Arts · Peintres et sculpteurs
Vermeer
Johannes Vermeer (1632-1675) est un peintre hollandais de Delft, célèbre pour ses scènes d’intérieur baignées de lumière, comme La Jeune Fille à la perle et La Laitière. On ne lui attribue qu’environ 35 tableaux.
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Johannes Vermeer, baptisé le 31 octobre 1632 à Delft et inhumé dans la même ville le 15 décembre 1675, est l’un des maîtres du Siècle d’or hollandais. Contemporain de Rembrandt, il a peint une œuvre très réduite — environ 35 tableaux aujourd’hui attribués — presque entièrement consacrée à des scènes calmes d’intérieurs domestiques. Oublié pendant près de deux siècles, il a été redécouvert vers 1860 et compte aujourd’hui parmi les peintres les plus admirés au monde.
Repères chronologiques
| Date | Événement |
|---|---|
| 31 octobre 1632 | Baptême à Delft ; son père est tisserand de soie, aubergiste et marchand d’art |
| 1653 | Épouse Catharina Bolnes, issue d’une famille catholique ; admis à la guilde de Saint-Luc de Delft |
| vers 1655 – 1657 | Premières peintures d’histoire, puis premières scènes de genre |
| 1662 – 1663 | Élu doyen de la guilde (de nouveau en 1670 – 1671) |
| 1672 | « Année du désastre » : invasion française, effondrement du marché de l’art |
| 15 décembre 1675 | Inhumation à Delft, laissant onze enfants et de lourdes dettes |
| 1866 | Le critique français Théophile Thoré-Bürger publie les articles qui le redécouvrent |
Une vie mal connue
On sait très peu de chose de Vermeer : aucune lettre, aucun journal, aucun portrait identifié. Les archives de Delft documentent son mariage, ses dettes et ses fonctions à la guilde des peintres, dont il est élu doyen à deux reprises, preuve de son estime locale. On ignore qui fut son maître.
Il peint lentement, deux ou trois tableaux par an, pour un petit cercle d’amateurs ; le collectionneur Pieter van Ruijven aurait acquis une part importante de sa production. Il vit dans la maison de sa belle-mère, Maria Thins, avec une famille nombreuse. La guerre franco-hollandaise de 1672 ruine le marché de l’art ; Vermeer meurt brusquement à 43 ans, endetté.
Le style de Vermeer
La lumière
La lumière du jour entre presque toujours par une fenêtre située à gauche et glisse sur les murs blancs, les étoffes, les visages. Vermeer rend ses reflets avec une précision inégalée, y compris par de petits points lumineux (pointillés de lumière) sur le pain, le métal ou les perles.
Le silence et l’immobilité
Ses personnages, souvent une femme seule, lisent une lettre, versent du lait, pèsent des perles, jouent d’un instrument. Le temps semble suspendu. Ces scènes de genre ont parfois une portée morale ou symbolique discrète : balance du jugement, lettre d’amour, tableau dans le tableau.
Les couleurs
Vermeer emploie abondamment le bleu outremer naturel, tiré du lapis-lazuli, pigment alors plus coûteux que l’or, associé au jaune de plomb-étain : c’est le duo de la Laitière et de la Jeune Fille à la perle.
La composition
Ses intérieurs sont construits avec une rigueur géométrique : carrelages en damier, cadres, cartes murales, perspective exacte. Des trous d’épingle retrouvés au point de fuite de plusieurs tableaux montrent qu’il tendait un fil pour tracer les lignes de fuite. Il a peut-être utilisé une chambre noire (camera obscura), hypothèse débattue fondée sur certains effets optiques (flous, halos).
Œuvres majeures de Vermeer
| Titre | Date | Lieu de conservation |
|---|---|---|
| Le Christ chez Marthe et Marie | vers 1654 – 1655 | National Gallery of Scotland, Édimbourg |
| L’Entremetteuse | 1656 | Gemäldegalerie Alte Meister, Dresde |
| La Liseuse à la fenêtre | vers 1657 – 1659 | Gemäldegalerie Alte Meister, Dresde |
| La Ruelle | vers 1657 – 1658 | Rijksmuseum, Amsterdam |
| La Laitière | vers 1658 – 1659 | Rijksmuseum, Amsterdam |
| Vue de Delft | vers 1660 – 1661 | Mauritshuis, La Haye |
| La Femme en bleu lisant une lettre | vers 1662 – 1664 | Rijksmuseum, Amsterdam |
| La Femme à la balance | vers 1662 – 1664 | National Gallery of Art, Washington |
| La Jeune Fille à la perle | vers 1665 | Mauritshuis, La Haye |
| L’Art de la peinture | vers 1666 – 1668 | Kunsthistorisches Museum, Vienne |
| L’Astronome | 1668 | Musée du Louvre, Paris |
| La Dentellière | vers 1669 – 1670 | Musée du Louvre, Paris |
| La Lettre d’amour | vers 1669 – 1670 | Rijksmuseum, Amsterdam |
Le Concert (Isabella Stewart Gardner Museum, Boston) a été volé en 1990 et n’a jamais été retrouvé.
La Jeune Fille à la perle
Ce n’est pas un portrait mais une tronie, étude de tête de fantaisie, genre prisé en Hollande. Une jeune fille au turban bleu et jaune se retourne vers le spectateur, lèvres entrouvertes, devant un fond sombre (à l’origine un rideau vert, aujourd’hui disparu par altération des pigments). La grosse « perle », faite de deux touches de blanc, est peut-être en verre ou en étain poli. Le modèle est inconnu. Le roman de Tracy Chevalier (1999) et son adaptation au cinéma (2003) en ont fait une icône.
La redécouverte
Après sa mort, Vermeer tombe dans l’oubli ; plusieurs de ses tableaux sont vendus sous le nom d’autres peintres. Au XIXe siècle, le critique et républicain exilé Théophile Thoré-Bürger publie en 1866 une étude qui lui rend son œuvre. Marcel Proust admirait la Vue de Delft, dont le « petit pan de mur jaune » fait mourir l’écrivain Bergotte dans À la recherche du temps perdu. Au XXe siècle, le faussaire Han van Meegeren vendit de faux Vermeer, dont un à Hermann Göring, avant d’être démasqué en 1945.
Questions fréquentes
Combien de tableaux Vermeer a-t-il peints ?
On lui attribue aujourd’hui entre 34 et 37 tableaux selon les spécialistes, ce qui en fait l’un des peintres les plus rares de l’histoire.
Où voir des Vermeer en France ?
Au musée du Louvre, qui possède La Dentellière et L’Astronome.
Qui est la jeune fille à la perle ?
On l’ignore. Le tableau n’est pas un portrait commandé mais une tronie, une tête de fantaisie ; aucun document n’identifie le modèle.
Vermeer utilisait-il une chambre noire ?
C’est possible mais non prouvé. Certains effets optiques le suggèrent, mais aucun document ne l’atteste et aucune lentille n’a été trouvée dans son inventaire après décès.