Arts · Peintres et sculpteurs
Giotto
Giotto di Bondone (vers 1267-1337) est un peintre et architecte florentin. Ses fresques de la chapelle Scrovegni à Padoue rompent avec l’art byzantin et donnent aux figures volume, poids et émotion.
Mis à jour le 5 min de lecture
Giotto di Bondone, né vers 1267 dans la région de Florence (le Mugello, selon la tradition) et mort à Florence le 8 janvier 1337, est considéré comme le premier grand peintre de la peinture occidentale moderne. Au moment où l’Italie peint encore « à la grecque », selon des formules byzantines plates et dorées, il place des personnages solides dans un espace crédible et leur donne des sentiments humains. Dante, Boccace et plus tard Vasari voient en lui celui qui a fait renaître la peinture : il est le point de départ de ce qui deviendra la Renaissance.
Repères chronologiques
| Date | Événement |
|---|---|
| vers 1267 | Naissance dans le Mugello, près de Florence |
| vers 1280 | Formation, selon la tradition, auprès de Cimabue |
| années 1290 | Cycle de la vie de saint François attribué à Giotto, basilique supérieure d’Assise (attribution débattue) |
| vers 1303 – 1305 | Fresques de la chapelle Scrovegni (chapelle de l’Arena), Padoue |
| vers 1310 | Vierge d’Ognissanti, Florence |
| vers 1320 – 1325 | Chapelles Bardi et Peruzzi, église Santa Croce, Florence |
| 1328 – 1333 | Séjour à Naples au service du roi Robert d’Anjou |
| 1334 | Nommé maître d’œuvre de la cathédrale de Florence ; dessine le campanile |
| 8 janvier 1337 | Mort à Florence |
Une vie entre légende et archives
On connaît Giotto par quelques documents (contrats, achats de terres, procès) et surtout par des récits plus tardifs. Selon une anecdote rapportée par Vasari au XVIe siècle, Cimabue l’aurait découvert enfant, dessinant un mouton sur une pierre. Une autre raconte qu’il aurait prouvé son talent au pape en traçant à main levée un cercle parfait : le « O de Giotto ». Ces histoires sont invérifiables, mais elles disent la réputation immense dont il jouissait.
Giotto est en effet un peintre célèbre de son vivant, ce qui est rare au Moyen Âge. Il dirige un atelier important, travaille à Assise, Padoue, Rome, Florence, Naples et Milan, et devient un homme aisé. Dante le cite dans la Divine Comédie comme celui qui a éclipsé Cimabue. À la fin de sa vie, la ville de Florence lui confie le chantier de la cathédrale ; le campanile qu’il dessine, achevé après sa mort par Andrea Pisano puis Francesco Talenti, porte toujours son nom.
Le style de Giotto
Des corps qui ont un poids
Les figures de Giotto ne flottent plus sur un fond d’or : elles reposent sur le sol, ont des volumes massifs, des drapés lourds qui épousent le corps. Le modelé par l’ombre et la lumière leur donne une présence sculpturale, proche de celle des sculpteurs gothiques Nicola et Giovanni Pisano.
Un espace pour l’histoire
Giotto construit de petites scènes de théâtre : rochers, architectures en coupe, intérieurs ouverts. La perspective n’est pas encore mathématique — elle le sera un siècle plus tard avec Brunelleschi — mais l’espace devient lisible et cohérent.
L’émotion humaine
C’est sa plus grande nouveauté. Dans la Lamentation sur le Christ mort de Padoue, les anges hurlent de douleur, saint Jean se penche bras écartés, des personnages vus de dos encadrent le corps : le spectateur est placé dans la scène. Les regards, les gestes, les silences racontent l’histoire sans texte.
La fresque
Giotto travaille surtout à fresque (buon fresco), peinture à l’eau sur enduit frais, posée par journées de travail successives. Il emploie aussi la tempera sur bois pour les retables et les grands crucifix. Voir les techniques de peinture.
La chapelle Scrovegni
Commandée par le riche Padouan Enrico Scrovegni, la chapelle est entièrement peinte vers 1303 – 1305. Sur les murs se déroulent, en registres superposés, la vie de Joachim et Anne, la vie de la Vierge et la vie et la Passion du Christ ; le mur d’entrée porte un grand Jugement dernier. Le bleu intense de la voûte étoilée unifie l’ensemble.
La chapelle est inscrite au patrimoine mondial de l’Unesco depuis 2021, avec les autres cycles de fresques du XIVe siècle de Padoue.
Œuvres majeures de Giotto
| Titre | Date | Lieu de conservation |
|---|---|---|
| Légende de saint François (28 scènes, attribution débattue) | années 1290 | Basilique supérieure Saint-François, Assise |
| Crucifix peint | vers 1290 – 1300 | Basilique Santa Maria Novella, Florence |
| Saint François recevant les stigmates | vers 1295 – 1300 | Musée du Louvre, Paris |
| Fresques de la chapelle Scrovegni | vers 1303 – 1305 | Chapelle Scrovegni, Padoue |
| Vierge d’Ognissanti (Maestà) | vers 1310 | Galerie des Offices, Florence |
| Polyptyque Stefaneschi (avec l’atelier) | vers 1320 | Pinacothèque vaticane, Rome |
| Fresques des chapelles Bardi et Peruzzi | vers 1320 – 1325 | Santa Croce, Florence |
| Campanile de la cathédrale (projet) | à partir de 1334 | Florence |
L’héritage de Giotto
Après sa mort, ses élèves prolongent sa manière pendant des décennies, au point qu’on parle de « giottesques ». Au début du XVe siècle, Masaccio reprend sa leçon de gravité et de volume et l’unit à la perspective nouvelle : c’est le véritable lancement de la Renaissance florentine, que prolongeront Botticelli, Léonard de Vinci et Michel-Ange. Ce dernier a d’ailleurs copié des figures de Giotto dans sa jeunesse.
Giotto se situe ainsi à la charnière entre l'art gothique et la Renaissance : par sa date, il appartient au Moyen Âge ; par son regard, il annonce la peinture moderne.
Questions fréquentes
Pourquoi Giotto est-il important ?
Parce qu’il rompt avec la convention byzantine : il peint des corps en volume, un espace crédible et des émotions humaines. Les historiens de l’art le considèrent comme le fondateur de la peinture occidentale moderne.
Où voir les fresques de Giotto ?
Principalement à la chapelle Scrovegni de Padoue (visite sur réservation, en petits groupes), à la basilique Santa Croce de Florence et, si l’on suit l’attribution traditionnelle, à la basilique supérieure d’Assise. Le Louvre conserve un retable de saint François signé.
Giotto a-t-il peint les fresques d’Assise ?
La question est débattue depuis plus d’un siècle. La tradition et une partie des spécialistes les lui attribuent, d’autres y voient l’œuvre d’autres peintres, notamment pour des raisons de style et de technique. Aucun document d’époque ne tranche.
Giotto est-il un peintre de la Renaissance ?
Pas au sens strict : il travaille un siècle avant la Renaissance florentine. On le qualifie plutôt de précurseur, ou de peintre de la « proto-Renaissance ».