Littérature · Œuvres
La Princesse de Clèves
La Princesse de Clèves est un roman de Mme de Lafayette publié anonymement en 1678. À la cour d’Henri II, une jeune femme mariée sans amour aime le duc de Nemours mais refuse de céder à sa passion.
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La Princesse de Clèves est considérée comme le premier grand roman d’analyse psychologique de la littérature française. Publiée sans nom d’auteur chez Claude Barbin en mars 1678, elle est l’œuvre de Marie-Madeleine Pioche de La Vergne, comtesse de Lafayette (1634-1693), amie de La Rochefoucauld et de Mme de Sévigné. Court, sobre et rigoureux, le roman applique au récit l’idéal classique de clarté et de concentration.
Un roman historique
L’action se situe à la cour des Valois, plus d’un siècle avant la parution. Presque tous les personnages ont existé : Henri II, Diane de Poitiers, Catherine de Médicis, Marie Stuart, le duc de Nemours. Seule l’héroïne est inventée. Le roman s’ouvre sur une phrase célèbre : « La magnificence et la galanterie n’ont jamais paru en France avec tant d’éclat que dans les dernières années du règne de Henri second. » Dans le contexte des guerres de Religion naissantes, les récits enchâssés (histoire de Diane de Poitiers, d’Anne Boleyn, de Mme de Tournon) montrent que la cour est un lieu de passions dangereuses et d’apparences trompeuses.
Résumé
Première partie : le mariage et la rencontre
Mlle de Chartres, seize ans, d’une beauté parfaite, paraît à la cour. Sa mère, Mme de Chartres, l’a élevée dans la méfiance de la galanterie et le goût de la vertu. Elle épouse le prince de Clèves, qui l’aime passionnément ; elle a pour lui estime et reconnaissance, mais pas d’amour. Au bal des fiançailles de Claude de France, le roi lui demande de danser avec un gentilhomme qui entre : c’est le duc de Nemours, l’homme le plus séduisant de la cour. Ils se reconnaissent sans avoir été présentés. Une passion réciproque naît.
Deuxième partie : la mort de la mère
Mme de Chartres, mourante, devine l’amour de sa fille et l’exhorte à se retirer de la cour plutôt que de tomber. Mme de Clèves, privée de son guide, lutte seule. Nemours vole sous ses yeux un portrait d’elle ; elle le voit et se tait, ce qui vaut un aveu.
Troisième partie : l’aveu
Une lettre d’amour perdue, attribuée à Nemours, rend Mme de Clèves jalouse et lui révèle la force de sa passion. Retirée dans sa maison de campagne de Coulommiers, elle fait à son mari un aveu inouï : elle aime un autre homme et lui demande de l’aider à s’éloigner de la cour. Nemours, caché, entend la scène. L’aveu se répand à la cour, ce qui sème la défiance entre les époux.
Quatrième partie : le refus
Henri II meurt d’un coup de lance reçu lors d’un tournoi (1559). M. de Clèves fait espionner sa femme à Coulommiers ; Nemours y vient la nuit et la contemple, seule, nouant des rubans autour d’une canne des Indes qui lui a appartenu, devant un tableau du siège de Metz où il figure. Mal informé, M. de Clèves croit à une trahison et meurt de chagrin. Libre, Mme de Clèves avoue son amour à Nemours, mais refuse de l’épouser : par devoir envers la mémoire de son mari et pour préserver son repos, menacé par une passion qu’elle sait périssable. Elle se retire une partie de l’année dans un couvent et meurt jeune : « et sa vie, qui fut assez courte, laissa des exemples de vertu inimitables ».
Les personnages
| Personnage | Rôle |
|---|---|
| Mme de Clèves (Mlle de Chartres) | Héroïne vertueuse, déchirée entre passion et devoir |
| Le prince de Clèves | Mari aimant et jaloux, meurt de chagrin |
| Le duc de Nemours | Séducteur célèbre, sincèrement épris |
| Mme de Chartres | Mère et éducatrice morale de l’héroïne |
| Le vidame de Chartres | Oncle de l’héroïne, lié à l’épisode de la lettre perdue |
| Henri II, Diane de Poitiers, la reine dauphine | Figures historiques de la cour |
Les thèmes
La passion, un danger
Chez Mme de Lafayette, comme chez Racine, l’amour est une force qui trouble la raison et conduit au malheur. La cour en offre mille exemples. L’héroïne cherche à rester maîtresse d’elle-même.
L’apparence et la vérité
La cour est un théâtre où tout se voit et se commente. Le roman multiplie les regards, les signes, les secrets surpris. L’aveu est un acte de sincérité absolue dans un monde de dissimulation.
Le repos et la vertu
Le refus final est le cœur du roman. Mme de Clèves ne renonce pas seulement par morale : elle sait que la passion de Nemours, comblée, ne durerait pas, et préfère la tranquillité de l’âme au bonheur incertain. On y lit l’influence du pessimisme moral de La Rochefoucauld et du jansénisme.
L’écriture
Le style est d’une grande sobriété : vocabulaire abstrait, litotes, phrases équilibrées. Le narrateur analyse les mouvements intérieurs avec précision. Le roman, bref, se concentre sur une seule intrigue, comme une tragédie. Il marque un tournant dans l’histoire du roman, loin des longs romans héroïques du début du siècle.
Réception
Dès sa parution, la scène de l’aveu divise : le Mercure galant lance une enquête auprès de ses lecteurs pour savoir si Mme de Clèves a eu raison de se confier à son mari. Valincour publie des Lettres critiques (1678). L’attribution du roman à Mme de Lafayette, longtemps discutée (on a évoqué la collaboration de La Rochefoucauld et de Segrais), est aujourd’hui admise.
Questions fréquentes
Pourquoi la princesse de Clèves refuse-t-elle d’épouser Nemours ?
Par fidélité à la mémoire de son mari, dont elle se sent responsable de la mort, et pour préserver son repos face à une passion qu’elle juge destinée à s’éteindre.
Qu’est-ce que la scène de l’aveu ?
À Coulommiers, Mme de Clèves avoue à son mari qu’elle aime un autre homme, sans le nommer, pour qu’il l’aide à rester vertueuse. Nemours, caché, entend tout.
La princesse de Clèves a-t-elle existé ?
Non. L’héroïne est fictive, mais la plupart des personnages qui l’entourent sont historiques.
Qui a écrit La Princesse de Clèves ?
Mme de Lafayette, bien que le livre ait paru sans nom d’auteur et qu’elle ne l’ait jamais publiquement revendiqué.