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Chrétien de Troyes
Chrétien de Troyes (vers 1135-vers 1185) est un poète champenois du XIIe siècle, inventeur du roman arthurien en français. Ses cinq romans, dont Lancelot, Yvain et Perceval, fondent la littérature chevaleresque européenne.
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Chrétien de Troyes est le plus grand romancier français du Moyen Âge. Actif entre 1160 et 1190 environ à la cour de Champagne puis à celle de Flandre, il a donné sa forme durable à la légende du roi Arthur : la Table ronde, Lancelot amant de la reine Guenièvre, Perceval et le Graal apparaissent chez lui pour la première fois dans une œuvre littéraire de cette ampleur. Ses romans en vers, écrits en « langue romane » et non en latin, comptent parmi les textes fondateurs de la littérature médiévale et du roman occidental.
Une vie presque inconnue
On ne sait presque rien de Chrétien de Troyes en dehors de ce que disent ses prologues. Les dates de naissance (vers 1135) et de mort (vers 1185-1190) sont des estimations. Il se nomme lui-même « Crestiens de Troies » dans Érec et Énide, ce qui le rattache à la ville de Troyes, capitale du comté de Champagne.
Deux protecteurs sont attestés par ses textes :
- Marie de Champagne, fille d’Aliénor d’Aquitaine et de Louis VII, épouse du comte Henri le Libéral. Elle lui fournit, dit-il, la « matière » et le « sens » du Chevalier de la charrette.
- Philippe d’Alsace, comte de Flandre, à qui est dédié le Conte du Graal, resté inachevé, sans doute à la mort de l’auteur.
Le prologue de Cligès indique qu’il avait auparavant adapté des œuvres d’Ovide (dont un Art d’aimer, perdu). Le récit de Philomena, conservé, lui est généralement attribué.
Les cinq romans
| Roman | Date approximative | Héros et sujet |
|---|---|---|
| Érec et Énide | vers 1170 | Le chevalier Érec, accusé de négliger la chevalerie pour sa femme, part en aventure avec elle pour prouver sa valeur |
| Cligès | vers 1176 | Un récit entre Grèce et Bretagne, souvent lu comme une réponse à la légende de Tristan et Iseut |
| Lancelot ou le Chevalier de la charrette | vers 1177-1181 | Lancelot délivre la reine Guenièvre, quitte à monter dans la charrette d’infamie ; roman de l’amour courtois |
| Yvain ou le Chevalier au lion | vers 1177-1181 | Yvain épouse Laudine, l’oublie pour les tournois, sombre dans la folie et se rachète, accompagné d’un lion |
| Perceval ou le Conte du Graal | vers 1181-1190 (inachevé) | Un jeune Gallois naïf devient chevalier et assiste, sans poser de question, au cortège du Graal |
Lancelot et Yvain ont été écrits en parallèle : des épisodes de l’un renvoient à l’autre. Lancelot a été achevé par un autre clerc, Godefroi de Leigni, comme le précise la fin du texte.
Un art nouveau : le roman
La matière de Bretagne
Les poètes médiévaux distinguaient trois « matières » : celle de France (les chansons de geste, comme la Chanson de Roland), celle de Rome (l’Antiquité) et celle de Bretagne (les légendes celtiques autour d’Arthur). Chrétien puise dans cette dernière, connue notamment par l'Historia regum Britanniae de Geoffroy de Monmouth (vers 1136) et son adaptation française, le Roman de Brut de Wace (1155). Chez lui, Arthur est un roi souvent passif : le centre du récit est le chevalier errant.
La conjointure
Dans le prologue d'Érec et Énide, Chrétien revendique d’avoir tiré d’un « conte d’aventure » une « mout bele conjointure », c’est-à-dire un agencement cohérent et signifiant des épisodes. C’est la première théorie française de la composition romanesque : le récit n’est plus une suite d’aventures, mais un parcours qui a un sens.
La forme
Les romans sont écrits en octosyllabes à rimes plates (vers de huit syllabes rimant deux à deux), le vers narratif de l’époque. Chaque roman compte entre 6 000 et 9 000 vers environ. Ils étaient lus à voix haute devant un public de cour.
Les grands thèmes
L’amour courtois et la chevalerie
Le conflit entre l’amour et le devoir chevaleresque structure l’œuvre. Érec néglige les armes pour l’amour (on l’accuse de recreantise) ; Yvain fait l’inverse et perd sa femme. Lancelot pousse la soumission amoureuse jusqu’à l’humiliation : il hésite deux pas avant de monter dans la charrette réservée aux criminels, et la reine le lui reproche. C’est l’idéal de la fin’amor hérité des troubadours.
La quête et l’initiation
Chaque héros connaît une faute, une crise puis une reconquête de soi. Perceval est le roman d’une éducation : le « nice » (naïf) qui ignore jusqu’au nom de chevalier apprend, échoue faute d’avoir demandé à qui l’on sert le Graal, puis doit réparer.
Le Graal
Le mot graal désigne d’abord un plat creux. Chez Chrétien, il apparaît lors d’un cortège mystérieux au château du Roi Pêcheur, sans explication. Ce sont ses continuateurs (les Continuations, Robert de Boron, puis le Lancelot-Graal en prose au XIIIe siècle) qui en feront le vase de la Cène et le récipient du sang du Christ.
Postérité
Chrétien de Troyes est imité et traduit dans toute l’Europe : Hartmann von Aue adapte Érec et Yvain en allemand, Wolfram von Eschenbach écrit son Parzival à partir du Conte du Graal. Les grands cycles en prose du XIIIe siècle, puis Le Morte d’Arthur de Thomas Malory (1485), prolongent sa matière. Wagner s’inspirera de Wolfram pour Parsifal (1882). Aujourd’hui encore, Yvain et Perceval font partie des œuvres étudiées au collège en France.
Questions fréquentes
Quelle est l’œuvre la plus célèbre de Chrétien de Troyes ?
Perceval ou le Conte du Graal, parce qu’il introduit le Graal dans la littérature, et Lancelot ou le Chevalier de la charrette, modèle de l’amour courtois. Yvain est le plus lu dans les classes.
Chrétien de Troyes a-t-il inventé le roi Arthur ?
Non. Arthur apparaît dès le IXe siècle dans des textes latins et gallois, et Geoffroy de Monmouth en fait un grand roi vers 1136. Chrétien invente en revanche plusieurs éléments majeurs : Lancelot amant de Guenièvre, Camelot comme cour d’Arthur et le Graal.
En quelle langue écrivait Chrétien de Troyes ?
En ancien français, dialecte champenois, en vers octosyllabiques. Ses romans se lisent aujourd’hui en traduction moderne ou en édition bilingue.
Pourquoi Perceval est-il inachevé ?
Le texte s’interrompt au milieu d’une aventure de Gauvain. La mort de l’auteur est l’explication la plus souvent retenue. Plusieurs continuateurs ont rédigé des suites au XIIIe siècle.