Littérature · Auteurs
Gérard de Nerval
Gérard de Nerval (1808-1855) est un poète et écrivain romantique français, auteur de Sylvie, des Chimères et d’Aurélia. Il a fait du rêve et de la folie une matière littéraire, annonçant le symbolisme et le surréalisme.
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Gérard de Nerval, de son vrai nom Gérard Labrunie, né à Paris le 22 mai 1808 et retrouvé pendu à Paris le 26 janvier 1855, est le plus mystérieux des écrivains romantiques. Traducteur de Faust, voyageur en Orient, chroniqueur, il traverse à partir de 1841 plusieurs crises de folie qu’il transforme en œuvre. Ses douze sonnets des Chimères et son récit Aurélia, où « le rêve est une seconde vie », ont été revendiqués par les symbolistes, par Proust et par les surréalistes.
Biographie
| Date | Événement |
|---|---|
| 1808 | Naissance à Paris ; son père, Étienne Labrunie, est médecin militaire de la Grande Armée |
| 1810 | Sa mère, partie avec son mari, meurt en Silésie ; il ne la connaîtra jamais. Enfance chez un grand-oncle à Mortefontaine, dans le Valois |
| 1828 | Traduction du Faust de Goethe, saluée par Goethe lui-même |
| 1830 | Participe à la bataille d'Hernani aux côtés de Théophile Gautier ; vie de bohème |
| 1834-1836 | Hérite de son grand-père ; amour sans retour pour l’actrice Jenny Colon ; dilapide son héritage dans une revue de théâtre |
| 1841 | Première crise de folie ; internement à la clinique du docteur Blanche, à Montmartre |
| 1842-1843 | Voyage en Orient (Égypte, Liban, Constantinople) |
| 1851 | Voyage en Orient |
| 1853-1854 | Nouvelles crises et internements chez le docteur Blanche à Passy |
| 1854 | Les Filles du feu, suivies des Chimères |
| 26 janvier 1855 | Retrouvé pendu rue de la Vieille-Lanterne, à Paris, dans le quartier du Châtelet |
| 1855 | Aurélia, publiée en revue, en partie après sa mort |
Le pseudonyme de Nerval vient d’un clos ayant appartenu à sa famille dans le Valois. Il l’adopte vers 1831.
Œuvres principales
| Œuvre | Date | Genre |
|---|---|---|
| Traduction de Faust | 1828 | Traduction |
| Voyage en Orient | 1851 | Récit de voyage |
| Les Nuits d’octobre | 1852 | Récit de flânerie |
| Lorely, souvenirs d’Allemagne | 1852 | Récit de voyage |
| Les Filles du feu | 1854 | Recueil de nouvelles, dont Sylvie, Angélique, Octavie, Isis, et le cycle des Chimères |
| Aurélia ou le Rêve et la Vie | 1855 | Récit autobiographique de la folie |
| Promenades et souvenirs | 1854-1855 | Souvenirs |
Sylvie
Sous-titrée Souvenirs du Valois, cette nouvelle de 1853 raconte comment un jeune Parisien, amoureux d’une actrice, revit dans une nuit d’insomnie son enfance dans le Valois, entre deux figures féminines : la paysanne Sylvie et la mystérieuse Adrienne, entrevue chantant sur une pelouse. Il retourne sur les lieux, mais tout a changé : Sylvie va se marier, Adrienne est morte. Le récit mêle les temps jusqu’à brouiller passé et présent. Proust le jugeait l’un des chefs-d’œuvre de la littérature française ; on y voit une source de la mémoire involontaire de À la recherche du temps perdu.
Les Chimères
Douze sonnets hermétiques publiés à la suite des Filles du feu. Nerval y mêle mythologies antiques, ésotérisme, christianisme et souvenirs personnels. Le premier, « El Desdichado » (« le déshérité », en espagnol), est l’un des poèmes les plus commentés de la langue française :
Je suis le Ténébreux, – le Veuf, – l’Inconsolé, Le Prince d’Aquitaine à la Tour abolie : Ma seule Étoile est morte, – et mon luth constellé Porte le Soleil noir de la Mélancolie.
On rapproche souvent l’image du « soleil noir » de la gravure Melencolia I de Dürer. Les autres sonnets s’intitulent notamment « Myrtho », « Delfica », « Artémis » et le cycle « Le Christ aux Oliviers ». Voir la fiche sur le sonnet.
Aurélia
Le récit s’ouvre sur une phrase célèbre : « Le Rêve est une seconde vie. » Nerval y raconte ses crises, ses visions et ses rêves, liés à la perte d’une femme aimée, Aurélia, inspirée de Jenny Colon. Il ne décrit pas la folie comme une maladie mais comme une descente dans un autre monde, où il cherche la rédemption. C’est l’un des premiers grands textes à explorer l’inconscient de l’intérieur.
Thèmes et style
- Le rêve et la folie, lieux d’une connaissance supérieure.
- La femme idéale, à la fois mère perdue, actrice, sainte et déesse (Isis).
- Le Valois : la région de l’enfance, paysage de la mémoire.
- Le syncrétisme : mythes grecs, égyptiens, chrétiens et ésotériques se confondent.
- L’écriture du souvenir : temps mêlés, transitions insensibles entre réalité et rêverie.
- Le « surnaturalisme » : Nerval emploie le mot dans la dédicace des Filles du feu à Alexandre Dumas pour qualifier ses sonnets. André Breton en fera un précurseur du surréalisme.
Questions fréquentes
Pourquoi Nerval s’est-il suicidé ?
On l’a retrouvé pendu à une grille, à l’aube du 26 janvier 1855, après une nuit de grand froid. Malade, sans domicile et sans argent, il traversait une grave crise. Ses amis ont parfois douté du suicide, mais c’est l’hypothèse retenue.
Que signifie « El Desdichado » ?
« Le déshérité » ou « le malheureux » en espagnol. Nerval reprend une devise de chevalier du roman Ivanhoé de Walter Scott.
Nerval est-il romantique ou symboliste ?
Il appartient à la génération romantique de 1830, mais son goût du symbole, de l’hermétisme et du rêve en fait un précurseur du symbolisme et du surréalisme.
L’anecdote du homard de Nerval est-elle vraie ?
Elle est rapportée par Théophile Gautier : Nerval aurait promené un homard au bout d’un ruban dans les jardins du Palais-Royal. L’histoire, souvent répétée, n’est pas prouvée.