Philosophie · Grands philosophes
Les présocratiques
Les présocratiques sont les premiers philosophes grecs, actifs aux VIe et Ve siècles av. J.-C. Ils cherchent à expliquer la nature par un principe rationnel, l’arkhè, plutôt que par les mythes.
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On appelle présocratiques les penseurs grecs antérieurs à Socrate (469-399 av. J.-C.) ou ses contemporains qui n’ont pas suivi son orientation morale. Le terme est moderne : il s’impose au XIXe siècle, notamment avec le recueil de l’Allemand Hermann Diels, Les Fragments des présocratiques (1903), complété par Walther Kranz. Ces penseurs vivent pour la plupart non pas à Athènes, mais en Ionie (côte de l’actuelle Turquie) et en Grande-Grèce (Italie du Sud, Sicile). Leur point commun : chercher dans la nature elle-même (phusis) l’explication de ce qui existe.
Une œuvre connue par fragments
Aucun ouvrage présocratique ne nous est parvenu en entier. Nous connaissons leur pensée par deux types de sources, rassemblées dans l’édition Diels-Kranz (abrégée DK) :
- les fragments (B) : citations littérales conservées par des auteurs postérieurs (Aristote, Plutarque, Sextus Empiricus, Simplicius, Clément d’Alexandrie) ;
- les témoignages (A) : résumés et commentaires de leurs doctrines, souvent par Aristote et son école.
Cette transmission indirecte explique que l’interprétation de nombreux fragments reste discutée.
Les principaux présocratiques
| Penseur | Cité | Repères | Principe ou thèse |
|---|---|---|---|
| Thalès | Milet | v. 625-v. 547 av. J.-C. | Tout vient de l’eau |
| Anaximandre | Milet | v. 610-v. 546 | L'apeiron, l’illimité |
| Anaximène | Milet | VIe s. | L’air, qui se condense et se raréfie |
| Pythagore | Samos, puis Crotone | v. 570-v. 495 | Les nombres, structure du monde |
| Xénophane | Colophon | v. 570-v. 475 | Critique des dieux anthropomorphes |
| Héraclite | Éphèse | v. 540-v. 480 | Le devenir, l’unité des contraires, le logos |
| Parménide | Élée | v. 515-v. 450 | L’être est, le non-être n’est pas |
| Zénon | Élée | v. 490-v. 430 | Paradoxes contre le mouvement |
| Empédocle | Agrigente | v. 490-v. 430 | Quatre éléments, Amour et Haine |
| Anaxagore | Clazomènes, puis Athènes | v. 500-v. 428 | L’Intellect (noûs) ordonne le mélange |
| Leucippe et Démocrite | Abdère | Ve s. | Les atomes et le vide |
Les dates sont approximatives : elles reposent souvent sur la notion antique d'akmè (l’apogée d’un homme, placée vers 40 ans).
L’école de Milet : les premiers physiciens
Thalès est traditionnellement considéré comme le premier philosophe. On lui attribue la prédiction d’une éclipse de soleil (souvent datée de 585 av. J.-C.) et l’idée que l’eau est le principe de toutes choses. Anaximandre, son disciple, juge qu’aucun élément particulier ne peut être le principe : celui-ci doit être l'apeiron, l’illimité, indéterminé, d’où naissent les contraires. Anaximène revient à un élément, l’air, dont la condensation et la raréfaction produisent les autres corps.
Leur apport décisif tient moins à leurs réponses qu’à leur démarche : expliquer le monde par des causes naturelles et soumettre ces explications à la discussion.
Pythagore et les pythagoriciens
Pythagore fonde à Crotone une communauté à la fois religieuse, morale et savante. Il n’a rien écrit et sa figure est vite devenue légendaire. Les pythagoriciens pensent que les nombres sont la structure de la réalité : ils découvrent par exemple les rapports numériques simples des intervalles musicaux (octave 2/1, quinte 3/2, quarte 4/3). Ils croient aussi à la transmigration des âmes. L’attribution à Pythagore lui-même du théorème qui porte son nom n’est pas établie (voir le théorème de Pythagore).
Héraclite et Parménide : le devenir et l’être
Les deux penseurs les plus commentés posent un problème qui traverse toute la philosophie. Pour Héraclite, tout change, et le réel est fait de la tension des contraires réglée par un logos. Pour Parménide, le changement est impensable : l’être est un, immobile, et les sens nous trompent. Son disciple Zénon d’Élée défend cette thèse par des paradoxes (Achille et la tortue, la flèche) qui prétendent montrer que le mouvement est contradictoire.
Les pluralistes et les atomistes
Après Parménide, plusieurs penseurs cherchent à sauver le changement sans admettre que quelque chose naisse du néant :
- Empédocle pose quatre « racines » éternelles (terre, eau, air, feu), unies par l’Amour et séparées par la Haine ;
- Anaxagore imagine un mélange originel de toutes choses, mis en ordre par l’Intellect (noûs) ; accusé d’impiété à Athènes pour avoir dit que le soleil est une pierre incandescente, il doit s’exiler ;
- Leucippe et Démocrite affirment que tout est composé d'atomes indivisibles se mouvant dans le vide. Cette doctrine sera reprise par Épicure et fonde le matérialisme antique.
Pourquoi les présocratiques comptent
Les présocratiques inventent une manière nouvelle de penser : rationnelle, argumentée, critique. Ils posent des questions qui restent ouvertes : qu’est-ce qui demeure sous le changement ? Les sens sont-ils fiables ? Le monde est-il un ou multiple ? Platon et Aristote les discutent constamment, et Nietzsche ou Heidegger voient en eux une pensée originelle que la métaphysique aurait ensuite recouverte. Sur le contexte, voir la Grèce antique.
Questions fréquentes
Qui est le premier philosophe ?
Selon la tradition, rapportée notamment par Aristote, c’est Thalès de Milet (VIe siècle av. J.-C.), parce qu’il est le premier à chercher un principe naturel unique de toutes choses.
Les présocratiques ont-ils tous vécu avant Socrate ?
Non. Démocrite, par exemple, est un contemporain de Socrate et lui a sans doute survécu. Le terme désigne une orientation de pensée (la recherche sur la nature) plus qu’une stricte chronologie.
Pourquoi les appelle-t-on aussi « physiciens » ?
Parce qu’ils étudient la phusis, la nature. Aristote les nomme phusikoi ou phusiologoi, ceux qui parlent de la nature.
Que reste-t-il de leurs œuvres ?
Uniquement des fragments et des témoignages transmis par des auteurs ultérieurs. Le plus long ensemble conservé est le poème de Parménide, dont il reste environ 160 vers.