Littérature · Œuvres
Le Rouge et le Noir
Le Rouge et le Noir est un roman de Stendhal publié en 1830. Il retrace l’ascension et la chute de Julien Sorel, fils de charpentier ambitieux, dans la France de la Restauration, jusqu’à son exécution.
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Le Rouge et le Noir est le premier grand roman de Stendhal (Henri Beyle). Publié en novembre 1830 chez Levavasseur (l’édition porte la date de 1831), il peint la société française de la fin de la Restauration à travers le destin d’un jeune homme pauvre et ambitieux. Peu compris à sa parution, il est aujourd’hui l’un des piliers du roman réaliste et du roman d’apprentissage.
La genèse : un fait divers
Stendhal s’inspire de l'affaire Berthet, rapportée par la Gazette des tribunaux : en 1827, Antoine Berthet, fils d’artisan, ancien séminariste et précepteur, tire sur son ancienne maîtresse, Mme Michoud, dans l’église de Brangues (Isère). Il est guillotiné en 1828. Stendhal fait de ce drame obscur le symptôme d’une époque où le talent des jeunes gens pauvres ne trouve plus d’issue.
Résumé
Livre premier : la province
Julien Sorel, fils d’un charpentier de Verrières, est un garçon fragile, cultivé, méprisé par son père et ses frères. Il admire en secret Napoléon et lit le Mémorial de Sainte-Hélène. Grâce à sa connaissance du latin, le maire, M. de Rênal, l’engage comme précepteur de ses enfants. Julien séduit Mme de Rênal, d’abord par défi, puis l’aime sincèrement. Une lettre anonyme menace de révéler la liaison ; Julien doit partir.
Il entre au séminaire de Besançon, monde d’hypocrisie et de délations, où il trouve un protecteur en l’abbé Pirard, janséniste austère. Avant de quitter la province, il retourne une nuit chez Mme de Rênal.
Livre second : Paris
L’abbé Pirard le fait engager comme secrétaire du marquis de La Mole, grand seigneur ultra. Julien découvre l’ennui des salons aristocratiques et la morgue de la noblesse. Mathilde de La Mole, fille du marquis, fière et romanesque, s’éprend de lui ; leur relation est une guerre d’orgueil. Mathilde est enceinte. Le marquis, furieux, finit par anoblir Julien (« chevalier de La Vernaye »), lui donne un brevet de lieutenant de hussards et consent au mariage.
Tout s’effondre avec une lettre de Mme de Rênal, dictée par son confesseur, qui présente Julien comme un intrigant séducteur. Julien rentre à Verrières et tire sur elle pendant la messe. Elle n’est que blessée. En prison, Julien comprend qu’il n’a aimé qu’elle ; Mme de Rênal lui pardonne et lui rend visite. Au procès, il refuse de se défendre et accuse les jurés bourgeois de vouloir punir en lui un paysan révolté. Il est guillotiné. Mathilde ensevelit sa tête de ses mains ; Mme de Rênal meurt trois jours après lui.
Les personnages
| Personnage | Rôle |
|---|---|
| Julien Sorel | Héros ambitieux, sensible, partagé entre calcul et passion |
| Mme de Rênal | Femme du maire, tendre et pieuse, premier amour de Julien |
| M. de Rênal | Maire de Verrières, vaniteux, obsédé par l’argent |
| L’abbé Pirard | Directeur du séminaire, protecteur austère |
| Le marquis de La Mole | Aristocrate parisien, employeur de Julien |
| Mathilde de La Mole | Fille du marquis, orgueilleuse, éprise d’héroïsme |
| Valenod | Directeur du dépôt de mendicité, bourgeois parvenu et rival |
| Fouqué | Ami fidèle de Julien, marchand de bois |
Le sens du titre
Stendhal n’a jamais expliqué son titre. L’interprétation la plus répandue oppose le rouge de l’uniforme militaire, voie de l’ascension sous Napoléon, au noir de la soutane, seule carrière ouverte à un jeune homme pauvre sous la Restauration. D’autres lectures y voient le sang et le deuil, ou les couleurs de la roulette, image d’un destin joué au hasard.
Les thèmes
L’ambition et l’hypocrisie
Julien veut « parvenir » dans une société bloquée. Il fait de l’hypocrisie une arme, se compose un personnage et vit chaque relation comme une bataille. Son drame est que sa sensibilité contredit sans cesse son calcul.
La satire sociale
Le roman dresse un tableau critique de la France de 1830 : bourgeois de province âpres au gain, clergé intrigant, aristocratie qui s’ennuie et redoute une nouvelle révolution. Le sous-titre revendique cette valeur de chronique.
L’amour
Deux amours s’opposent : l’amour-passion, simple et vrai, avec Mme de Rênal ; l’amour de tête, fait de vanité et de défi, avec Mathilde. Stendhal avait analysé ces formes dans son essai De l’amour (1822).
Le bonheur et la vérité de soi
En prison, délivré de l’ambition, Julien découvre enfin le bonheur. La fin du roman fait de la mort acceptée une forme de liberté.
Le style de Stendhal
- Un style sec et rapide, qui refuse l’emphase romantique ; Stendhal disait lire le Code civil pour prendre le ton.
- La focalisation interne : nous suivons les pensées de Julien, souvent avec une ironie affectueuse du narrateur (voir la focalisation).
- Les interventions du narrateur, qui commente et parfois feint de s’excuser de ses personnages.
- La théorie du roman-miroir : « Un roman : c’est un miroir qu’on promène le long d’un chemin » (épigraphe du chapitre XIII du livre I, attribuée à Saint-Réal).
Questions fréquentes
Pourquoi Julien tire-t-il sur Mme de Rênal ?
Parce que sa lettre ruine son mariage avec Mathilde et son ascension. Le geste est impulsif, mêlant vengeance et désespoir ; Stendhal ne l’explique pas entièrement.
Julien Sorel est-il un héros romantique ?
Il en a l’exaltation, la solitude et l’admiration pour Napoléon, mais le roman l’observe avec une lucidité ironique propre au réalisme. C’est un personnage de transition entre romantisme et réalisme.
Que signifie le rouge et le noir ?
Selon l’interprétation dominante, l’armée (rouge) et l’Église (noir), les deux voies d’ascension sociale. Stendhal n’a laissé aucune explication.
Quel est le lien avec Le Père Goriot ?
Les deux romans racontent l’entrée d’un jeune provincial ambitieux dans la société parisienne. Rastignac, dans Le Père Goriot, choisit de jouer le jeu ; Julien finit par le refuser.