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Arts · Peintres et sculpteurs

Nicolas Poussin

Nicolas Poussin (1594-1665) est le plus grand peintre français du XVIIe siècle et le modèle du classicisme. Installé à Rome, il peint des sujets antiques, bibliques et des paysages d’une grande rigueur.

Mis à jour le 4 min de lecture

Nicolas Poussin, né en juin 1594 aux Andelys, en Normandie, et mort à Rome le 19 novembre 1665, est le peintre fondateur du classicisme français. Il a passé presque toute sa carrière à Rome, loin de la cour, peignant pour un cercle d’amateurs érudits des tableaux de taille moyenne, longuement médités. Sa peinture vise la clarté, l’ordre et l’expression juste des passions : elle deviendra la référence de l’Académie royale de peinture et, jusqu’à Cézanne, un modèle pour les peintres français.

Repères chronologiques

DateÉvénement
juin 1594Naissance aux Andelys (Normandie)
vers 1612Part pour Paris ; formation auprès de peintres secondaires
1622Rencontre le poète italien Marino, qui l’encourage à partir pour Rome
1624S’installe à Rome
1628 – 1629Le Martyre de saint Érasme, pour la basilique Saint-Pierre
vers 1628 – 1630Première version des Bergers d’Arcadie
1630Épouse Anne-Marie Dughet
vers 1638 – 1640Seconde version des Bergers d’Arcadie (Louvre)
1640 – 1642Séjour forcé à Paris, nommé premier peintre du roi par Louis XIII
1642Retour définitif à Rome
1660 – 1664Les Quatre Saisons, pour le duc de Richelieu
19 novembre 1665Mort à Rome

Une carrière romaine

Fils d’une famille modeste de Normandie, Poussin apprend son métier à Paris de façon décousue, en copiant les gravures d’après Raphaël et les antiques des collections royales. À trente ans, il gagne Rome, capitale artistique de l’Europe. Après des débuts difficiles, il est soutenu par Cassiano dal Pozzo, secrétaire du cardinal Barberini, collectionneur et archéologue, qui lui ouvre les milieux savants.

Poussin renonce vite aux grandes commandes d’église, où règne le baroque exubérant, pour peindre des tableaux de chevalet destinés à des amateurs cultivés, souvent français : le banquier Pointel, le fonctionnaire Paul Fréart de Chantelou. Sa correspondance avec eux est une source majeure sur sa pensée.

Louis XIII et Richelieu l’obligent à revenir à Paris en 1640 pour décorer la Grande Galerie du Louvre. Poussin, mal à l’aise dans les intrigues de cour et en conflit avec Simon Vouet, repart dès 1642 et ne quittera plus Rome.

Le style de Poussin

Peindre pour l’esprit

Pour Poussin, un tableau doit se lire. Chaque geste, chaque visage exprime une passion précise, chaque élément de la composition a un sens. Il prépare ses toiles avec de petites figurines de cire disposées dans une boîte éclairée, pour régler la lumière et les groupes.

L’ordre classique

Ses compositions sont construites comme des bas-reliefs antiques : figures disposées en frise, architecture régulière, équilibre des masses. Le dessin prime sur la couleur, même si sa palette, héritée de Titien dans les années 1620 – 1630, reste riche.

Le paysage idéal

Dans sa maturité, Poussin invente avec Claude Lorrain le paysage classique : une nature ordonnée, des ruines et des temples, où de petites figures illustrent un récit antique ou biblique. Les Quatre Saisons en sont le sommet.

La théorie des modes

Poussin explique à Chantelou qu’un tableau doit adopter un « mode », comme en musique antique : grave, gai, sévère, selon le sujet. C’est l’une des premières théories modernes de l’expression en peinture.

Les Bergers d’Arcadie

Dans la version du Louvre, quatre bergers découvrent un tombeau portant l’inscription latine Et in Arcadia ego (« Moi aussi, je suis en Arcadie »). C’est la Mort qui parle : même dans le pays idéal du bonheur pastoral, elle est présente. La composition en frise, la femme drapée à l’antique et la lumière dorée font de ce tableau un manifeste du classicisme.

Œuvres majeures de Nicolas Poussin

TitreDateLieu de conservation
La Mort de Germanicus1627Minneapolis Institute of Art
Le Martyre de saint Érasme1628 – 1629Pinacothèque vaticane, Rome
L’Inspiration du poètevers 1630Musée du Louvre, Paris
L’Enlèvement des Sabinesvers 1634 – 1635Metropolitan Museum of Art, New York
Les Bergers d’Arcadie (seconde version)vers 1638 – 1640Musée du Louvre, Paris
Les Sept Sacrements (seconde série)1644 – 1648Scottish National Gallery, Édimbourg
Paysage avec les funérailles de Phocion1648Musée national de Cardiff
Autoportrait1650Musée du Louvre, Paris
Les Quatre Saisons1660 – 1664Musée du Louvre, Paris

L’héritage

À partir de 1667, les conférences de l’Académie royale font de Poussin le modèle à imiter ; la querelle entre « poussinistes », partisans du dessin, et « rubénistes », partisans de la couleur, agite la fin du siècle (voir Rubens). Le néoclassicisme de Jacques-Louis David se réclame de lui. Cézanne aurait voulu « refaire Poussin sur nature ». Le Louvre possède la plus riche collection de ses œuvres au monde.

Questions fréquentes

Pourquoi Poussin a-t-il vécu à Rome ?

Rome était la capitale artistique de l’Europe, riche en antiques et en œuvres de Raphaël, et disposait d’un milieu d’amateurs savants qui convenait à sa peinture réfléchie. Il s’y est senti plus libre qu’à la cour de France.

Que signifie « Et in Arcadia ego » ?

« Moi aussi, je suis en Arcadie. » La phrase est généralement comprise comme prononcée par la Mort : elle rappelle que le bonheur, même idéal, est mortel.

Où voir des tableaux de Poussin ?

Au musée du Louvre, qui en conserve une quarantaine, ainsi qu’au musée Condé de Chantilly. À l’étranger, Londres, Édimbourg, Madrid, Saint-Pétersbourg et New York en possèdent des ensembles importants.

Poussin est-il baroque ou classique ?

Il vit en pleine époque baroque, mais il en est l’antithèse : il est le modèle même du classicisme, fondé sur l’ordre, la raison et l’antique.

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