Roseau
Le Chêne et le Roseau est la dernière fable du livre I de La Fontaine (1668). Le Chêne orgueilleux plaint le Roseau fragile ; mais dans la tempête, le Roseau plie sans rompre et le Chêne est déraciné.
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Le Chêne et le Roseau clôt le premier livre des Fables de La Fontaine. C’est une fable sans animaux : deux végétaux parlent et s’affrontent, l’un symbole de la force, l’autre de la faiblesse. La fable ne donne pas de morale écrite, mais sa leçon est claire : la souplesse résiste mieux à l’adversité que la force rigide et orgueilleuse.
Résumé
Le Chêne s’adresse au Roseau avec une pitié condescendante : la nature a été injuste envers lui, le moindre oiseau est un fardeau pour lui, le moindre vent le fait plier. Le Chêne, au contraire, se compare à une montagne, le Caucase, et brave le soleil et les tempêtes. Il regrette que le Roseau ne soit pas né à l’abri de son feuillage, où il l’aurait protégé.
Le Roseau répond poliment que cette compassion part d’un bon sentiment, mais qu’il n’a pas besoin d’aide : les vents sont moins dangereux pour lui que pour le Chêne. Sa devise : « Je plie, et ne romps pas. » Le Chêne a jusqu’ici résisté aux coups du vent, mais, dit le Roseau, il faut attendre la fin.
À ce moment, du bout de l’horizon, accourt le plus terrible des vents du Nord. L’arbre tient bon, le roseau plie. Le vent redouble d’efforts et finit par déraciner le Chêne, « Celui de qui la tête au Ciel était voisine », et dont les racines touchaient le royaume des morts.
La structure de la fable
| Vers | Étape | Contenu |
|---|---|---|
| 1-17 | Discours du Chêne | Pitié orgueilleuse, comparaison flatteuse avec lui-même |
| 18-24 | Réponse du Roseau | Politesse, refus de la protection, devise et avertissement |
| 25-32 | Le récit de la tempête | Arrivée du vent, résistance du Chêne, déracinement |
Les deux tiers de la fable sont des paroles : le récit ne vient qu’à la fin, et vérifie en quelques vers ce que le Roseau avait annoncé.
Les personnages
| Personnage | Caractère | Symbole |
|---|---|---|
| Le Chêne | Orgueilleux, sûr de sa force, condescendant | Le puissant, le grand seigneur, la rigidité |
| Le Roseau | Modeste, lucide, poli mais ferme | Le faible, l’humble, la souplesse |
Le Chêne se croit généreux, mais sa pitié est une façon d’étaler sa supériorité. Le Roseau, lui, ne se vante pas : il connaît ses limites et sait s’adapter.
La leçon
La fable n’énonce pas de morale. On peut la formuler ainsi :
- la souplesse vaut mieux que la rigidité : mieux vaut plier devant l’épreuve que se briser ;
- l’orgueil précède la chute : le plus grand est aussi le plus exposé ;
- les apparences trompent : celui qui semble faible peut être le plus résistant.
On a aussi lu dans la fable une réflexion politique : les grands, à la cour de Louis XIV, peuvent tomber brutalement, comme le surintendant Fouquet, protecteur de La Fontaine, arrêté en 1661. Mais le texte ne fait aucune allusion explicite.
Le style
- L’hyperbole : le Chêne se compare au Caucase ; sa tête touche le ciel, ses pieds les Enfers.
- Les antithèses : grand / petit, résister / plier, Aquilon (vent du Nord, violent) / Zéphyr (brise douce).
- Le registre épique de la tempête : le vent est personnifié comme le plus terrible des enfants du Nord, ce qui donne au combat une grandeur mythologique (voir les registres).
- Le rythme : l’opposition des deux verbes « L’arbre tient bon ; le Roseau plie » en un seul vers, avant la chute.
- Le dernier vers, ample et majestueux, rend sensible la grandeur du Chêne au moment même où il tombe.
Une fable réécrite
Au XXe siècle, Jean Anouilh a proposé une réécriture où le Chêne refuse la morale du Roseau et revendique sa fierté de rester droit : la souplesse peut aussi passer pour de la lâcheté. Ce débat est un bon sujet de réflexion pour les élèves.
Pistes d’analyse pour un élève
- Comparer les deux discours : longueur, ton, arguments.
- Relever les procédés épiques dans le récit de la tempête.
- Formuler la morale en une phrase et la justifier par le texte.
- Débattre : vaut-il mieux plier ou résister ? La souplesse est-elle toujours une qualité ?
Exercice corrigé
- Quelle phrase du Roseau résume la leçon ? « Je plie, et ne romps pas. »
- Quelle figure dans « Celui de qui la tête au Ciel était voisine » ? Une hyperbole, qui exagère la hauteur du Chêne ; c’est aussi une périphrase pour le désigner.
- Que représentent Aquilon et Zéphyr ? Deux vents de la mythologie : l’Aquilon, vent du Nord violent, et le Zéphyr, brise d’ouest légère.
Questions fréquentes
Quelle est la morale du Chêne et du Roseau ?
Elle n’est pas écrite. La fable montre que la souplesse et la modestie résistent mieux aux épreuves que la force orgueilleuse.
Pourquoi le Chêne est-il déraciné ?
Parce qu’il refuse de plier : sa rigidité offre toute sa prise au vent. Le Roseau, qui plie, laisse passer la tempête.
Le Chêne est-il méchant ?
Pas vraiment : il offre même sa protection. Mais sa pitié est orgueilleuse, et il sous-estime le danger.