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Philosophie · Grands philosophes

Denis Diderot

Denis Diderot (1713-1784) est un philosophe et écrivain français des Lumières. Il a dirigé l’Encyclopédie, défendu un matérialisme fondé sur les sciences de la vie et renouvelé le roman et la critique d’art.

Mis à jour le 4 min de lecture

Denis Diderot, né à Langres le 5 octobre 1713 et mort à Paris le 31 juillet 1784, est le maître d’œuvre de l'Encyclopédie, le plus grand projet éditorial des Lumières : rassembler et diffuser toutes les connaissances de son temps, des sciences aux métiers. Philosophe, il évolue du déisme vers un matérialisme inspiré par la chimie, la médecine et l’histoire naturelle. Écrivain, il invente des formes libres (dialogues, contes, romans) dont plusieurs, publiées après sa mort, comptent parmi les chefs-d’œuvre de la littérature française.

Repères biographiques

DateÉvénement
1713Naissance à Langres ; son père est maître coutelier
1728-1732Études à Paris ; maître ès arts de l’université
1746Pensées philosophiques, condamnées par le parlement de Paris
1747Prend avec d’Alembert la direction de l'Encyclopédie
1749Lettre sur les aveugles ; emprisonné trois mois à Vincennes
1751Premier volume de l'Encyclopédie
1759Interdiction de l'Encyclopédie ; d’Alembert se retire ; Diderot poursuit clandestinement
1759-1781Salons : critique des expositions de peinture
1765Catherine II de Russie achète sa bibliothèque en lui en laissant l’usage
1772Fin de la publication de l'Encyclopédie (planches)
1773-1774Séjour à Saint-Pétersbourg auprès de Catherine II
1784Mort à Paris

L’Encyclopédie

L'Encyclopédie, ou Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers compte 17 volumes de texte (1751-1765) et 11 volumes de planches (1762-1772), soit environ 72 000 articles, rédigés par plus de cent cinquante collaborateurs (Voltaire, Rousseau, Montesquieu, d’Holbach, le chevalier de Jaucourt…). Le Discours préliminaire de d’Alembert (1751) en expose le plan, inspiré de la classification de Francis Bacon : mémoire (histoire), raison (philosophie), imagination (beaux-arts).

Ses innovations :

  • la place des arts mécaniques : les métiers, l’agriculture, les manufactures sont décrits avec la même dignité que les sciences, et illustrés par des planches précises ;
  • les renvois entre articles, qui permettent de faire circuler des idées critiques en contournant la censure : un article orthodoxe peut renvoyer à un article qui le contredit ;
  • l’esprit critique : l’article « Autorité politique », signé Diderot, affirme qu’aucun homme n’a reçu de la nature le droit de commander aux autres.

Dans l’article « Encyclopédie », Diderot définit le but de l’ouvrage : rassembler les connaissances éparses sur la surface de la terre, en exposer le système général et le transmettre aux générations futures, afin que nos descendants, devenant plus instruits, deviennent en même temps plus vertueux et plus heureux. C’est l’ancêtre des bases de connaissance modernes.

Œuvres principales

ŒuvreDateApport
Pensées philosophiques1746Déisme, critique du fanatisme
Lettre sur les aveugles à l’usage de ceux qui voient1749Relativité de nos idées à nos sens ; vers l’athéisme
Pensées sur l’interprétation de la nature1753Méthode expérimentale, primat des sciences du vivant
Le Neveu de Rameauv. 1762-1773 (publié en 1805 en allemand, traduit par Goethe)Dialogue sur la morale, le génie, la société
Le Rêve de d’Alembert1769 (posthume)Matérialisme vitaliste, sensibilité de la matière
Supplément au voyage de Bougainville1772 (posthume)Critique de la morale sexuelle et du colonialisme
Jacques le fataliste et son maîtrev. 1765-1784 (posthume)Roman sur la liberté et le déterminisme
Paradoxe sur le comédienv. 1773-1777 (posthume)Le grand acteur ne ressent pas ce qu’il joue

Les idées clés

Nos idées dépendent de nos sens

La Lettre sur les aveugles part de l'empirisme de Locke et du « problème de Molyneux » : un aveugle-né qui recouvrerait la vue reconnaîtrait-il immédiatement un cube et une sphère qu’il connaissait au toucher ? Diderot montre que la morale, la métaphysique et même la religion d’un aveugle diffèrent des nôtres, parce que nos idées dépendent de nos organes. Le mathématicien aveugle Saunderson, qu’il fait parler sur son lit de mort, doute de l’existence de Dieu : passage qui vaut à Diderot la prison.

Le matérialisme vitaliste

Dans Le Rêve de d’Alembert, Diderot soutient que la sensibilité est une propriété générale de la matière : la pierre a une sensibilité « inerte », l’animal une sensibilité « active ». La pensée naît de l’organisation de la matière, sans âme séparée. Les espèces se transforment : intuition qui annonce l'évolution des espèces.

La méthode expérimentale

Les Pensées sur l’interprétation de la nature opposent la philosophie expérimentale, patiente, qui interroge la nature, à la philosophie rationnelle, qui construit des systèmes. Diderot pressent que les sciences de la vie et la chimie vont détrôner les mathématiques comme modèle du savoir.

Apport à la théorie de la connaissance

Diderot conçoit la connaissance comme une entreprise collective, cumulative et publique : l'Encyclopédie en est la mise en œuvre. Il relie la pensée au corps et aux sens, et fait de l’expérience, des métiers et de la technique des sources légitimes de savoir. Voir théorie de la connaissance.

Questions fréquentes

Qui a dirigé l’Encyclopédie ?

Diderot et d’Alembert à partir de 1747. D’Alembert se retire en 1759, après l’interdiction de l’ouvrage, et Diderot achève seul l’entreprise jusqu’en 1772.

Diderot était-il athée ?

Il est passé du déisme (Pensées philosophiques, 1746) à un matérialisme athée, exprimé surtout dans des textes restés inédits de son vivant, comme Le Rêve de d’Alembert.

Pourquoi beaucoup d’œuvres de Diderot sont-elles posthumes ?

Après son emprisonnement de 1749, il a évité de publier ses textes les plus audacieux. Plusieurs circulaient en copie dans la Correspondance littéraire de Grimm, réservée à quelques souverains européens.

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