Littérature · Œuvres
Thérèse Raquin
Thérèse Raquin est un roman d’Émile Zola publié en 1867. Thérèse et son amant Laurent noient Camille, le mari de la jeune femme, puis sont détruits par le remords jusqu’à leur double suicide.
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Thérèse Raquin est le premier roman important d'Émile Zola, écrit avant le cycle des Rougon-Macquart. Paru d’abord en feuilleton dans la revue L’Artiste sous le titre Un mariage d’amour (1867), puis en volume chez Lacroix, il fait scandale par sa violence et sa sensualité. Zola y expérimente la méthode qui deviendra le naturalisme.
Résumé
Un mariage sans amour
Thérèse, fille d’un capitaine et d’une mère indigène morte en Algérie, est élevée par sa tante, Mme Raquin, mercière à Vernon, avec son cousin Camille, enfant maladif et égoïste. Mme Raquin les marie. La famille s’installe à Paris, dans une boutique de mercerie sombre et humide du passage du Pont-Neuf. Camille travaille dans une administration de chemins de fer ; Thérèse s’étiole derrière le comptoir. Le jeudi soir, des habitués (le vieux Michaud, ancien commissaire, son fils Olivier, l’employé Grivet) viennent jouer aux dominos.
La passion et le meurtre
Camille ramène un ancien camarade, Laurent, fils de paysan, peintre raté, sanguin et paresseux. Laurent et Thérèse deviennent amants. Pour se retrouver librement, ils décident de supprimer Camille. Lors d’une promenade en barque sur la Seine, à Saint-Ouen, Laurent le jette à l’eau ; en se débattant, Camille le mord au cou. La noyade passe pour un accident. Laurent se rend chaque jour à la Morgue jusqu’à reconnaître le cadavre décomposé.
Le mariage et le remords
Après plus d’un an, les habitués, poussés par les deux complices, convainquent Mme Raquin de marier Thérèse à Laurent. Mais dès la nuit de noces, le cadavre de Camille s’interpose entre eux : hallucinations, terreurs nocturnes, haine réciproque. La morsure au cou de Laurent brûle. Laurent reprend la peinture : tous ses portraits ressemblent à Camille. Il finit par tuer le chat François, dont le regard semble le juger.
La vengeance muette
Mme Raquin, frappée de paralysie, devient muette et immobile. Elle surprend une dispute des époux et apprend la vérité. Un jeudi, elle parvient à tracer du doigt sur la table : « Thérèse et Laurent ont… », puis sa main retombe. Son regard devient l’unique châtiment des meurtriers.
La fin
Les époux se battent, s’accusent, pensent chacun à tuer l’autre : Thérèse avec un couteau, Laurent avec de l’acide prussique. Se découvrant mutuellement, ils comprennent, et boivent ensemble le poison. Ils meurent l’un sur l’autre sous les yeux de Mme Raquin, qui les contemple longuement.
Les personnages
| Personnage | Rôle |
|---|---|
| Thérèse | Jeune femme au tempérament nerveux, longtemps étouffé |
| Laurent | Amant de Thérèse, tempérament sanguin, meurtrier |
| Camille | Mari de Thérèse, chétif, victime |
| Mme Raquin | Mère de Camille, tante de Thérèse, témoin paralysé |
| Michaud, Olivier, Grivet | Habitués des jeudis, aveugles à tout |
| François | Le chat de la maison, regard accusateur |
La préface : un roman expérimental
Attaqué pour « littérature putride » dans Le Figaro par Louis Ulbach (sous le pseudonyme de Ferragus), Zola répond dans la préface de 1868, véritable manifeste :
« J’ai voulu étudier des tempéraments et non des caractères. »
Il explique avoir choisi des personnages « souverainement dominés par leurs nerfs et leur sang » et avoir fait « sur deux corps vivants le travail analytique que les chirurgiens font sur des cadavres ». Le roman se veut une expérience scientifique : réunir un tempérament nerveux (Thérèse) et un tempérament sanguin (Laurent), et observer les effets d’un crime sur leur organisme.
Les thèmes
Le déterminisme physiologique
Les personnages n’agissent pas par choix moral mais sous l’effet de leurs nerfs, de leur sang et de leur milieu. Le remords lui-même est décrit comme un désordre physique plutôt qu’un sentiment religieux.
Le milieu
Le passage du Pont-Neuf, sombre, humide, sépulcral, enferme les personnages. La description initiale donne le ton : la boutique est déjà un tombeau. Ce lien entre lieu et destin annonce L’Assommoir et Germinal.
Le crime et le châtiment
Il n’y a ni police ni justice : la punition vient de l’intérieur. Le cadavre de Camille, le regard de Mme Raquin et le chat font office de tribunal.
L’eau et la mort
La Seine, la noyade, la Morgue, les corps décomposés : le roman est hanté par des images macabres qui choquèrent le public.
Postérité
Zola en tire une pièce de théâtre (1873). Le roman a été adapté au cinéma, notamment par Jacques Feyder (1928) et par Marcel Carné (Thérèse Raquin, 1953, avec Simone Signoret).
Questions fréquentes
Comment meurent Thérèse et Laurent ?
Ils s’empoisonnent ensemble à l’acide prussique, après avoir compris que chacun voulait tuer l’autre.
Pourquoi Thérèse Raquin est-il un roman naturaliste ?
Parce que Zola y étudie, selon sa préface, des « tempéraments » soumis à l’hérédité physiologique et au milieu, avec une méthode qui se veut scientifique.
Thérèse Raquin fait-il partie des Rougon-Macquart ?
Non. Il est antérieur au cycle, dont le premier volume, La Fortune des Rougon, paraît en 1871.
Que signifie la morsure de Camille ?
C’est la trace physique du crime, qui ne guérit jamais et brûle Laurent : le remords s’inscrit dans le corps.