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Philosophie · Grands philosophes

Henri Bergson

Henri Bergson (1859-1941) est un philosophe français, prix Nobel de littérature 1927. Il oppose le temps vécu, la durée, au temps mesuré des sciences, et l’intuition à l’intelligence.

Mis à jour le 4 min de lecture

Henri Bergson, né à Paris le 18 octobre 1859 et mort dans la même ville le 4 janvier 1941, fut le philosophe français le plus célèbre de son temps. Ses cours au Collège de France attiraient une foule mondaine ; il reçut le prix Nobel de littérature en 1927. Sa pensée part d’une intuition simple : le temps que nous vivons, la durée, n’est pas le temps des horloges et des équations, découpé en instants identiques. Notre intelligence, faite pour agir sur la matière, spatialise tout ; seule l'intuition permet de saisir la vie et l’esprit dans leur mouvement.

Repères biographiques

DateÉvénement
1859Naissance à Paris, d’un père musicien polonais juif et d’une mère anglaise
1878-1881École normale supérieure ; agrégation de philosophie
1881-1897Professeur de lycée (Angers, Clermont-Ferrand, Paris)
1889Thèse : Essai sur les données immédiates de la conscience
1896Matière et mémoire
1900Professeur au Collège de France (jusqu’en 1921) ; Le Rire
1907L’Évolution créatrice, succès international
1914Élu à l’Académie française
1922Préside la Commission internationale de coopération intellectuelle de la Société des Nations (ancêtre de l’Unesco)
1927Prix Nobel de littérature
1932Les Deux Sources de la morale et de la religion
1941Mort à Paris, sous l’Occupation

Œuvres principales

ŒuvreDateApport
Essai sur les données immédiates de la conscience1889Durée, liberté, critique de la mesure des états psychiques
Matière et mémoire1896Rapport du corps et de l’esprit ; deux formes de mémoire
Le Rire1900Le comique, « du mécanique plaqué sur du vivant »
L’Évolution créatrice1907Élan vital, intelligence et instinct
L’Énergie spirituelle1919Conférences : conscience et vie, l’âme et le corps
Les Deux Sources de la morale et de la religion1932Société close et société ouverte
La Pensée et le Mouvant1934Méthode : l’intuition

Les idées clés

La durée

Les sciences traitent le temps comme une ligne faite d’instants juxtaposés et mesurables, c’est-à-dire comme de l'espace. Mais le temps vécu est une durée : une continuité où chaque moment se prolonge dans le suivant, comme les notes d’une mélodie se fondent en un tout. La durée est qualitative, hétérogène, irréversible. On ne peut pas l’accélérer : « si je veux me préparer un verre d’eau sucrée, j’ai beau faire, je dois attendre que le sucre fonde » (L’Évolution créatrice, chapitre I).

La liberté

Le déterminisme suppose que nos états de conscience sont des choses distinctes, causes les unes des autres. Mais dans la durée, nos états se pénètrent : l’acte libre est celui qui émane de notre personnalité tout entière, comme le fruit mûr se détache de l’arbre. La liberté est un fait, que l’on ne peut définir sans la spatialiser.

Mémoire et cerveau

Matière et mémoire distingue deux mémoires : la mémoire-habitude, inscrite dans le corps (réciter une leçon apprise par cœur), et la mémoire pure, qui conserve intégralement le passé sous forme de souvenirs singuliers (la lecture de la leçon tel jour). Le cerveau n’est pas le réservoir des souvenirs : c’est un organe de sélection, qui laisse passer ceux qui sont utiles à l’action présente. Voir la mémoire.

L’élan vital

Dans L’Évolution créatrice, Bergson refuse à la fois le mécanisme (l’évolution comme assemblage de variations accidentelles) et le finalisme (l’évolution comme réalisation d’un plan). La vie est un élan créateur, qui se divise en lignes divergentes : la torpeur végétale, l’instinct (qui culmine chez les insectes), l’intelligence (chez l’homme). Voir évolution des espèces.

Apport à la théorie de la connaissance

Intelligence et intuition

L'intelligence est faite pour fabriquer des outils : l’homme est homo faber avant d’être homo sapiens. Elle découpe le réel en objets solides, stables et séparés, et le langage, qui fixe des étiquettes générales, renforce cette tendance. Elle réussit dans les sciences de la matière, mais « l’intelligence est caractérisée par une incompréhension naturelle de la vie » (L’Évolution créatrice, chapitre II).

L'intuition est une sympathie par laquelle on se transporte à l’intérieur d’un objet pour coïncider avec ce qu’il a d’unique. C’est la méthode propre de la philosophie, qui doit faire effort pour remonter la pente naturelle de l’intelligence. Cette critique de la connaissance par concepts sera discutée par Canguilhem, qui retient de Bergson l’idée d’une originalité du vivant.

La conscience

« Conscience signifie d’abord mémoire » (L’Énergie spirituelle, « La conscience et la vie », 1911) : être conscient, c’est retenir le passé et anticiper l’avenir. La conscience est coextensive à la vie, mais elle s’éveille surtout là où l’action hésite et où un choix s’impose. Voir la conscience.

Le rire et la morale

  • Le rire naît quand nous percevons « du mécanique plaqué sur du vivant » : une raideur, un automatisme là où l’on attendait la souplesse de la vie. Il est une sanction sociale.
  • La morale close est celle des sociétés fermées, fondée sur la pression sociale et l’habitude ; la morale ouverte est celle des héros et des saints, qui s’adresse à l’humanité entière et naît d’une émotion créatrice.

Questions fréquentes

Qu’est-ce que la durée chez Bergson ?

Le temps tel que nous le vivons intérieurement : une continuité qualitative où passé et présent se mêlent, par opposition au temps mesurable des sciences, qui est découpé en instants homogènes comme des points de l’espace.

Quelle différence entre l’intelligence et l’intuition ?

L’intelligence analyse, découpe et fabrique : elle est tournée vers l’action sur la matière. L’intuition saisit les choses de l’intérieur, dans leur mouvement : elle convient à la vie et à l’esprit.

Qu’est-ce que l’élan vital ?

La poussée créatrice qui, selon Bergson, traverse l’évolution des êtres vivants et produit des formes toujours nouvelles, sans être ni un mécanisme aveugle ni la réalisation d’un plan.

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