Littérature · Œuvres
Ruy Blas
Ruy Blas est un drame de Victor Hugo créé en 1838. Dans l’Espagne du XVIIe siècle, un laquais amoureux de la reine devient Premier ministre sous un faux nom, instrument de la vengeance de son maître Don Salluste.
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Ruy Blas est l’un des chefs-d’œuvre du théâtre de Victor Hugo. Créé le 8 novembre 1838 pour l’inauguration du théâtre de la Renaissance, avec Frédérick Lemaître dans le rôle-titre, il illustre pleinement l’esthétique du drame romantique : mélange du sublime et du grotesque, sujet historique, héros du peuple, alexandrin assoupli.
Résumé acte par acte
Acte I : Don Salluste
Don Salluste de Bazan, grand d’Espagne, est disgracié et exilé par la reine pour avoir séduit une de ses suivantes et refusé de l’épouser. Il prépare sa vengeance. Il cherche d’abord à se servir de son cousin Don César de Bazan, noble ruiné devenu bohème, qui refuse avec mépris. Il se tourne alors vers son laquais, Ruy Blas, ancien étudiant pauvre, qui se trouve être l’ami de César. Découvrant que Ruy Blas aime la reine en secret, Salluste fait disparaître César, présente Ruy Blas à la cour sous le nom de son cousin, et lui ordonne de plaire à la reine.
Acte II : la reine
Doña Maria de Neubourg, reine d’Espagne venue d’Allemagne, s’ennuie dans une cour figée par l’étiquette, délaissée par un roi absent qui chasse. Elle a reçu des lettres et des fleurs d’un inconnu qui risque sa vie pour elle. Elle découvre que c’est Ruy Blas, devenu son écuyer, blessé en franchissant un mur pour lui apporter une fleur.
Acte III : le ministre
Six mois plus tard, Ruy Blas, devenu duc d’Olmedo et ministre, surprend les conseillers du roi en train de se partager les richesses du pays. Il leur adresse une tirade célèbre : « Bon appétit, messieurs ! — Ô ministres intègres ! / Conseillers vertueux ! voilà votre façon / De servir, serviteurs qui pillez la maison ! » La reine, admirative, lui avoue son amour. Mais Don Salluste reparaît en habit de valet et rappelle Ruy Blas à sa condition de laquais.
Acte IV : Don César
Ruy Blas cherche à déjouer le piège de Salluste. Le véritable Don César, échappé de chez les pirates à qui on l’avait vendu, tombe par la cheminée dans la maison secrète où le piège se prépare. Il multiplie les quiproquos comiques et déjoue sans le savoir une partie du plan, avant d’être arrêté.
Acte V : le dénouement
La reine, attirée par un faux billet, vient de nuit retrouver Ruy Blas. Salluste paraît et lui offre un choix : abdiquer et fuir avec son amant, ou être déshonorée en révélant qu’elle aime un laquais. Ruy Blas révèle lui-même sa condition, puis tue Don Salluste. Il s’empoisonne. La reine, qui l’avait rejeté en apprenant la vérité, lui pardonne et l’appelle enfin par son nom. Il meurt sur un « Merci ! ».
Les personnages
| Personnage | Rôle |
|---|---|
| Ruy Blas | Laquais au grand cœur, amoureux de la reine, ministre réformateur |
| La reine (Doña Maria de Neubourg) | Reine délaissée, sensible et sincère |
| Don Salluste de Bazan | Grand seigneur disgracié, vindicatif et machiavélique |
| Don César de Bazan | Cousin de Salluste, noble bohème, personnage comique |
| La duchesse d’Albuquerque | Camerera mayor, gardienne de l’étiquette |
| Don Guritan | Vieux gentilhomme amoureux de la reine |
Les thèmes
Le peuple et les grands
Hugo explique dans sa préface que Ruy Blas représente le peuple, qui aspire à s’élever, tandis que Don Salluste incarne la noblesse corrompue et la reine le pouvoir légitime mais isolé. Le laquais se montre plus digne de gouverner que les grands. L’image célèbre le résume : Ruy Blas est un « ver de terre amoureux d’une étoile » (II, 2).
Le déclin de l’Espagne
La tirade de l’acte III dresse le tableau d’un empire en ruine, pillé par des ministres avides. Hugo y vise aussi, implicitement, les gouvernants de son temps.
L’amour impossible
L’amour entre la reine et le laquais transgresse toutes les hiérarchies. Il est pur, mais condamné par la société.
Le masque et l’identité
Ruy Blas vit sous un faux nom, Salluste se déguise en valet, César revient sous un autre nom : le drame repose sur les identités usurpées.
Le mélange des genres
L’acte IV, presque entièrement comique, illustre le principe de la Préface de Cromwell : mêler le grotesque et le sublime, comme dans la vie. Don César, bohème truculent, fait contrepoint au héros tragique. L’alexandrin, assoupli par les enjambements et les coupes, épouse le naturel du dialogue. Voir le drame romantique et Hernani.
Questions fréquentes
Qui est Ruy Blas ?
Un laquais, ancien étudiant pauvre, amoureux de la reine d’Espagne. Son maître Don Salluste le fait passer pour un noble afin de compromettre la reine.
Que signifie « Bon appétit, messieurs ! » ?
C’est l’apostrophe ironique que Ruy Blas, devenu ministre, adresse aux conseillers qui se partagent les richesses de l’Espagne pendant que le pays agonise.
Comment meurt Ruy Blas ?
Il s’empoisonne après avoir tué Don Salluste, pour ne pas compromettre la reine. Elle lui pardonne avant qu’il meure.
Pourquoi Ruy Blas est-il un drame romantique ?
Il mêle le tragique et le comique, ne respecte ni l’unité de lieu ni l’unité de temps, met en scène l’histoire et donne le premier rôle à un homme du peuple.